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Toutes nos vaches descendraient de 80 aurochs !

ActualitéClassé sous :zoologie , domestication , animaux

Les bovins auraient été domestiqués au Proche-Orient il y a 10.500 ans. Grâce à l'extraction d'ADN mitochondrial d'ossements trouvés en Iran, nous savons maintenant que toutes nos vaches actuelles descendent de 80 aurochs sauvages. Les Hommes de l'époque auraient-ils eu du mal à les capturer et à les maintenir en captivité ?

Être domestiqué ne signifie pas vivre entre des clôtures. Cette vache vit sa vie paisiblement au Kirghizstan et rentre seule à l'étable lorsqu'elle en a envie. © Böltürük (Trondheim), Flickr, CC by-nc 2.0

L'étude de la domestication des animaux peut être réalisée de multiples manières. L'analyse de peintures rupestres ou de divers caractères morphologiques observés sur des ossements en sont deux exemples. De nombreux indices s'accordent pour situer les premières domestications de la plupart des espèces animales élevées à ce jour au Proche-Orient. Les moutons, les chèvres et les cochons auraient été apprivoisés par l'Homme il y a 11.000 à 10.500 ans. Les ovins seraient arrivés en Europe seulement 6.000 ans avant J.-C. Et les vaches alors ? Domestiquées à la même époque et descendant d'aurochs sauvages, elles seraient probablement originaires d'Iran.

Les méthodes archéologiques habituelles, bien que d'une redoutable efficacité, ne peuvent malheureusement pas déterminer précisément le nombre d'animaux domestiqués durant le développement de l'élevage par l'Homme. Cette information est pourtant importante. Une valeur élevée signifie que la capture d'animaux (puis leur maintien en captivité) était concrètement simple et répandue. À l'inverse, un petit nombre signifie que la démarche était complexe. Heureusement, une autre discipline scientifique peut venir en aide aux archéologues : la génétique.

Grâce à des ossements trouvés en Iran, et à l'ADN qu'ils contenaient, une équipe de chercheurs menée par Ruth Bollongino, travaillant pour le CNRS, le Muséum national d'histoire naturelle et l'institut d'anthropologie de l'université de Mainz (Allemagne), a pu retracer la généalogie de nos vaches domestiques Bos taurus. Elles descendraient toutes d'environ 80 aurochs sauvages ! Ce résultat est présenté dans la revue Molecular Biology and Evolution.

La découverte d'ADN exploitable dans d'anciens ossements de vaches trouvés en Iran est un fait inhabituel. De nombreuses précautions ont été prises pour éviter la moindre contamination. © Joachim Burger

L’ADN révèle la généalogie des vaches

Les ossements trouvés appartiennent précisément à 15 bovins ayant vécu entre le Néolithique et l'âge de fer iranien. Les chercheurs ont réussi à en extraire de l'ADN mitochondrial. Une chance, car l'ADN résiste mal à la chaleur. La plupart du temps, les animaux morts depuis des milliers d'années ne fournissent des informations génétiques que s'ils ont été conservés dans des régions froides, comme en témoignent les études faites sur les mammouths.

L'ADN extrait des restes d'os a été séquencé puis comparé à celui de bovins vivant à ce jour grâce à des simulations dites de coalescences et à l'emploi d'algorithmes bayésiens. Les méthodes d'analyse ont exploité le nombre de mutations survenues au cours des 10.500 dernières années. En tout, quelque 22.000 gènes ont été passés à la loupe. C'est ainsi que les résultats sont tombés : 80 spécimens sont à la base de la généalogie de nos vaches.

Ce nombre paraît faible mais il est cohérent avec la taille de l'aire géographique abritant les premières traces de domestication bovine, une zone comprise entre les hautes vallées du Tigre et de l'Euphrate. Il est vrai que l'aire de répartition des aurochs était vaste et qu'ils devaient vivre en grand nombre, fournissant ainsi à l'Homme de multiples opportunités de captures. Mais il ne faut pas oublier un fait que rappelle Joachim Burger, un des coauteurs de l'étude : les aurochs étaient plus grands, et probablement moins dociles, que nos vaches actuelles. Leur capture devait donc être difficile, tout comme leur maintien en captivité.

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