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La médaille d'or du CNRS pour Jean Weissenbach, un des pères du Généthon

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En établissant une carte du génome humain dans les années 1990, Jean Weissenbach a fourni un instrument remarquable aux généticiens du monde entier. Cofondateur du Généthon, aujourd'hui directeur du Génoscope, il vient de recevoir la plus haute distinction scientifique française.

Jean Weissenbach. © CNRS Photothèque/Christophe Lebedinsky

Directeur de recherche au CNRS, membre de l'Académie des sciences, Jean Weissenbach a commencé au tout début des années 1980 à explorer le génome humain. Pour se repérer dans ce territoire immense, il imagine une décennie plus tard la réalisation d'une carte. Elle recenserait des régions remarquables, petites séquences d'ADN appelées marqueurs. Sur un génome ainsi balisé, il deviendrait plus facile de déterminer les positions des gènes et, surtout, de localiser ceux que l'on pense être à l'origine de maladies.

Pour Jean Weissenbach, les meilleurs marqueurs devraient être les microsatellites, de courtes séquences dont les nucléotides (les lettres de l'alphabet du génome) sont répétées plusieurs fois. Ces microsatellites sont caractéristiques d'un individu et se transmettent d'une génération à l'autre. Pour réaliser ce projet, au début des années 1990, il s'associe à la création du Généthon par l'Association française de lutte contre les myopathies (AFM). La fameuse carte est dressée en quelques années et la communauté scientifique internationale s'en empare immédiatement, pour découvrir environ sept cents gènes.

En 1997, le chantier devient celui du séquençage complet du génome humain. Jean Weissenbach prend la direction du Génoscope, ou Centre national de séquençage, nouvellement créé et dépendant du CEA. Une sorte de compétition s'est alors engagée avec des instituts de recherche privés. Mais en 2003, le Génoscope produit la première séquence complète, c'est-à-dire la liste de tous les nucléotides.

La médaille d'or du CNRS. © CNRS

Comprendre les animaux pour mieux connaître les humains

Mais obtenir un texte intégral est de peu d'utilité quand la langue dans laquelle il est écrit est en partie inconnue. C'est bien le cas pour le génome. Il faut encore repérer et identifier tous les gènes, sans oublier que le génome est bien plus qu'une succession de gènes. Pour mieux discerner les gènes propres aux êtres humains, Jean Weissenbach s'intéresse alors au reste du monde vivant. Son équipe s'attaque aux génomes de l'arabette (une plante commune dans les laboratoires), de l'anophèle (un moustique, tristement célèbre en tant que vecteur du paludisme), du riz et de la paramécie, un unicellulaire chéri par les biologistes. L'équipe s'intéressera aussi à un trétraodon, un de ces poissons capables de se gonfler d'eau pour échapper à la mâchoire d'un prédateur et qui font la joie des aquariophiles.

Aujourd'hui, Weissenbach et ses collaborateurs ont plongé dans le monde des bactéries et plus précisément dans celles des boues d'épuration. L'idée est de découvrir des mécanismes enzymatiques inconnus qui pourront ensuite devenir utiles aux industriels. Une chimie moins polluante, plus efficace, moins consommatrice d'énergie se cache sans doute, c'est l'avis de Jean Weissenbach, dans le savoir-faire de ces micro-organismes.

Agé de 62 ans, le chercheur a donc encore beaucoup d'idées et recevra peut-être d'autres récompenses, après cette médaille d'or, qui a été précédée de deux autres distinctions, la médaille d'argent du CNRS en 1994 et le Grand Prix de la Fondation de la recherche médicale en 2007.

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