La cigarette est le facteur de risque le plus important de cancer des poumons. © Emmanuel Bergere, Fotolia
Santé

Pourquoi la majorité des fumeurs n'ont-ils pas de cancer des poumons ?

ActualitéClassé sous :cancer du poumon , tabac , ADN

[EN VIDÉO] La dépendance au tabac est-elle inscrite dans notre ADN ?  Le tabagisme est la première source de mortalité évitable dans le monde. Au-delà de la dépendance, fumer augmente le risque de cancers ou de maladies cardiovasculaires. Uwe Maskos, chef de l’unité Neurobiologie intégrative des systèmes cholinergiques à l’Institut Pasteur, nous parle des causes et conséquences du tabagisme durant cette interview. 

Le tabac constitue un facteur de risque important de cancer des poumons. Les substances nocives contenues dans les cigarettes favorisent l'apparition des mutations de l'ADN. Pourtant, les gros fumeurs ne portent pas forcément plus de mutations que les autres selon une étude parue dans Nature Genetics. Comment expliquer cela ?

Bien que le tabac soit responsable de la majorité des cancers du poumon, seule une minorité des fumeurs développe la maladie. On compte environ 13 millions de fumeurs en France, pour 46.000 cancers pulmonaires (près de 90 % dus au tabac) diagnostiqués chaque année. Des chercheurs de l'Albert Einstein College of Medicine suggèrent, dans une étude parue dans Nature Genetics, que certains fumeurs ont un système de prévention des mutations plus robuste que les autres. Explications.

Traquer les mutations de l'ADN dues au tabac

Les spécialistes du cancer des poumons soupçonnent de longue date que la fumée de cigarette favorise l'apparition d'un cancer en provoquant des mutations dans l'ADN des cellules pulmonaires -- qui, en s'accumulant au fil du temps, les transforment en cellules malignes. Cette assertion restait difficile à prouver à cause de limitations techniques. « Mais cela n'a jamais pu être prouvé jusqu'à cette étude, car il n'y avait aucun moyen de quantifier les mutations dans les cellules normales », explique Jan Vijg, Ph.D., co-auteur principal de l'étude. 

Ce qui manquait aux chercheurs, c'est la possibilité de séquencer l'intégralité du génome d'une cellule isolée sans que le séquençage lui-même n'induise des mutations qui sont alors difficilement distinguables des véritables mutations provoquées par la fumée de cigarette. La technique que les chercheurs de l'Albert Einstein College of Medicine ont améliorée porte le nom de SCMDA. Elle a été appliquée sur des cellules basales bronchiques de 33 participants, âgés de 11 à 86 ans, avec un passif de tabagisme plus ou moins important. « Ces cellules pulmonaires peuvent survivre pendant des années, voire des décennies, et donc peuvent accumuler des mutations avec l'âge et le tabac. »

 Comment expliquer que les gros fumeurs ne développent pas forcément un cancer du poumon ? © Jedsadabodin, Fotolia

L'apparition et l'accumulation des mutations dans l'ADN sont des processus normaux, mais l'exposition à la fumée de cigarette, et ses quelque 4.000 substances nocives, augmentent significativement la fréquence de ces phénomènes. Il semble clair que les fumeurs de longue date accumulent plus de mutations, ce qui augmente le risque de cancer. Ce n'est pourtant pas ce que les scientifiques ont observé. « Les plus gros fumeurs n'avaient pas le nombre de mutations le plus élevé. Nos données suggèrent que ces individus ont peut-être survécu si longtemps, malgré leur tabagisme important, car ils ont réussi à empêcher l'accumulation de mutations supplémentaires. »

Réparer les mutations

Cette observation ouvre de nouvelles voies de recherche sur l'efficacité des mécanismes de réparation de l'ADN. À ce jour, il est difficile d'estimer la capacité de réparation de l'ADN d'un individu, mais les scientifiques espèrent développer un test qui rendra cela possible. Cela pourrait alors devenir un moyen d'évaluer le risque de chacun de développer un cancer du poumon en plus de paramètres déjà connus comme la durée du tabagisme, l'âge de la première cigarette ou le nombre de paquets quotidiens.


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