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L'autofécondation et la pollinisation

Dossier - La pollinisation : un service écologique gratuit
DossierClassé sous :développement durable , zoologie , pollinisation

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La pollinisation est au cœur de la nature et de ses processus de reproduction. Découvrez dans ce dossier l’incroyable parcours du pollen, depuis l'organe mâle jusqu’à l'organe femelle d'une fleur. Une manière de mieux comprendre le rôle essentiel des abeilles et de nombreux autres pollinisateurs dans l'équilibre des écosystèmes.

  
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L'autofécondation consiste en la fécondation d'un ovule par du pollen issu de la même plante. La plupart des plantes à fleurs étant hermaphrodites, l'on pourrait croire que l'autofécondation serait pour elles le moyen le plus simple pour assurer leur reproduction. Pourtant, il n'en est rien.

Qu'est-ce que l'autofécondation ? Ici, un champ de coquelicots au soleil couchant. © Zhoto, Shutterstock

Ce type de pollinisation, même s'il parvient à assurer la continuité de l'espèce, n'est pas prisé par les plantes, car il appauvrit leur patrimoine génétique au même titre que l'endogamie chez les humains. S'ils ne se satisfaisaient que de cette méthode, les végétaux seraient dans l'incapacité de s'adapter à de nouvelles conditions de vie telles que la modification de la constitution du sol ou lors de changements climatiques par exemple. L'adaptation est une condition essentielle à la survie des espèces, tant végétales qu'animales, et le brassage génétique constitue l'élément essentiel de cette capacité.

On distingue nettement sur cette image les grains de pollen qui se sont collés sur cette abeille (Halictus sp.) de la famille des Halictidae et les corbeilles lourdement chargées des pattes postérieures. © Patrick Straub

Le déclin des pollinisateurs

À la lecture de ce qui précède, on l'aura compris, de toutes les méthodes mises en œuvre par les plantes pour se reproduire, la pollinisation par zoogamie est la plus répandue, et l'entomophilie la plus efficace, alors même que les animaux n'ont absolument pas conscience de leur rôle dans la dispersion du pollen ou des graines.

La richesse de la biodiversité est due à l'interaction de ces divers acteurs, et le déclin des uns et des autres, voire leur disparition, pourrait rapidement provoquer un déséquilibre irréversible des écosystèmes.

La perte de nombreuses espèces végétales et animales provoquée par la déforestation dans les zones tropicales ou subtropicales, l'arrachage des haies et les cultures intensives dans les zones tempérées, la pollution ou encore l'urbanisation a provoqué une prise de conscience chez l'Homme qui a réalisé que son devenir est étroitement lié à la bonne santé de la nature. Fort de ce constat, il multiplie les actions pour tenter d'enrayer le phénomène de déclin. L'une d'entre elles consiste, dans nos régions, à développer les jachères floricoles pour attirer les pollinisateurs et faire en sorte qu'ils se reproduisent. Procurer des fleurs mellifères aux abeilles part d'un bon sentiment, mais la méthode n'est pas forcément bien adaptée.

Jachère fleurie. © Jibi 44, CC by-sa 3.0

Un millier d'espèces d'abeilles

En effet, lorsque l'on parle d'abeille, on pense surtout aux abeilles sociales, celles qui vivent dans des ruches et qui produisent du miel. En fonction de ce postulat, les jachères apicoles sont donc majoritairement constituées de fleurs mellifères, parfois exotiques, ce qui n'est pas fait pour arranger la situation. Or, la grande famille des hyménoptères n'est pas constituée exclusivement d'abeilles coloniales. Elle regroupe au contraire près d'un millier d'espèces sauvages, solitaires ou sociales, rien qu'en France, et qui ne sont pas forcément attirées ou équipées pour accéder au nectar produit par ces fleurs. Elles sont généralement inféodées à une poignée d'espèces végétales, parfois très discrètes, qui ne sont pas retenues dans la problématique. Par exemple, certaines espèces d'Ophrys, qui sont des orchidées terrestres, sont pollinisées exclusivement par Eucera longicornis (famille des Apidae).

Ces jachères sont donc trop sélectives car elles ne tiennent pas compte des spécificités de chaque espèce d'abeille. Les eucères (abeilles solitaires) se nourrissent presque exclusivement sur les légumineuses. Si l'on prend le risque de saturer les champs d'abeilles domestiques, les populations d'abeilles solitaires déclineront, et avec elles les peuplements d'ophrys.

En favorisant l'abeille domestique, on court donc le risque de déprimer les espèces solitaires, et par là de mettre en danger la survie de certaines plantes. L'aspect artificiel de cette démarche est parfois accru par l'implantation de ruches à proximité immédiate des champs fleuris. En effet, une forte concentration d'abeilles domestiques peut se révéler dissuasif pour les autres pollinisateurs vivant sur le site. S'il est légitime que les apiculteurs cherchent à améliorer leur rendement en miel et à maintenir leurs colonies d'abeilles, il serait déraisonnable que leur action évolue en défaveur des autres auxiliaires floricoles.

Malgré tout, l'abeille domestique est une sorte de baromètre des populations sauvages. En effet, si les colonies d'abeilles sociales déclinent pour toutes sortes de raison, il en est de même pour les autres espèces pollinisatrices. Mais pour ces dernières, il est impossible de quantifier les pertes. La disparition des habitats est très certainement l'une des premières causes de leur raréfaction car, quand l'homme dispose des terrains occupés par les insectes, il contribue tout d'abord à la disparition de leur moyen de subsistance : les fleurs (tonte à ras des pelouses fleuries, gyrobroyage des bas-côtés...).

La sauvegarde des pollinisateurs devrait pourtant nous concerner au premier chef, car ce sont eux qui contribuent à nous alimenter en fruits et en légumes. 35 % de la production mondiale de nourriture provient directement des cultures dépendant de la pollinisation par les insectes.

Les osmies (ici, Osmia cornuta) par exemple, sont des abeilles précoces qui émergent déjà en mars lorsque les conditions climatiques le permettent, avant même que les colonies d’abeilles domestiques ne soient reconstituées. Elles sont d’excellentes pollinisatrices des fruitiers précoces. Cette abeille a été photographiée dans une « carrière » d’où elle extrait les boulettes de glaise nécessaires à l’occultation des alvéoles. © Patrick Straub

Le programme Alarm, pour mieux comprendre la pollinisation

Par bonheur, le phénomène a provoqué une prise conscience et, en 2004, l'Europe a mis en œuvre le programme Alarm (Assessing LArge-scale environmental Risks for biodiversity with tested Methods) qui s'est terminé en 2008. Ce projet était fondé sur une meilleure compréhension de la diversité biologique terrestre et aquatique et du fonctionnement des écosystèmes. Il devait tester des protocoles pour évaluer les risques environnementaux, afin de réduire les effets de l'activité humaine. L'Inra d'Avignon avait été chargé du module « pollinisateurs ».

D'autres enquêtes ont lieu. Sont déjà en cours celles de l'Opie (Office pour les insectes et leur environnement) initiées par Serge Gadoum sur les Anthidies, les abeilles sauvages dans la ville, et l'enquête sur la répartition géographique de la collète du lierre dans le cadre d'une étude scientifique et génétique d'envergure orchestrée par Nicolas Vereecken. Parmi les actions qui ont été mises en œuvre pour tenter d'aider les pollinisateurs, il y a également les observatoires des papillons de jardin et des bourdons organisés par Noé Conservation.

Il existe une initiative lancée par le Muséum national d'histoire naturelle à laquelle participe l'Opie, la Fondation Nicolas Hulot et Nature et Découvertes, appelée Spipoll (Suivi photographique des insectes pollinisateurs). Sous la houlette de Lucie Dauvergne, chef de projet, elle a pour objectif de récolter des données photographiques sur les insectes pollinisateurs à l'échelle du pays. L'initiative fait appel à des volontaires fiables sur la durée qui doivent respecter un protocole d'observation et de prises de vues, dans le but d'alimenter une base de données exploitable dans le temps. Ces informations servent à recenser les espèces d'insectes pollinisateurs en fonction de typologies florales, par biotopes et par régions afin de suivre l'évolution de la biodiversité.