La maladie de Lyme est en progression en Europe et aux États-Unis, et constitue un véritable fléau. © gabort, Adobe Stock
Santé

Une nouvelle piste pour « éradiquer » la maladie de Lyme

ActualitéClassé sous :maladie , maladie de Lyme , Traitements de la maladie de lyme

[EN VIDÉO] Plus il fait chaud, plus les tiques préfèrent les humains aux chiens  Pour leur expérience, les chercheurs ont construit deux grandes boîtes, l'une accueillant un humain et l'autre un chien, et reliées entre elles par un tube en plastique transparent. Ils ont ensuite placé les tiques dans le tube et observé quelle direction elles préféraient prendre, d'abord à une température de 23,3°C, puis à 37,8°C. © Don Preisler-UC Davis School of Veterinary Medicine 

Des chercheurs ont identifié un ancien agent microbien tombé aux oubliettes exceptionnellement efficace contre la bactérie causant la borréliose de Lyme. Ce traitement pourrait non seulement empêcher la maladie de devenir chronique mais pourrait aussi la supprimer complètement dans l'environnement.

La maladie de Lyme, ou borréliose de Lyme, touche environ 50.000 personnes par an, en France. En 2019, 893 patients ont même été hospitalisés à la suite de cette infection due au spirochète Borrelia et transmise par les tiques de type Ixodes. Même traitée à temps, la maladie évolue chez 10 à 20 % des patients vers une forme chronique avec des symptômes articulaires, cutanés ou neurologiques. Jusqu'ici, le seul traitement proposé est une cure d’antibiotiques à large spectre. Malheureusement, ce traitement est inefficace chez un certain nombre de patients et favorise la résistance bactérienne aux antibiotiques. De plus, les antibiotiques à large spectre comme la doxycycline ou l'amoxicilline modifient la flore intestinale bactérienne, ce qui peut aggraver les symptômes de borréliose de Lyme chronique.

Un vieil agent microbien tombé aux oubliettes

Des chercheurs de l'université de Northeastern aux États-Unis pensent aujourd'hui avoir trouvé un traitement permettant d'empêcher l'évolution vers les formes chroniques de la maladie, et même de « l'éradiquer complètement ». Kim Lewis et ses collègues ont effectué un criblage de micro-organismes du sol afin de dénicher un composé très efficace contre les spirochètes, et spécialement contre Borrelia burgdorferi, la souche prédominante causant la maladie de Lyme aux États-Unis. Ils se sont alors aperçus que l'hygromycine A, un antimicrobien connu produit par la bactérie Streptomyces hygroscopicus, était particulièrement actif contre B.burgdorferi. Découvert en 1953, cet antimicrobien avait été rapidement disqualifié. « Personne ne s'y est intéressé car son efficacité contre les bactéries en général est assez faible, relate Kim Lewis. Mais nous avons en revanche constaté qu'il présente une efficacité exceptionnelle contre les spirochètes ».

La maladie de Lyme est due au spirochète Borrelia burgdorferi transmis par les tiques. © Kateryna_Kon, Adobe Stock

Non seulement l'hygromycine A élimine efficacement l'infection, mais contrairement aux autres antibiotiques, elle n'entraîne aucun effet secondaire et ne modifie pas le microbiote intestinal, selon les chercheurs qui ont mené des tests chez la souris. « Même à très forte dose, l'hygromycine A ne présente aucun signe de toxicité, ce qui suggère que ce composé est sûr », confirme Kim Lewis.

Éradiquer la maladie de Lyme dans l'environnement

Mais les chercheurs voient bien au-delà du simple traitement chez les patients. Ils suggèrent de déposer des appâts contenant de l'hygromycine A dans les zones infectées par les tiques, afin d'éradiquer complètement la maladie. Dans une étude menée en 2011, un appât contenant de la doxycycline et disposé dans une zone délimitée avait permis d'éliminer l'infection chez 87 % des souris et 94 % des tiques Ixodes, soit un taux « bien supérieur au niveau nécessaire de transmission », assure Kim Lewis. Sauf que répandre de la doxycycline à grande échelle présente un risque important de résistance aux antibiotiques dans l'environnement. « L'hygromycine A, avec son activité limitée contre les organismes non spirochètes, constituerait un antibiotique idéal ciblé par le réservoir contre B. burgdorferi », avance Kim Lewis dans son étude publié dans la revue Cell.

« La maladie de Lyme est en progression et, dans de nombreux endroits, limite notre capacité à profiter des activités de plein air », plaident les chercheurs. Il existe certes des pistes pour un vaccin, mais « la vaccination ne résout pas le cœur du problème et nécessite des dépenses de santé continues, note Kim Lewis. Une solution plus permanente est donc d'éradiquer la source même de la maladie ». Les chercheurs envisagent à présent d'étendre leurs investigations à la syphilis, elle aussi causée par un spirochète, Treponema pallidum.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !