Dépister massivement la population : une fausse bonne idée ? © Arsenii, Adobe Stock
Santé

Coronavirus : pourquoi la stratégie des tests de dépistage a échoué ?

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[EN VIDÉO] Les moyens de détection du coronavirus  Tests antigéniques, salivaires, chiens renifleurs, smartphone… De nombreux moyens de dépistage de la Covid-19 existent ou sont en cours de développement. Quels sont leurs avantages et inconvénients ? 

Dépister massivement la population pour isoler les cas positifs serait le secret de la lutte contre le coronavirus. Pourtant, alors que la France est le pays d'Europe qui pratique le plus de tests, cette stratégie a échoué. Pourquoi un tel fiasco ? D'autres pays font-ils mieux que nous et le dépistage est-il vraiment la recette miracle ?

Tester, tracer, isoler : voilà la stratégie qui devait nous délivrer du virus au sortir du premier confinement. On sait ce qu'il en est advenu... Pour tenter de comprendre cet échec, des chercheurs de l'Inserm ont mené une étude épidémiologique portant sur la période du 13 mai au 28 juin, soit les sept semaines post-confinement. Vittoria Colizza et ses collègues ont estimé le nombre d'infections symptomatiques survenues en France à l'aide de modèles mathématiques, en croisant les données régionales des admissions à l'hôpital, des études sérologiques et l'analyse d'une base de données de suivi des symptômes autodéclarés.

Neuf patients symptomatiques sur dix passés sous les radars

Et ils ont constaté d'énormes trous dans la raquette : d'après leurs résultats, publiés dans la revue Nature, à peine 14.000 cas ont été officiellement enregistrés sur les 104.000 personnes qui ont déclaré des symptômes de la Covid-19 lors des sept semaines étudiées, ce qui signifie que neuf personnes sur 10 sont passées sous les radars. De plus, seuls 31 % des personnes présentant des symptômes de la Covid ont consulté un médecin, la plupart des malades se contentant de se soigner à la maison. Et l'on ne parle pas ici de toutes les personnes asymptomatiques, qui par définition ne sont pas détectées et qui représenteraient 17 % à 25 % des cas. « En fait, on n'a jamais contrôlé l'épidémie. L'Institut Pasteur nous dit que 10 % de la population a déjà rencontré le virus. Cela fait 6,5 millions en France métropolitaine, et on en a trouvé environ 2,2 millions », relève l'épidémiologiste Catherine Hill.

Tester, isoler, tracer : une stratégie vouée à l’échec

Malgré cela, de nombreux experts, comme Catherine Hill, continuent à affirmer que le dépistage massif est la solution à l'épidémie, citant en exemple les pays asiatiques comme la Chine, la Corée du Sud ou le Japon qui ont réussi jusqu'ici à éviter une deuxième vague. La France fait pourtant partie des bons élèves en matière de tests. Du fait de leur gratuité et de leur accès sans restriction, notre pays affiche un taux de 3,9 tests pour 100.000 habitants, contre 2,5 pour l'Allemagne ou 1,8 pour les Pays-Bas par exemple. Sauf que ce large accès aux tests sans priorisation a fini par saturer le système, menant à des délais exorbitants dans la délivrance des résultats. Le traçage des cas contacts s'est également révélé inefficace. Certains accusent enfin la mauvaise volonté des malades, qui ne s'isoleraient pas correctement. Mais le « Tester, tracer, isoler » fonctionne-t-il vraiment ailleurs ? Pas si sûr.

La France est l’un des pays qui teste le plus sa population. © Our World in Data
J’ai perdu le combat pour l'utilisation des tests massifs comme alternative au confinement

Plus d'un mois après avoir testé la grande majorité de ses 5,4 millions d'habitants, la Slovaquie subit une forte hausse des contaminations. Le pays, qui a mobilisé 100 millions d'euros pour tester 80 % à 90 % de sa population, n'a donc pas fait mieux que ses voisins qui n'ont pas procédé à un dépistage de masse. « J'ai perdu le combat pour l'utilisation des tests massifs comme alternative au confinement », a reconnu tristement le Premier ministre slovaque Igor Matovic le 9 décembre.

Les pays asiatiques exemplaires ?

Ces opérations de grande ampleur, qui peuvent avoir une utilité épidémiologique, ne donnent qu'une image à un instant T et ne permettent pas de freiner durablement l'épidémie. Quant aux pays asiatiques, cités pour leur exemplarité en ampleur de tests mais aussi leurs méthodes de traçage et d'isolement autoritaires et intrusives, leur réussite tient peut-être à d'autres facteurs, comme une immunité acquise. Et même les meilleurs élèves ne sont pas à l'abri. Taïwan, qui détient pourtant le record mondial du nombre de contacts tracés par cas de Covid (17 personnes contre 1,4 en France), connaît depuis début décembre une augmentation inquiétante du nombre de cas. Au Japon, où l'on compte officiellement plus de 200.000 cas positifs, le nombre de nouvelles infections a battu un record le 18 décembre dans l'agglomération de Tokyo, obligeant le gouvernement nippon à prendre de nouvelles mesures de restriction.

La Corée du Sud, pourtant citée en exemple, connaît une troisième vague encore plus sévère que celle du printemps. © Statista

Tests de dépistage : un coût de 250 millions d’euros par mois pour la Sécurité sociale

Le « Tester, tracer, isoler » nécessite de plus des moyens considérables. L'opération dépistage massif menée au Havre en France a ainsi coûté 800.000 euros pour à peine 11 % de la population testée. En septembre, l'Assurance maladie remboursait plus de 250 millions d'euros de tests anti-Covid chaque mois, selon Le Figaro. Une étude américaine du centre Johns-Hopkins a, elle, calculé qu'il faudrait 30 personnes chargées de tracer les contacts pour 100.000 habitants si l'on voulait endiguer l'épidémie. Pour la France, cela représente près de 20.000 employés à plein temps.

Finalement, il n'existe donc pas de politique miracle. Ni un confinement strict ni un dépistage massif ne constituent de solutions durables pour mettre fin à l’épidémie. Il faudra sans doute attendre la fameuse immunité collective conférée par les vaccins pour parvenir à retrouver un semblant de vie normale. En attendant, aucun gouvernement n'a trouvé mieux que de « bricoler » au jour le jour.

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