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Shum Laka, un site préhistorique majeur en Afrique centrale

Dossier - Les grottes sacrées des hautes terres de l'Ouest Cameroun
DossierClassé sous :géologie , ethnologie , Afrique centrale

L'Ouest Cameroun est le pays des chefferies Bamilékés, civilisation fascinante aux traditions toujours vivantes. Dans cette région de hauts plateaux se trouvent des grottes dans lesquelles se déroulent encore rites, offrandes, cérémonies… Ces grottes sont d’un grand intérêt ethnologique, mais recèlent aussi des vestiges archéologiques, une faune souterraine peu commune, et leur genèse est mal connue.

  
DossiersLes grottes sacrées des hautes terres de l'Ouest Cameroun
 

Les grottes constituent des abris naturels qui ont attiré de tout temps les populations humaines. Protégées des éléments, elles trouvaient refuge temporairement ou durablement dans les cavités, ou y menaient des activités rituelles ou religieuses. À l'abri des agressions du milieu extérieur, soumis à une grande stabilité climatique, les vestiges archéologiques se conservent bien mieux dans les grottes qu'en extérieur et les archéologues ont pris l'habitude de chercher dans ces lieux des indices de présence humaine ancienne.

La grotte de Shum Laka a été occupée par des populations humaines durant des millénaires. © Olivier Testa

La grotte de Shum Laka, au sud de Bamenda, fut ainsi une découverte archéologique majeure des années 1980-1990. Les fouilles entreprises par Pierre de Maret et Raymond Assombang dans cette grotte (ainsi qu'à Fiye Nkwi et Mbi Crater) au cours de plusieurs campagnes dans les années 1990 ont mis à jour des données archéologiques s'étendant sur une période allant de 30.000 à 3.000 ans (BP), ce qui est exceptionnel.

La grotte de Shum Laka, témoin du passé des humains

Ce site a été inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'Unesco en 2006. De nombreux fragments de poteries ont été récoltés. Des pierres taillées (quartz, rhyolite, trachyte, tuff) témoignent d'une tradition allant de l'industrie microlithique à la confection d'outils macrolithiques et de pierre polie. On retrouve des ossements provenant d'une quarantaine d'espèces d'animaux. Les os d'antilopes et de buffles côtoient ceux de singes, de chimpanzés et de gorillesOn a pu ainsi déterminer le régime alimentaire et le mode de vie de ces populations qui peuplaient les Grassfields. Des ossements issus de neuf ensembles funéraires et venant de dix-huit squelettes humains ont été excavés.

Ces squelettes, dont plusieurs étaient en connexion anatomique, étaient enterrés en position fœtale. Les datations donnent des périodes de sépulture à 8.000-6.000 BP et 4.000-2.000 BP, ce qui en fait les plus anciens ossements humains de la sous-région.

Ces données ont permis de reconstituer l'évolution de ces populations sur plusieurs millénaires, d'étudier les changements de leurs techniques (outillage, poterie, funéraire), et d'apporter des données paléo-environnementales originales.