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Océans de plastique : lois et programmes d'actions

Dossier - Les déchets plastique en mer, un septième continent ?
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Chaque seconde, 100 tonnes de déchets (sur les 4 milliards produites annuellement) finissent en mer, dont une grande partie est constituée de matières plastique. Certains n'hésitent pas à parler de « septième continent ». Objets flottants ou microparticules, ces déchets plastique se déposent sur les plages, se dispersent en mer, se retrouvent sur les fonds marins. Quels effets ont-ils sur l’Homme et son environnement ?

  
DossiersLes déchets plastique en mer, un septième continent ?
 

Les impacts sociaux et économiques des déchets plastique en mer se chiffrent en millions d'euros et les solutions sont difficiles à mettre en œuvre (barrages sur rivière, filets en mer, nettoyage des chaluts, des plages, opérations de ramassage, bénévolat...). Zoom sur les lois et programmes d'actions.

Quels sont les lois et programmes d'actions pour lutter contre les océans de plastique ? Ici, un sac plastique accroché à des coraux. © Whitcomberd, Fotolia

Une surveillance locale des déchets

La plupart des ports n'ont pas encore d'infrastructure pour récupérer les déchets et certains équipements de pêche sont obsolètes. Des programmes de surveillance locale des déchets ont été mis en place, mais la surveillance des océans à l'échelle mondiale est complexe et encore plus coûteuse. Des techniques satellitaires sont actuellement à l'étude pour suivre le devenir des macrodéchets en mer (les microplastiques ne peuvent être concernés par cette méthode).

Une diatomée, microalgue unicellulaire de 2 µm à 1 mm, s'est fixée sur un fragment de plastique flottant. © Duhaime, université du Michigan

Déchets plastique en mer : lois, conventions et engagements

Une bonne partie des déchets se trouve dans des zones internationales, le problème est donc à régler à l'échelle mondiale. Nombre de lois, conventions et engagements ont déjà été mis en place :

  • loi sur les déchets en France du 15 juillet 1975 (complétée en 1992) ;
  • loi sur l'eau du 3 janvier 1992, politique d'application de la directive Habitats réseau Natura 2000 ;
  • Grenelle de l'environnement et Grenelle de la mer ;
  • conventions Marpol de Londres et de Bâle (qui interdisent le rejet en mer de tout déchet, notamment en matière plastique) ;
  • directive européenne Stratégie Marine (2008) ;
  • engagements d'Honolulu et de Berlin ;
  • Conférence environnementale de 2013.
La Conférence internationale sur les débris marins de 2011, à Honolulu, à Hawaï, a permis de mieux cerner la problématique des déchets plastique. © DR

Les industriels du plastique se sont organisés pour réagir ensemble et se sont engagés dans des actions de sensibilisation. À l'initiative des industriels européens, ils ont signé en mars 2011 un engagement mondial, la Déclaration de Hawaï, avec pour objectifs de mieux comprendre et traiter la question (voir encadré ci-dessus). À ce jour, 58 membres, 34 pays se sont engagés et plus de 140 projets sont en cours (47 membres, 27 pays, 100 projets en 2011). Les actions sont organisées en trois zones (Amériques, 35 % ; Europe-Moyen-Orient-Afrique, 40 % ; Asie-Pacifique, 25 %).

Dans le cadre du soutien aux efforts de recherche, on peut citer le programme mondial de recherche sur les microplastiques, GESAMP GT 40, financé à hauteur de 320.000 euros par PlasticsEurope et l’American Chemistry Council (ACC). © DR

Démarré en février 2012, GESAMP GT 40 (groupe de travail du Group of experts on the scientific aspects of marine environmental protection) doit permettre une évaluation des sources des déchets, du comportement et des effets des microplastiques dans l'océan, avec un plan d'action mené en trois phases (voir encadré ci-dessus). Après les ateliers de Paris (2012), Londres (2013) et Séoul (2014), un rapport a été présenté à Barcelone en novembre 2014 (CIO-Unesco).

Plusieurs projets de ce type existent dans le monde, fournissant des informations précises sur l'état des lieux. D'après PlasticsEurope, « le bilan actuel n'est pas si catastrophique [...] car malgré une production en hausse, la quantité [de déchets] n'augmente pas ».

Comme la plupart des déchets ne devraient pas arriver en mer, il est donc essentiel de les collecter sur terre. Les déchets plastique, qui sont pratiquement 100 % valorisables, soit par recyclage, soit par valorisation énergétique, constituent une ressource renouvelable mal exploitée à ce jour. Rappelons qu'en Europe, les industriels de la filière se sont lancé le défi d'atteindre « zéro déchet plastique en décharge en 2020 » (Messal R., La valorisation des déchets plastique en Europe et en France : encore des progrès à faire..., L'Act. Chim., 2013, 371-372, p. 12).

En France, il y a une réelle prise de conscience politique qui se traduit sur la feuille de route de la Conférence environnementale 2013, où figurent : le déploiement pour les emballages ménagers de la collecte de tous les plastiques (dont les films et barquettes) afin d'en permettre le recyclage ; la possibilité pour l'État de limiter la mise en décharge aux seuls flux non valorisables (ce qui revient à interdire la mise en décharge des plastiques) ; le développement de filières pérennes de marchés capables d'utiliser des matières plastique recyclées. Il reste néanmoins beaucoup de progrès à faire (Messal R., La valorisation des déchets plastique en Europe et en France : encore des progrès à faire..., L'Act. Chim., 2013, 371-372, p. 12) la valorisation des déchets plastique n'atteignant en 2012 que 62 % en France.

Le programme « Vacances propres » a été créé en 1971. © DR

Vacances propres : lutter contre les déchets sauvages

Les industriels du plastique européens sont également impliqués dans des actions de sensibilisation et d'éducation, comme « Vacances propres », un programme créé en 1971 à l'initiative des entreprises pour lutter contre les déchets sauvages et les incivilités, qui bénéficie de l'appui des collectivités locales, et bien sûr des citoyens qui ont adopté les gestes propres, répondant au slogan : « Notre environnement n'est pas une poubelle » (voir encadré ci-dessus). Si on estime que 4 millions de personnes ont été sensibilisées, on trouve encore malgré tout plus de 33.000 tonnes de déchets sauvages en France (déchets collectés à la main) : près de 20.000 tonnes sur les routes (en particulier juste après la sortie des stations-service !), 10.000 tonnes dans les cours d'eau (rives et flottaison), 3.000 tonnes sur les plages, 350 tonnes en montagne... Et ces chiffres sont probablement en dessous de la réalité. Parmi ces déchets : 41 % de mégots (quoique dégradables, un autre fléau !), 12 % de chewing-gums, 9 % d'emballages pour boissons (plastiques, 3,6 % ; canettes, 3,6 %).

En complément, l'opération « Je navigue, je trie », soit « Rien par-dessus bord, tous mes déchets au port ! », parrainée par la navigatrice Catherine Chabaud, a permis de constater en 2013 une augmentation du tri de 80 % dans les 25 ports concernés. En 2014, 100 % des ports inscrits au programme sont motivés pour renouveler l'opération.

Une dernière action concerne la lutte contre la dispersion des granulés plastique. Lancée en 1992 par les Américains, suivie par le Canada en 1999 puis par les Britanniques en 2009, l'opération « Clean Sweep® » a pour objectif « zéro perte de granulés » à toutes les étapes de la filière (production, transport, transformation). En France et en Europe, dans les usines et les ateliers, le balai est là pour remplacer le nettoyage à l'eau !