Santé

Un patient infecté par la superbactérie NDM-1 en France

ActualitéClassé sous :maladie , superbactérie , multirésistance aux antibiotiques

Un patient revenant du Vietnam et infecté par la bactérie multirésistante NDM-1 est actuellement sous surveillance au CHU de Reims. NDM-1 a la particularité de résister à de nombreux antibiotiques utilisés en médecine et fait l'objet d'une surveillance internationale.

Les bactéries qui portent le gène NDM-1 sont résistantes à de nombreux antibiotiques, ce qui rend le traitement plus difficile. © Nathan Reading, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Le patient qui a été hospitalisé en juillet à l'hôpital de Châlons-en-Champagne est désormais sous surveillance au CHU de Reims. Toutes les personnes en contact avec lui ont été jointent pour un dépistage. Dans un communiqué, l'hôpital de Châlons indique : « À ce jour, l'ensemble des dépistages réalisés chez les patients présents dans l'établissement n'a pas détecté la présence de cette bactérie ajoutant que le fait de devenir porteur n'a pas de conséquence sur l'état de santé des patients ».

Une superbactérie NDM-1 avait été détectée pour la première fois en 2009 dans des bactéries Klebsiella pneumoniae et Escherichia coli d'un patient suédois qui avait reçu des soins à New Dehli. Cette origine géographique lui a valu son nom : New Delhi metallo-beta-lactamase. NDM-1 correspond en fait à un gène de résistance aux antibiotiques présent sur un plasmide, c'est-à-dire un petit cercle d'ADN pouvant se transmettre d'une bactérie à une autre.

Le gène NDM-1 permet la fabrication d'une enzyme, une carbapénémase de classe B, de la famille des bêtalactamases. Les carbapénémases sont un groupe hétérogène d'enzymes qui hydrolysent les antibiotiques bêtalactamines et possèdent des résistances aux inhibiteurs de bêtalactamases. Ceci explique que les bactéries qui possèdent ces enzymes sont très difficiles à traiter.

La bêtalactamase est une enzyme capable d'hydrolyser un antibiotique pénicilline (de la famille des bêtalactamines) selon la réaction ci-dessus. © Jü, Wikipedia, DP

Le gène NDM-1 code pour une enzyme qui inactive les bêtalactamines

La carbapénémase codée par NDM-1 inactive tous les antibiotiques bêtalactamines, sauf l'aztréonam. Mais la plupart des bactéries qui produisent NDM-1 produisent aussi des bêtalactamases qui hydrolysent l'aztréonam, d'après une revue de littérature parue en 2011. Les superbactéries NDM-1 peuvent donc être résistantes à tous les antibiotiques bêtalactamines, à savoir les pénicillines et les céphalosporines.

La multirésistance aux bêtalactamines est connue depuis longtemps comme un problème majeur pour traiter certaines infections liées à des bactéries Gram négatives. L'émergence de plasmides qui transportent ces carbapénémases est particulièrement préoccupante. Par rapport à d'autres carbapénémases, NDM-1 présente un large spectre de résistance et sa dispersion a été particulièrement rapide.

Le gène NDM-1 a été détecté dans différents genres et espèces de bactéries à Gram négatif et s'est propagé dans de nombreux pays depuis sa découverte : dans un article paru en avril 2015 dans Plos One, des chercheurs décrivent cette résistance chez des patients en Afrique du Sud. NDM-1 semble endémique en Asie du Sud : en juin 2015, dans un article du CDC (Centers for Disease Control and Prevention soit Centres pour le contrôle et la prévention des maladies) paru dans la revue Emerging Infectious Disease Journal, le gène a été trouvé dans 62 % des prélèvements d'eau réalisés au Bangladesh, à savoir dans 36 des 68 sites étudiés.

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