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Diamant : la mine de Kimberley (Big Hole), en Afrique du Sud

Dossier - Les diamants, rares et envoûtants
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Le diamant, qui nous est offert par la Terre, fascine l'Homme depuis des milliers d’années. Sa formule chimique est aussi simple que possible, pourtant cette pierre transparente, colorée et mythique est pourvue de propriétés exceptionnelles…

  
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L'ancienne mine de Kimberley, en Afrique du Sud, est l'une des plus célèbres mines de diamant. Elle est aussi appelée le Big Hole, « grand trou », car il s'agit du plus grand trou jamais creusé par la main de l'Homme. Voici son histoire.

En 1859, une rumeur apparaît à Vaal River, en Afrique du Sud, mais ce n'est qu'en 1866 que la première découverte « officielle » de diamant eut lieu avec Eureka (21.25 carats, brut), trouvé par Erasmus Jacobs au bord du fleuve Orange. Cette pierre, une fois taillée, ne pèse plus que 11 carats et se trouve aujourd'hui au Kimberley Mine Museum.

Le Big Hole (« grand trou ») est l'ancienne mine de diamant à ciel ouvert de Kimberley, en Afrique du Sud. © Irene2005, CC by 2.0

Puis, en 1869, la découverte de Star of Africa (83.5 carats) déclencha le rush. Pendant ce temps, d'autres petits malins cherchaient dans le pays... près de Kimberley, dans la Northern Cape Province. Les grandes mines découvertes durant le rush furent :

  • Bultfontein, en 1869 ;
  • Koffiefontein, en 1870 ;
  • Jagersfontein, en 1870 ;
  • Dutoitspan, en 1870 ;
  • De Beers, en 1871 ;

Kimberley, d'abord nommée New Rush et, depuis 1871, Big Hole, est maintenant une ville située à 1.230 mètres d'altitude en plein désert du grand Karoo.

Vieille mine de Kimberley. © DR

En 1871, les frères Johannes Nicholas et Diederik Arnoldus de Beer vendirent leur ferme Vooruitzigt pour une somme qu'ils croyaient faramineuse (6.300 livres). En effet, Rhodes, âgé de 17 ans, arriva en Afrique et se rendit compte tout de suite que la prospection individuelle ne serait jamais rentable. Dès 1876, le cumul des concessions fut autorisé. Rhodes racheta donc des concessions à qui voulait les vendre, dont la ferme des deux lascars qui se crurent riches. Qui a dit que la concentration des entreprises était un phénomène nouveau ?

1880 est l'année du début de la lutte pour le contrôle des mines entre Rhodes et Barney Barnato. Suite à cette situation, en avril, Rhodes et Rudd forment une compagnie : la « De Beers Mine », en souvenir des deux frangins disparus dans la tourmente (cynisme d'homme d'affaires ou remerciements pour une fortune ?), et Barnato dut plier.

Vieille carte. © Image De Beers

La compagnie De Beers Consolidated Mines Limited fut fondée le 12 mars 1888 avec Rhodes comme président ; elle incluait les trois quarts des mines de Kimberley et bien d'autres. De Beers obtint son passage en bourse au Johannesburg Stock Exchange en 1893. De Beers, donc Rhodes, signa un contrat avec le London Diamond Syndicate qui s'occupa de la totalité des diamants. Rhodes mourut en 1902, année au cours de laquelle Ernest Oppenheimer arriva en Afrique du Sud.

Le Big Hole, le plus grand trou creusé par la main de l'Homme

Le Big Hole est la mine la plus célèbre de Kimberley et maintenant un lieu touristique incontournable. En voici les dimensions :

  • Le puits fait 1.100 m de profondeur et a été exploité sur 800 m : il faut s'imaginer un trou presque cylindrique !

  • Actuellement, la distance de la surface au niveau des débris qui bouchent le trou est de 215 m avec 40 m de profondeur d'eau.

  • Sa surface de 17 ha a une circonférence de 1.6 km.

C'est le plus gros trou au monde, fait à la main, par l'Homme. Depuis 1914, on en a sorti 2.7 tonnes de diamants pour 22,7 millions de tonnes de roches extraites. Il y a eu aussi une exploitation souterraine, pas seulement un open pit !

Biographie succincte de Cecil John Rhodes

Né le 5 juillet 1853 en Angleterre, à Bishop's Stortford, et décédé le 26 mars 1902, à Muizenberg, près du Cap (Afrique du Sud), il fut aventurier, financier, homme d'affaires et administrateur colonial et fit fortune dans les diamants. Il est aussi le fondateur de la Rhodésie (Zimbabwe).

À l'âge de 17 ans, Cecil Rhodes rejoignit son frère pour travailler le coton. Les deux partirent tenter leur chance, en 1871, à Kimberley. Ils commencèrent à racheter les concessions à ceux qui ne trouvaient rien. En 1873, il revint en Angleterre pour étudier à Oxford, mais n'obtint son grade qu'en 1881 (voyages en Afrique). Il fonda en 1880 « De Beers Mining Company » et prit le contrôle de la production à Kimberley. Fin stratège et diplomate, il persuada le chef du Zimbabwe de lui accorder une exclusivité dans l'exploitation du diamant dans son pays. En 1888, le roi Lobengula lui concéda les droits au sud du Zambèze. L'année suivante, Rhodes obtint de Londres une charte pour sa société, la British South Africa Company, pour l'administration des territoires conquis en Afrique centrale et australe : c'est la naissance de la Rhodésie. Depuis, la Rhodésie du Nord est devenue la Zambie, alors que la Rhodésie du Sud devint le Zimbabwe en 1965.

Sa carrière politique suivit celle des affaires. En 1885, Rhodes persuada la Grande-Bretagne d'annexer le Botswana afin d'empêcher la République de Boer Transvaal, une menace pour les Britanniques, de prolonger son territoire au nord. À l'issue de la guerre des Boers (1899-1902), la Grande-Bretagne put créer l'Union Sud-Africaine.

En 1890, Rhodes fut nommé premier ministre de la colonie du Cap et consacra les six dernières années de sa vie à superviser l'équipement de la Rhodésie qui porte son nom. Il décéda à Muizenberg, près du Cap, le 26 mars 1902, mais fut enterré au Zimbabwe.

Ernest Oppenheimer

La De Beers, pur produit britannique, s'endormit alors sur son monopole. Ernest Oppenheimer, un jeune juif allemand qui travaillait dans une banque de Londres (qui l'envoya à Kimberley), collectionna les actions de sa société et profita de la guerre de 1914 pour prendre les gisements de Namibie découverts sous tutelle allemande.

Sa compagnie, l'Anglo American, producteur d'or, finit par obtenir la majorité dans De Beers. Il fixa, en 1929, l'axe Londres - Anvers - Afrique du Sud. Aujourd'hui encore, c'est la famille Oppenheimer qui possède De Beers, et l'Anglo American. Oppenheimer dut, très tôt, mettre en place sa propre police concernant le marché des diamants, pour contrôler les fraudes et le marché illicite et, surtout, pour maintenir les prix. Le diamant n'a jamais été un marché comme les autres...