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Et revoici la centrale solaire orbitale !

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Depuis plus de trente ans, Américains et Russes étudient la faisabilité d'une centrale solaire en orbite géostationnaire qui transmettrait l'énergie vers la Terre au moyen d'un faisceau de micro-ondes. Mais tous les projets ont été successivement abandonnés devant les risques, et surtout le coût astronomique d'une telle structure.

Principe de fonctionnement d'un réseau de centrales électriques solaires, selon la Nasa.

Mais les choses pourraient changer. Le tarissement prévisible des puits de pétrole (la production des pays non-OPEP est en régression depuis décembre 2003) et l'augmentation du prix de l'or noir, certains prévisionnistes prévoyant un doublement tous les cinq ans, remettent sur le tapis des technologies énergétiques abandonnées pour cause de non rentabilité. Les centrales orbitales en font partie...

Aussi, le Secrétariat américain à la Défense a-t-il repris ce projet en mains, avec l'aide de la Nasa. Selon le JPL (Jet Propulsion Laboratory), un tel projet deviendra rentable lorsque le prix du baril atteindra les 150 dollars.

Les projets en lice

L'agence spatiale américaine, qui a déjà consacré 23 millions d'euros au projet pour la seule étude de la mise en orbite des gigantesques panneaux solaires, y croit. Selon les estimations des experts, une telle installation pourrait transmettre vers un récepteur terrestre jusqu'à 10 GW de puissance électrique (soit dix centrales nucléaires de moyenne puissance) sous la forme d'un faisceau de micro-ondes. A 36.000 kilomètres d'altitude, les collecteurs recevraient huit fois plus d'énergie solaire qu'au sol, ce qui justifie amplement l'investissement à moyen terme, selon les ingénieurs.

Les Américains ne sont pas les seuls intéressés, puisque le Japon, totalement dépourvu de ressources fossiles, élabore un tel projet depuis 2001. Le Pays du Soleil Levant prévoir le lancement, avant 2040, d'une centrale de 20.000 tonnes pour 1 GW de puissance équipée de deux panneaux d'un kilomètre. Selon les experts, le coût du kilowatt-heure s'élèverait par ce moyen à 0,23 €.

En Russie, le centre de recherches Mstislav Keldych, le constructeur spatial RKK Energia et l'Institut central de constructions mécaniques (Tsniimash) travaillent sur un projet similaire. Mais selon Anatoli Khabarov, responsable de RKK Energia, les principales difficultés ne se situeront pas au niveau de l'assemblage d'un tel complexe, mais plutôt de sa sécurité. Celle-ci est inhérente au mode de transmission de l'énergie sur Terre, qui pourra s'effectuer par faisceau de micro-ondes ou par laser. "Imaginez qu'une centrale gigantesque perde son orientation et que le rayon tombe au-delà du récepteur", prévient Anatoli Kiriouchkine, responsable du Central Research Institute for Machine Building (TsNIIMASH). "Si un flux énergétique traverse des immeubles d'habitation ou des entreprises industrielles, il brûlera tous les équipements électroniques, mettra hors service tous les transports, alors que les gens risquent de recevoir de graves brûlures. En outre, il faudra fermer de vastes zones du ciel à la navigation aérienne".

Bien entendu, rien n'empêche d'imaginer des systèmes très élaborés et redondants empêchant pareil accident, en coupant automatiquement le faisceau au moindre dysfonctionnement. Mais il y a pire. Une telle centrale, et on peut imaginer qu'il pourrait en exister un grand nombre en orbite d'ici quelques décennies, est aussi une arme potentielle capable d'atteindre de nombreuses cibles au sol, mettant hors service toute l'électronique et provoquant d'énormes dommages, matériels comme humains. Les Américains répondent à cette objection en signalant que le faisceau pourrait être étalé sur une très grande surface ce qui diluerait considérablement ses effets, et que l'antenne pourrait se résumer en un simple grillage de plusieurs dizaines de kilomètres carrés disposé en zone désertique, ou même au-dessus d'une forêt, protégeant intégralement celle-ci.

Embouteillage dans l'espace

L'encombrement de l'orbite géostationnaire a aussi été évoqué. Celle-ci arrive déjà à saturation en certains endroits, et les opérateurs de télécommunications ne voient pas d'un très bon œil l'arrivée de ces monstres de plusieurs kilomètres de diamètre, tous panneaux solaires déployés. Quant aux autres utilisateurs de satellites, scientifiques entre autres, c'est avec inquiétude qu'ils imaginent leurs coûteux appareils traverser le flux de micro-ondes reliant la centrale à son collecteur d'énergie sur Terre.

Bref, si ces centrales existent bel et bien sur le papier, elles ne paraissent pas prêtes à prendre la route de l'espace...

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