Ils pourraient bien être surnommés « la plus grande pharmacie du monde » : les océans regorgent en effet de molécules intéressantes d'un point de vue pharmacologique, dont certaines sont déjà sur le marché. Si beaucoup d’autres restent à découvrir, le chemin jusqu'à nos armoires à pharmacies n’est pas un long fleuve tranquille…
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L'océan, qui représente 70 % de la surface terrestre, est en train de devenir la plus grande pharmacopée du monde. Ses nombreuses espèces animales, végétales et bactériennes, qui malgré les diverses expéditions successives sont encore loin d'avoir toutes été découvertes, renferment certainement un nombre très élevé de moléculesmolécules aux propriétés inattendues.

Certaines espècesespèces ont d'ailleurs déjà été repérées pour leur intérêt pour l'Homme. Des alguesalgues venues de la mer permettent notamment de fabriquer des biocarburants ; des bactériesbactéries servent à fabriquer des matièresmatières plastiques biodégradablesbiodégradables. Le chitosane, un composé osidique provenant de l'exosqueletteexosquelette des crustacéscrustacés, est utilisé en cosmétique, en agroalimentaire, voire en médecine où il peut être employé pour fabriquer une sorte de peau artificielle destinée aux grands brûlés, ou des lentilles de contactlentilles de contact.

Des escargots chasseurs au harpon empoisonné !

Dans le domaine pharmaceutique, l'océan regorge également de molécules intéressantes, dont certaines, déjà connues, proviennent de « cônes ». Ces magnifiques mollusques gastéropodesgastéropodes, cousins des escargots terrestres, s'en distinguent notamment par une arme redoutable qu'ils utilisent pour chasser. Au bout d'un harpon, ils sécrètent en effet des neurotoxines, parfois violentes au point d'être fatales pour l'Homme, et c'est justement ce qui les rend intéressantes aux yeuxyeux des chercheurs qui les connaissent depuis les années 1960.

Les cônes (comme ici <em>Conus textile</em>) sont des gastéropodes marins dangereux pour l'Homme, du fait de leur puissante neurotoxine. © Richard Ling, Wikimedia, CC by-sa 3.0

Les cônes (comme ici Conus textile) sont des gastéropodes marins dangereux pour l'Homme, du fait de leur puissante neurotoxine. © Richard Ling, Wikimedia, CC by-sa 3.0

L'étude de ces cônescônes a débouché sur l'obtention d'une molécule approuvée par la FDAFDA américaine et utilisée dans le domaine médical. Il s'agit du ziconotide, commercialisé sous le nom de Prialt. Cette protéineprotéine issue de l'espèce Conus magus agit comme un puissant antidouleur, plus puissant que la morphine. Préconisé dans le cas de douleursdouleurs chroniques, ce médicament doit être injecté directement dans le liquide cérébrospinalliquide cérébrospinal pour éviter les effets secondaires et améliorer son efficacité. L'Ifremer participe à faire progresser les découvertes, notamment grâce au projet Conco, un projet de recherche européen pour la découverte de nouveaux médicaments à partir de molécules issues des cônes.

Des molécules anticancéreuses ont également émergé d'animaux marins. La trabectedine, ou Yondelis, est extraite de l'ascidie Ecteinascidia turbinata (un tunicier vivant fixé sur le fond, lointain cousin des vertébrésvertébrés) et agit sur les sarcomessarcomes de tissus mous. D'autres molécules intéressantes venues de la mer, comme l'aplidine ou la bryostatine, sont en train d'être testées au cours d'essais cliniques. Des antibiotiquesantibiotiques (céphalosporines) et des antivirauxantiviraux (l'AZT) proviennent également d'espèces marines.

Des molécules difficiles à exploiter

Si l'océan parait être une source inépuisable de molécules thérapeutiques, les difficultés pour les exploiter sont nombreuses ! L'environnement océanique est difficile d'accès, sans parler des fonds marins situés à plusieurs milliers de mètres sous la surface. Même si l'on découvre des espèces inconnues qui sécrètent potentiellement des molécules très intéressantes, l'extraction des molécules en suffisamment grandes quantités, même pour leur seule analyse, est compliquée. Ensuite, si la molécule se révèle effectivement utile, il faut pouvoir la produire industriellement en cultivant l'animal source (ce qui est souvent impossible hors de son milieu naturel), ou plus souvent par chimiechimie ou génie génétiquegénie génétique, autre étape critique.

La bioprospection, la pratique qui consiste à recenser toutes les espèces afin de les conserver mais aussi de les détourner à des fins utilitairesutilitaires, est malgré ces difficultés en plein essor dans les océans du globe. Il faut donc veiller à ne pas transformer cette pratique en biopiratagebiopiratage, où le respect accordé à la nature passe au second plan.