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La pêche dans le Delta Central du Niger

Dossier - L'eau, un enjeu vital pour les pays du Sud
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Les produits de la pêche dans les cours d'eau restent une source de revenu importante dans les pays en développement qui disposent d'un bassin important et actif.

  
DossiersL'eau, un enjeu vital pour les pays du Sud
 

En bordure du Sahara, entre les villes légendaires de Djenné et Tombouctou, s'étend une plaine alluviale que les crues du fleuve inondent chaque année : le Delta Central du Niger. Son intérêt ne réside pas seulement dans un passé historique prestigieux mais aussi dans un ensemble de richesses naturelles précieuses en pays sahélien.

Malgré des réglementations parfois inadaptées et les sécheresses récurrentes, l'écosystème deltaïque reste une étonnante machine à produire de la fertilité et du vivant : sols, herbages, poisson.

A la demande du Mali, L'IRD a démarré en 1986, un programme de recherche multidisciplinaire réunissant biologistes des pêches, écologistes, économistes, hydrologues, géographes, anthropologues afin d'apporter un appui scientifique à la connaissance des pêcheries deltaïques.

  • Entre 45 000 et 100 000 tonnes de poisson par an

La pêche artisanale représente à l'heure actuelle environ 5 % de la production halieutique mondiale et près de 90 % des pêcheurs. Elle est plus particulièrement développée dans les pays du Tiers-Monde où elle représente une activité économique et une ressource alimentaire précieuse. Bien que la pêche artisanale maritime soit plus importante, sept à dix millions de tonnes par an, soit 20 %, proviennent des pêches intérieures. Les milieux aquatiques continentaux réputés les plus productifs sont des milieux fluviaux dotés d'importantes extensions temporaires (plaines inondables).

Entre Mopti et le lac Débo, le grand affluent Mayo Dembé : la décrue (avril 1995). Delta Central du Niger. Mali. © IRD/Yveline Poncet.

En Afrique, la région sahélienne est riche en milieux de ce genre notamment le Delta Central du Niger au Mali. Dans cette région, la production annuelle varie entre 45 000 et 100 000 tonnes selon l'importance des crues. Lorsque la crue arrive, le développement végétal s'accompagne d'un développement de micro-organismes végétaux et animaux. Les poissons viennent alors les consommer. La production de ces herbiers flottants est considérable allant de 11 à 33 t/ha/an et des estimations de 10 à 20 t/ha/an pour des radeaux flottants à papyrus.

Les lacs du Delta Central constituent, avec le lit mineur du Niger, les milieux permanents où se regroupent les poissons à la saison sèche. Leur faible profondeur leur confère des propriétés communes aux lacs plats qui en font des milieux aussi riches que le fleuve, mais plus variés. Ils offrent donc une capacité d'accueil bien plus élevée.

Scène de pêche collective, épuisement de mare. Les enfants et adolescents s'apprêtent à traquer le poisson dans la faible profondeur de la mare. Delta central, 14° nord, 4° ouest. Mali. © IRD/Yveline Poncet.

Près de 140 espèces de poissons, dont au moins 24 sont endémiques, occupent actuellement la région deltaïque et les biefs du Niger supérieur. Ces espèces qui appartiennent à la faune soudanienne, largement répartie dans toute la frange sahélienne, sont installées de longue date dans la région deltaïque ainsi qu'en témoigne la découverte d'un fossile de Protopterus vieux de plus de quarante millions d'années. Outre leur ancienneté et leur richesse spécifique, les poissons du Delta sont remarquables pour la diversité des moyens dont l'évolution les a dotés pour vivre dans un milieu fluvial instable, voire imprévisible. Le développement d'organes respiratoires annexes, les adaptations physiologiques au manque d'oxygène, la migration, les soins parentaux etc., constituent des exemples de l'appareillage très diversifié que les poissons du Niger utilisent pour coloniser tous les milieux fluviaux.

Captures provenant de la relève de nasses dans le delta central du Niger. Espèces présentes (la plupart des poissons sont en maturation) : Synodontis nigrita, Malapterurus electricus, Chrysichthys auratus, Petrocephalus bovei, Marcusenius senegalensis, Tilapia zillii, Schilbe mystus. © IRD/Vincent Benech.

La stratégie des migrateurs consiste à exploiter la variabilité spatio-temporelle du milieu fluvial. Les poissons qui la pratiquent font correspondre leur période de reproduction avec la crue des fleuves. La ponte s'effectue en bordure des zones inondées, les alevins et les juvéniles peuvent ainsi bénéficier des conditions favorables d'abri et d'abondance de nourriture qu'offre ce type de milieu. Au moment de la vidange des zones inondées, les jeunes poissons qui viennent d'effectuer leur première année de croissance regagnent le lit mineur et font à leur tour des migrations qui peuvent être également de grande amplitude.

  • Bozo, Somono, Sorko...
Un campement de pêche permanent sur une haute berge du Niger : murs de terre séchée et toit de paille pour l'habitation. Au premier plan, le four de fumage du poisson. Comme il est d'usage, la cour est ouverte et sans clôtures. Delta Central du Niger. Mali. © IRD/Yveline Poncet.

Ces termes sont communément utilisés de nos jours pour désigner les groupes de pêcheurs du Delta Central.

Un barrage de nasses diéné sur le mayo Dembé, près de Mopti. Delta Central du Niger. Mali. © IRD/Yveline Poncet.

La diminution des ressources halieutiques consécutive à l'arrivée de la sécheresse a conduit à s'inquiéter du développement démographique de la population de pêcheurs exploitant ces ressources. La population de pêcheurs est estimée à environ 180 000 personnes. D'autres enquêtes permettent d'accorder une attention particulière aux déplacements et migrations. En effet, les superficies inondées étant beaucoup plus réduites que par le passé, les pêcheurs ont déserté certaines portions du Delta pour se concentrer sur celles où la pêche est encore possible. On peut distinguer deux types de migrations de faible amplitude à l'intérieur du Delta Central du Niger : les migrations de courte durée et les migrations de crue et de décrue.

Commerçants ambulants sur le Diaka, ils vont de campements de pêche en campements de pêche, à bord de leur pirogue. Delta central, 14° nord, 4° ouest. Mali. © IRD/Yveline Poncet.

Les migrations de courte durée constituent la catégorie la plus hétéroclite. Les motifs sont en majorité à dominante économique : des hommes assurant de temps en temps le transport des voyageurs vers Mopti ; des migrations de pêche de courte durée (pour l'exploitation très temporaire de certaines mares) etc. Les migrations de crue et de décrue ont des caractères variés.

Pêcheurs montrant les filets : filets à deux mains. Utilisés pour les pêches d'épuisement de mares. Delta central, 14°nord, 4°ouest. Mali. © IRD/Yveline Poncet.

Dans ces migrations, des pêcheurs construisent un ou plusieurs campements successifs. Les variations du niveau de l'eau rendent impossible l'utilisation d'un même engin de pêche durant toute l'année. Les principaux engins utilisés dans le Delta peuvent être regroupés en six grandes catégories : les méthodes de pêche active avec les engins de pêche par blessure (harpons), les filets lancés ou poussés et les sennes ; les méthodes passives avec les filets maillants, les nasses et les lignes. Certaines de ces techniques ont très peu varié alors que d'autres ont été complètement modifiées par l'apparition de nouveaux matériaux de construction.

Four de fumage de poissons. Four de terre naturelle. La paille est répandue pour le brûlage, une technique différente de conservation du poisson. Delta central, 14°nord, 4°ouest. Mali. © IRD/Yveline Poncet.
Relevé des nasses durankoro d'un barrage sur un bras du fleuve Niger : les nasses sont secouées pour faire tomber les poissons au fond de la pirogue. Delta Central du Niger. Mali. © IRD/Yveline Poncet.