Les bienfaits de la flore intestinale ne sont plus à prouver. Deux nouvelles études montrent que les bactéries digestives participent à la lutte contre le cancer en améliorant l’efficacité du système immunitaire lors d’une chimiothérapie.
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Nichées par milliards bien au chaud au fond de nos intestins, des bactéries se nourrissent allègrement des aliments que nous leur fournissons. En retour, elles nous aident à bien digérer et nous protègent contre les envahisseurs en libérant des moléculesmolécules antibactériennes et en stimulant nos défenses immunitaires.

Ces bactériesbactéries amies nous aident également à combattre le cancer. C'est en tout cas le résultat de deux nouvelles publications, toutes deux parues dans la revue Science, qui montrent que certaines thérapies anticancéreuses fonctionnent plus efficacement lorsque les microbes intestinaux sont en bonne santé. Elles suggèrent que les antibiotiquesantibiotiques et le cancercancer ne font pas toujours bon ménage.

Le cancer touche 350.000 personnes par an en France. Le succès de la chimiothérapie contre le cancer dépend de la composition de la flore intestinale. © <em>Wellcome Images</em>, Flickr, cc by nc nd 2.0

Le cancer touche 350.000 personnes par an en France. Le succès de la chimiothérapie contre le cancer dépend de la composition de la flore intestinale. © Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

La flore intestinale optimise les défenses immunitaires

La première étude a été menée à l'Institut Gustave Roussy (IGR) à Villejuif. Les chercheurs de l'Inserm se sont penchés sur le fonctionnement du cyclophosphamide, un médicament utilisé pour traiter différents cancers, comme celui du sein, du cerveaucerveau et du sang. Il fait partie de la famille des agents alkylants, qui ajoutent des groupements alkyles à l'ADNADN et bloquent la multiplication des cellules. Ce médicament est également connu pour stimuler la réponse immunitaire contre les cellules tumorales.

Les scientifiques ont tout d'abord donné du cyclophosphamide à des souris atteintes de sarcomessarcomes, des tumeurstumeurs malignes des tissus conjonctif et musculaire, ou de cancer de la peau. Ils ont ensuite observé les conséquences de la prise de ce médicament sur l'équilibre de la flore intestinaleflore intestinale des rongeursrongeurs. Après deux jours de traitement, certaines bactéries, s'échappant de l'intestin, se retrouvent dans les ganglions lymphatiques et dans la raterate. Une fois arrivées, elles stimulent le système immunitairesystème immunitaire. « Cette réaction en chaîneréaction en chaîne, effet secondaire de la chimiothérapiechimiothérapie, va s'avérer très utile, explique Laurence Zitvogel, la directrice de l'étude dans un communiqué de presse de l'Inserm. De façon surprenante la réponse immunitaire dirigée contre les bactéries va aider le patient à mieux lutter contre sa tumeur. »

Pour mieux évaluer l'importance des bactéries intestinales dans la lutte antitumorale, les scientifiques ont donné aux souris de la vancomycine, un antibiotique qui perturbe la flore intestinale, avant de débuter la chimiothérapie. Leurs résultats sont sans appel : le cyclophosphamide est beaucoup moins efficace chez les souris privées de bactéries digestives.

Utiliser les antibiotiques avec vigilance lors d’une chimiothérapie

Au même moment, de l'autre côté de l'Atlantique, une équipe de l'Institut national du cancer à Frederick dans l'État du Maryland (États-Unis) s'est également penchée sur cette thématique. Ils se sont intéressés à l'oxaliplatine, un autre anticancéreuxanticancéreux alkylant capable d'inhiber la multiplication cellulaire. Ce médicament peut aussi stimuler la réponse inflammatoire et induire la libération de dérivés réactifsréactifs de l'oxygèneoxygène nocifs pour les cellules.

Les chercheurs états-uniens ont injecté ce produit sous la peau de 50 souris atteintes de différents types de cancer et dont la moitié avait reçu un cocktail d'antibiotiques. Leurs résultats vont dans le même sens que ceux des scientifiques français : les chances de survie sont beaucoup plus élevées chez les rongeurs possédant une flore intestinale intacte. « Nous avons été surpris de voir à quel point la flore intestinale influence la réponse immunitaire lors d'une chimiothérapie », explique Girgio Trinchieri, un des participants.

L'ensemble de ces résultats met en lumièrelumière le rôle primordial des bactéries intestinales lors d'une chimiothérapie. Il montre également l'influence du régime alimentaire, étroitement lié à la flore intestinale, sur notre santé. En faisant attention à l'alimentation et en la complémentant avec des probiotiques, les médecins pourraient mieux contrôler l'efficacité des chimiothérapies chez leurs patients. Enfin, ces découvertes invitent les soignants à être très vigilants lors d'une prescription d'antibiotiques. Les spécialistes veulent cependant rester prudents : « extrapoler ces résultats chez l'Homme nécessite de plus amples études, indique Cynthia Sears, scientifique à l'université Johns Hopkins à Baltimore. Les antibiotiques sont parfois essentiels pour vaincre des infections chez les patients souffrant de cancer ».