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Fovu, la grotte sacrée de Baham

Dossier - Les grottes sacrées des hautes terres de l'Ouest Cameroun
DossierClassé sous :géologie , ethnologie , Afrique centrale

L'Ouest Cameroun est le pays des chefferies Bamilékés, civilisation fascinante aux traditions toujours vivantes. Dans cette région de hauts plateaux se trouvent des grottes dans lesquelles se déroulent encore rites, offrandes, cérémonies… Ces grottes sont d’un grand intérêt ethnologique, mais recèlent aussi des vestiges archéologiques, une faune souterraine peu commune, et leur genèse est mal connue.

  
DossiersLes grottes sacrées des hautes terres de l'Ouest Cameroun
 

Nous ne pouvons parler des grottes sacrées à l'Ouest Cameroun sans évoquer pour commencer Fovu, la grotte sacrée de Baham, l'un des lieux les plus mystiques de l'Ouest.

Fovu, à Baham, un très grand lieu sacré. © Olivier Testa

Les caractéristiques de Fovu

Vaste champ de rochers granitiques qui s'étend sur 15 hectares, Fovu se situe à quelques kilomètres du palais royal de Baham. Dans ce petit vallon bordé d'eucalyptus, d'avocatiers, de manguiers et de bananiers, d'énormes masses patatoïdes de granite s'élèvent sur 3 à 15 mètres de hauteur. Arrondies, imposantes, leur couleur grisâtre tranche avec la terre rouge et la végétation luxuriante des environs.

La forêt de rocher est un véritable petit labyrinthe qui offre de multiples abris. Par endroits, ces rochers sont posés sur d'autres sous-jacents, ce qui forme des dolmens naturels propices aux différents rites. Le plus gros rocher, dont les dimensions dépassent 35 mètres de long pour 15 mètres de haut, semble ainsi en suspension, et couvre une surface pouvant accueillir plusieurs dizaines de personnes. On appelle cette « grotte » la cathédrale.

Fovu attire chaque année des milliers de pèlerins, qui viennent parfois de l'étranger faire des offrandes, des libations, des cérémonies, afin d'obtenir les faveurs de la divinité. Ce lieu est investi quotidiennement tant par les Kemsi (voyants) de Baham, que par des charlatans, de nombreuses sectes et autres églises évangéliques.

La légende de Fovu, racontée par un notable Baham

« Un jour -c'était le jour du marché- un Allemand [Hans Glauning] est arrivé à Baham. C'était la première fois que l'Homme Baham avait le contact avec l'Homme blanc [en 1905]. On ne savait pas qui c'était. Pendant que les gens venaient voir, on s'est rendu compte qu'il se rapprochait de la chefferie. On a donc craint qu'il ne s'attaque à la chefferie.

On a donc appelé les Foneka, les guerriers du chef. Les guerriers sont venus et ont voulu faire une démonstration de force, avec des sautillements, des reproductions de combats pour faire fuir le Blanc. Le plus grand guerrier se met donc à sauter devant l'Allemand, et chaque fois qu'il touche terre, il lui montre comment il peut soulever sa flèche [une lance] pour le transpercer. Quand il finit, le Blanc qui n'a pas bronché essaie de le flatter sans succès avec des cadeaux, mais ça ne marche pas.

Alors, le Blanc, par provocation, lui tire son pagne qui tombe à terre. Comme il se baisse pour le ramasser, le Blanc l'attrape, le ligote, et le met dans la voiture. Mais pendant qu'il est en train de le ligoter, le chef du village ordonne d'aller couper les ponts. Le Blanc finit de le ligoter et part, mais quand il se rend compte que les ponts sont coupés, il comprend que c'est une déclaration de guerre. Alors il revient au village et tire sur tout le monde. Quand il a fini de tuer tous ceux qu'il voyait, il prend ses appareils pour voir [jumelles]. Il voyait les gens qui étaient à Fovu, il entendait le bruit des gens, mais quand il tirait, les balles étaient arrêtées par Fovu. Il a compris et est reparti par Bandjoun. Il a ensuite renvoyé à Berlin son message disant que le peuple Baham s'était rebellé.

C'est l'un des seuls peuples à s'être rebellé [...]. Aujourd'hui encore, on ne peut pas tout montrer à Fovu, car il y a encore plein de secrets, des chambres secrètes pour se cacher en cas de guerre »