En s'insérant dans l'ADN des cellules, un virus, AAV2, serait impliqué dans des cancers du foie qui ne sont pas liés à une cirrhose. C'est ce que suggère une étude réalisée par une équipe française. Or, considéré comme non pathogène, ce virus est utilisé comme vecteur en thérapie génique.
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Touchant plus de 8.000 nouvelles personnes par an, le cancer du foie atteint en majorité les hommes et est une cause majeure de décès dans le monde. Parmi les différents cancers du foiecancers du foie, le carcinomecarcinome hépatocellulaire survient le plus souvent sur un foie déjà endommagé par une maladie. Celui-ci a, par exemple, été fragilisé par une consommation excessive d'alcool, l'obésitéobésité, une infection virale chronique par les virusvirus des hépatites Bhépatites B ou C qui entraîne des lésions du foie irréversibles menant à la cirrhosecirrhose. De manière générale, les patients atteints de cirrhose subissent des examens réguliers de détection du cancer. Pourtant, dans 5 % des cas, le cancer du foie touche des patients n'ayant pas déclaré de cirrhose et la cause du développement du cancer reste à identifier.

des chercheurs se sont penchés sur ces patients pour déterminer les facteurs de risquesfacteurs de risques ayant participé au développement de leur cancer, dans un travail dirigé par Jessica Zucman-Rossi, avec des équipes de l'Inserm (Unité 1162 « GénomiqueGénomique fonctionnelle des tumeurs solidessolides »), de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, des universités Paris-Descartes, Paris 13, et Paris-Diderot

Dans le génomegénome des cellules tumorales de 11 patients, les scientifiques remarquent l'insertion d'une partie d'ADNADN d'un virus : le virus associé à l'adénovirusadénovirus de type 2, dit AAV2. Ce virus était jusqu'à présent considéré comme non pathogènepathogène chez l'Homme. Afin de vérifier l'implication du virus dans le cancer, les chercheurs ont comparé les tissus tumoraux aux tissus normaux. Ils confirment alors leur hypothèse : l'intégration de l'ADN viral est retrouvée plus souvent dans les cellules des tumeurstumeurs que dans les cellules saines chez ces 11 patients. Par ailleurs, huit de ces patients n'ont pas de cirrhose et six d'entre eux ne présentent pas de facteurs de risques connus pour le cancer du foie.

Le virus de l'hépatite C peut aussi infecter le foie et favoriser l'apparition du cancer du foie. © AJ Cann, Flickr, CC by sa 2.0

Le virus de l'hépatite C peut aussi infecter le foie et favoriser l'apparition du cancer du foie. © AJ Cann, Flickr, CC by sa 2.0

Le virus AAV2 s'insère dans l'ADN cellulaire

En étudiant plus en détail ces cellules cancéreuses, ils découvrent que le virus, en intégrant son ADN dans le génome des cellules du patient, cible des gènesgènes importants dans la prolifération cellulaire. Jessica Zucman-Rossi et ses collègues montrent qu'AAV2 entraîne une production excessive de ces gènes qui, selon les chercheurs, favoriserait le développement de la tumeur.

Par ces travaux parus dans Nature Genetics, les chercheurs ont identifié l'implication du virus AAV2, jusqu'alors supposé inoffensif, dans la survenue du carcinome hépatocellulaire, en particulier dans les rares cas de cancer développés en absence de cirrhose et sans cause identifiée.

Ces résultats appellent également à la précaution : « L'AAV2 est fréquemment utilisé comme vecteur de thérapie géniquethérapie génique. Si l'insertion de son ADN dans des gènes favorisant les tumeurs est un événement rare et probablement le fruit du hasard, des précautions doivent être prises concernant l'utilisation de ce virus », expliquent les auteurs.

Ces travaux ont été soutenus par l'Institut National du Cancer (INCa) à travers l'ICGC et le PAIR-CHC NoFLIC (avec la participation de l'ARC) et la Ligne Nationale contre le Cancer. Le séquençageséquençage des tumeurs a été réalisé par IntegraGen, dans ses laboratoires situés au Genopole, à Evry.