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La difficile gestion des crises

Dossier - Les volcans magiques et fascinants
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Les volcans fascinent et inquiètent. Face à leur puissance destructrice, le seul moyen de se défendre est encore de prévoir le jour de leur réveil.

  
DossiersLes volcans magiques et fascinants
 
Eruption du volcan Sangay vue depuis le sommet du Chimborazo. © IRD/Patrick Wagnon.

Pour permettre aux autorités civiles de prendre les décisions qui s'imposent, il est nécessaire de détecter le plus rapidement possible les signes avant-coureurs d'une éruption volcanique ; si elle implique des dynamismes explosifs la chose est loin d'être aisée, car de nombreux paramètres entrent en jeu.

  • Des volcans extrêmement complexes
Tout d'abord, un volcan possède un "caractère", paisible ou violent ; il connaît des "sautes d'humeur", marquées par des phases d'activité intense, parfois explosive, ainsi que des périodes de repos de durée variable. Ensuite, du fait de leur développement en profondeur, les processus magmatiques ne peuvent être observés ou mesurés directement. Enfin, lorsqu'une éruption se produit, des facteurs externes, les eaux superficielles par exemple, peuvent intervenir et modifier son intensité ou son déroulement.

Il faut savoir également qu'une éruption volcanique, aboutissement de processus extrêmement complexes, ne se reproduit jamais à l'identique. Les grands types d'éruption sont eux-mêmes variés, mettant sur le devant de la scène des aléas, ou risques, différents. Excepté les coulées de lave faciles à éviter (Hawaii, piton de la Fournaise, Etna), tous les aléas découlant de l'activité volcanique sont fortement meurtriers.

Les sept risques majeurs sont rassemblés dans les volcans des zones de subduction, là où la croûte océanique disparaît dans le manteau. Aussi, est-ce vers ces appareils volcaniques que se tournent les spécialistes.

  • Sensibiliser les populations

C'est une des tâches les plus ardues pour les volcanologues et les autorités locales. En effet, les cycles de forte activité des volcans explosifs peuvent être espacés de quelques décennies à quelques siècles ; cette échelle de temps ne dispose pas les êtres humains à une bonne perception du risque volcanique, et la maintenance d'observatoires permanents peut paraître inutile.

Piton de la fournaise éruption 2004

Deux exemples récents illustrent le bien-fondé d'une sensibilisation des populations. En 1990, l'Unzen (Japon), après un peu moins de deux siècles de sommeil, se réveille ; le volcan est sous surveillance et le souvenir de la catastrophe de 1792, qui avait fait 15 000 victimes, est toujours vivace. Convaincre la population de la nécessité d'évacuer la zone dangereuse n'a pas été trop difficile. En 1991, le Pinatubo (Philippines) se réveille après plus de 500 ans d'accalmie ; 15 000 personnes vivent au pied du volcan et quelque 500 000 autres sont menacées.

Un film sur les risques volcaniques majeurs, réalisé par Maurice Krafft à la demande de l'Association internationale de volcanologie (IAVCEI), sera diffusé dans les villes et les villages concernés. Cette projection fera prendre conscience du danger et permettra l'évacuation des habitants sans rencontrer trop de résistance.

À la connaissance historique et à la démonstration par l'exemple s'ajoute, en France, l'information préventive devenue un droit depuis 1987. L'État se doit de fournir des dossiers synthétiques regroupés sous l'appellation générale de "cartes des risques". Ces documents comprennent les zones menacées, des informations sur les éventuels dommages matériels et leurs conséquences économiques, les plans d'évacuation des populations, etc. À partir de ces dossiers, villes et communes ont le devoir d' informer les habitants. De la bonne connaissance du risque résulteront des comportements adaptés en cas de nécessité.

  • L'art délicat de gérer une crise

Si l'on peut attribuer aux catastrophes de la montagne Pelée et du Nevado del Ruiz le triste record du plus important nombre de victimes au cours du XXe siècle, on peut souligner que ce n'est pas tant l'importance des paroxysmes volcaniques de 1902 et de 1985 que des raisons politiciennes (élections pour la Martinique, négligence pour la Colombie) qui ont causé la disparition de respectivement 29 000 et 25 000 personnes. Bon nombre de catastrophes récentes (Chichon, Unzen, Pinatubo, Rabaul...) montrent la difficulté de l'exercice, quel que soit le pays, son développement et son organisation sociale.
Pour éviter les conflits d'interprétation, les scientifiques doivent confronter en toute sérénité leurs différentes hypothèses qui résultent de scénarios préalablement établis, de modèles théoriques, d'observations passées et des mesures en cours. La crise récente de la Soufrière de Montserrat (petite île des Caraïbes sous administration britannique), qui débuta en juillet 1995, est l'exemple d'une collaboration scientifique internationale réussie.

Ainsi, une charte règle l'accueil et l'intégration des chercheurs étrangers à l'équipe du MVO (Montserrat Volcano Observatory), et la diffusion d'informations vers la presse est soumise à l'accord préalable du directeur scientifique de l'observatoire. L'ensemble des données, des rapports quotidiens et hebdomadaires destinés aux scientifiques et aux autorités gouvernementales est édité, archivé sur un site "web", puis un bulletin destiné à la population est publié par le service de presse du gouvernement de l'île, en relation avec le MVO. Seuls une telle organisation et des rapports de confiance entre les experts et les autorités civiles, auxquelles revient la décision de faire évacuer une zone menacée, sont susceptibles d'aboutir à la bonne gestion d'une crise.

En effet, la diffusion d'une information compréhensible, où se trouvent associés les experts et les autorités, relayés par les médias, peut atténuer les inquiétudes des populations, limiter la circulation des rumeurs et/ou favoriser une prise de conscience du danger. Si dans une majorité de cas, les crises éruptives ont des durées de quelques mois, d'autres édifices volcaniques, peuvent comme l'Unzen (1990-1995) ou Montserrat, menacer de façon cyclique les populations environnantes. Habitude, lassitude, fatalisme risquent d'altérer les messages diffusés en direction des personnes concernées. L'étude des réactions sociales face à la menace d'une éruption est donc un volet qui doit compléter les cartes de risques.

Au regard des autres risques naturels (cyclones, inondations, tremblements de terre...) les éruptions volcaniques sont les moins meurtrières, elles peuvent néanmoins dévaster totalement de vastes étendues, menacer la circulation aérienne, et perturber le climat à l'occasion de violents paroxysmes tel que celui du Pinatubo en 1991.

Les intérêts politiques et économiques ne doivent pas s'opposer aux mesures de prévention et dans tous les cas, la mise en relation des experts, des autorités civiles, des médias et de la population concernée est souhaitable afin de limiter les risques.

Pour allez plus loin

Remerciements à l'Institut de recherche pour le développement "Suds en ligne, les dossiers thématiques de l'IRD dont est extrait ce dossier.

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