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En vidéo : des poissons-chats albigeois se nourrissent de pigeons !

ActualitéClassé sous :zoologie , poisson-chat , silure

Les silures d'Albi apprécieraient tout particulièrement se repaître de pigeons ! Pour ce faire, ces poissons-chats n'hésitent pas à bondir hors de l'eau sur des oiseaux buvant ou se nettoyant insouciamment sur une île du Tarn. La preuve en vidéo !

Ce silure glane (Silurus glanis) vient de bondir sur un pigeon qui se déplaçait sur la plage. Plus de la moitié de son corps est hors de l'eau. Le plus grand silure jamais pêché mesurait 2,58 m de long et pesait 112 kg. © Cucherousset et al. 2012, Plos One

La rivière Tarn abrite depuis 1983 une population de silures glanes (Silurus glanis), un prédateur d'eau douce pouvant atteindre 2,5 m de long et peser environ 100 kg. Des individus vivant dans le centre historique d'Albi viennent dernièrement de défrayer la chronique. En cause, leur changement d'habitudes de vie pour s'attaquer à de nouvelles proies.

 
Ces silures glanes s'adonnent à la chasse au pigeon, un oiseau terrestre. Ils pratiquent le beaching, comme les orques, en se jetant hors de l’eau sur une plage. Cette vidéo montre deux attaques réussies et deux tentatives manquées. © Cucherousset et al., 2012, Plos One

Les poissons-chats copient le beaching des orques

Ces poissons-chats vivent normalement sur des fonds mous ou vaseux, si possible profonds et à l'abri du courant. Ils chassent généralement à la tombée du jour, en groupe lorsqu'ils sont jeunes ou seuls s'ils sont adultes. Opportunistes, les silures n'hésitent pas non plus à se repaître de poissons malades ou blessés qui s'aventureraient de jour sur leur territoire. À l'occasion, ces animaux s'accommodent également très bien d'amphibiens, d'écrevisses, de larves d'insectes ou de quelques jeunes palmipèdes. En revanche, leur goût prononcé pour le pigeon était encore insoupçonné voici quelques semaines !

Qui dit nouvelle proie dit également nouvelle technique de chasse. En effet, ces volatiles n'évoluent pas dans l'eau. Ils s'y mouillent juste parfois les pattes pour boire ou s'ébrouer. C'est de ce bref moment que les silures ont pu tirer avantage... en copiant sans le savoir la technique du beaching utilisée par les orques. En effet, ces mammifères marins n'hésitent pas à s'échouer sur des plages, donc à sortir de l'eau, pour capturer des phoques ou des éléphants de mer s'y reposant. Cette découverte vient d'être dévoilée par Julien Cucherousset de l'université Paul Sabatier, en compagnie d'autres chercheurs toulousains, dans la revue Plos One

Des pigeons particulièrement appréciés par les silures

Le Tarn est large de 100 m en moyenne et profond de 3 m dans le centre d'Albi. Il abrite par endroit de petites îles en gravier appréciées par les pigeons Columbia livia. L'accès à l'eau y est en effet aisé, ce qui leur permet de boire ou de se laver facilement. À 24 reprises, entre le 30 juin et le 19 octobre 2011, les scientifiques se sont installés sur un pont tout proche pour filmer l'activité des pigeons... et des poissons-chats qui rôdaient sous la surface de l’eau (jusqu'à 9 individus à la fois) à proximité de la plage et en plein jour.

Près de 54 attaques de silures mesurant entre 90 et 150 cm ont été recensées sur les 72 heures d'enregistrement. Leur déroulement est toujours identique. Un pigeon s'immerge partiellement dans l'eau, le poisson bondit alors dessus en sortant en partie du milieu liquide (plus de la moitié du corps dans 40 % des cas), le saisit dans sa gueule puis retourne dans l'eau et le gobe. Le taux de réussite de cette action qui dure de 1 à 4 secondes serait de 28 %, soit sensiblement le même que celui du lion chassant une antilope ou d'un chat cherchant à se saisir d'une souris. Les silures détecteraient leurs proies grâce à leurs 6 barbillons sensibles aux vibrations. En effet, seuls des pigeons réalisant des mouvements ont été saisis. Les individus immobiles ne risquent donc rien. 

Les silures d'Albi seraient devenus de véritables spécialistes de cette chasse. En effet, selon des analyses en isotopes stables (δ13C et δ15N), certains se nourriraient à 80 % de pigeons. Cette découverte montrerait un exemple extrême de la capacité des espèces introduites à s'adapter à de nouveaux environnements, le tout avec des conséquences insoupçonnées sur le fonctionnement d'un écosystème ainsi que sur les relations proies-prédateurs.

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