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Les centres de stockage ont-ils un avenir ?

Dossier - Les centres de stockage des déchets en France
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La mise en décharge a longtemps été le mode de traitement privilégié des déchets. Aujourd'hui, seuls les déchets qualifiés d'ultimes, ceux qui ne peuvent ni être recyclés, ni être valorisés, sont admis dans ce que l'on nomme les centres de stockage des déchets non dangereux. Des enjeux de protection de l’environnement notamment ont relégué le stockage des déchets au rang de dernier maillon de la chaîne. Dernier maillon, mais certainement pas des moindres puisqu’il reste celui drainant les tonnages les plus importants. D’où la nécessité d’en maîtriser les tenants et les aboutissants.

  
DossiersLes centres de stockage des déchets en France
 

Aujourd'hui, le stockage constitue le dernier maillon de la politique nationale en matière de gestion des déchets. Mais, avant d'envisager de mettre un terme à l'exploitation des installations de stockage des déchets non dangereux (ISDND), il faudra trouver des solutions de substitution. En attendant, les opérateurs travaillent à l'optimisation de l'ensemble de la chaîne.

Même si la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) prévoit une diminution de moitié des tonnages stockés par rapport à 2010 d'ici 2025, les ISDND apparaissent aujourd'hui encore — sur le court et moyen terme au moins — comme une étape incontournable de la chaîne de traitement de nos déchets. D'abord parce que, selon Guillaume Lacour, directeur métier stockage et valorisation des déchets chez EODD Ingénieurs Conseils, « la solution est efficace, rustique, maîtrisée, peu coûteuse et souple ».

Ainsi, contrairement aux usines d'incinération des déchets — qui supportent mal les baisses de charge notamment —, les centres de stockage s'accommodent parfaitement bien de variations de charges. Par exemple, une ISDND est capable de tamponner les surcharges comme les déchets générés par les catastrophes naturelles. Les récents ouragans dévastateurs passés sur les côtes antillaises ont montré qu'il n'est pas rare qu'il faille traiter en trois mois l'équivalent en tonnes de déchets de deux années d'exploitation classique.

De nécessaires solutions de substitution

Par ailleurs, il n'existe, pour l'heure, pas encore de réelle solution de substitution. « Les exploitants sont conscients du rôle qu'ils ont à jouer en la matière », assure Guillaume Lacour. Ils sont engagés dans les politiques de prévention des déchets. Ils portent des projets de valorisation. Et ils militent pour laisser aux projets les plus innovants le temps de leur développement.

Dans l'Hérault, la Communauté de communes du Nord du Bassin de Thau porte un projet d'extension de l'ISDND de Villeveyrac que l'on découvre sur ce photomontage. © EODD Ingénieurs Conseils

Il est aussi question d'argent. Car « pour atteindre les objectifs lancés par le gouvernement de 100 % de recyclage des matières plastiques sur notre territoire d'ici 2025 par exemple, il faudra envisager la mise en œuvre de nouvelles chaînes de tri des déchets. Des chaînes de tri plus complexes que celles que nous connaissons aujourd'hui. Plus complexes... et plus coûteuses », remarque Guillaume Lacour.

Pas de révolution en vue

Notons également que les technologies de valorisation aujourd'hui disponibles produisent toujours une part de déchets ultimes que nous ne savons pas orienter ailleurs que vers les solutions de stockage. Ainsi, les mâchefers, ces résidus issus des usines d'incinération, représentent tout de même 20 à 25 % des tonnages entrants. Et leur utilisation comme matériaux pour la réalisation de sous-couches routières n'a malheureusement pas bonne presse. Alors, ils sont stockés dans les ISDND.

Des progrès techniques sont bien sûr attendus. Du côté des solutions de valorisation d'abord ; de l'avis de l'Ademe, elles sont à privilégier face aux solutions de stockage. Ainsi, l'Ademe appelle à des investissements visant à leur optimisation : amélioration du rendement de l'incinération ou ouverture plus large des méthaniseurs. Du côté des centres de stockage, les travaux de R&D se poursuivent aussi. Le fonctionnement en bioréacteur se généralise. Peut-être verrons-nous prochainement apparaître des casiers d'ISDND à toits mobiles qui permettent notamment de réduire les risques d'envol et de limiter la pénétration de la pluie, et donc, la formation de lixiviats. Mais, pour l'heure, ils restent compliqués à réaliser et entraînent des difficultés d'exploitation et des hausses de coûts importantes. La valorisation foncière des sites fermés passe aujourd'hui par leur reconversion en parcs photovoltaïques et « l'avenir du stockage passera par le déstockage d'anciens déchets qui pourraient un jour être revalorisés car ces sites recèlent de matières premières secondaires », conclut Guillaume Lacour.