Aussi belles soient-elles, les méduses d'une grande diversité de formes et de couleurs sont un problème pour les mers et les océans en raison de leur prolifération. © Diego Cosenza, Wikimedia Commons, CC By 2.0

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Prolifération des méduses : vers une « gélification » des océans ?

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Autrefois, l'on parlait d'« année des méduses », aujourd'hui elles sont présentes quasiment tous les ans sur les bords de mer et peuvent gâcher les vacances. Et la prolifération de ces animaux marins gélatineux concerne tous les océans et toutes les mers de la planète. Entre réchauffement climatique, surpêche et plastique, le « bloom » des méduses incrimine l'activité humaine. 

Elles déferlent parfois par milliers sur les plages, au grand dam des baigneurs qui craignent leurs brûlures : entre surpêche, réchauffement des eaux et multiplication du plastique, les méduses profitent des bouleversements causés par les Humains dans les océans. La prolifération de ces animaux, apparus sur terre il y a environ 600 millions d'années, serait telle qu'elle provoquerait une « gélification » des océans, en piteuse santé comme devrait le montrer le rapport spécial des experts climat de l'ONU publié mercredi. Fabien Lombard, spécialiste de l'écologie du plancton et des méduses à Villefranche-sur-Mer, tempère cette idée de gélification.

Quand les méduses déferlent sur les plages ! © Mohammed Abed, AFP/Archives

Une prolifération avérée, difficilement quantifiable

« Il y a plus de méduses dans certaines zones dans le monde », confirme Fabien Lombard à l'AFP, comme en mer Noire, au large de la Namibie, ou encore en mer du Japon. Plus compliqué de dire si leur présence a augmenté dans d'autres régions du globe. Une base de données mondiale sur les méduses a été créée en 2014, mais il reste ardu de quantifier les populations. Les méduses, qui font partie des premiers habitants de la planète, vivent aujourd'hui dans toutes les mers et océans et à toutes les profondeurs, jusqu'aux abysses. Constituées de 95 à 98 % d'eau, dépourvues de cerveau, capables de flotter et de nager mais pas de résister aux courants marins, elles font partie du zooplancton.

De diverses tailles et couleurs, les méduses se reproduisent de façon sexuée, asexuée ou par bourgeonnement : les œufs fécondés tombent sur les fonds marins, donnent naissance à un petit animal, un polype, qui se multiplie. Un changement de température ou un autre choc déclenche sa division et il donne naissance à plusieurs petites méduses. Par le passé, des proliférations de méduses, appelées « bloom », étaient constatées à intervalles réguliers, par exemple tous les 12 ans en Méditerranée pour l'espèce pelagia, explique Anaïs Courtet, biologiste à l'aquarium de Paris. « Aujourd'hui, ce cycle n'est plus respecté et on en voit tous les ans », poursuit-elle.

La surpêche élimine certains de leurs prédateurs directs

La prolifération de ces animaux gélatineux et urticants est due à plusieurs facteurs, complète Philippe Cury, chercheur en biologie océanographique à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) : la surpêche, le chalutage, le réchauffement des océans. « Ces trois facteurs provoquent des éruptions de population de méduses. Il y en a toujours eu mais elles sont beaucoup plus fréquentes et on observe parfois des quantités absolument incroyables », indique le scientifique. La surpêche élimine certains de leurs prédateurs directs, comme les thons ou les tortues par capture accidentelle, mais aussi des poissons mangeurs de plancton. En leur absence, les méduses disposent de plus de plancton pour se nourrir.

Les méduses vivent dans toutes les mers et les océans, et à toutes les profondeurs, jusqu'aux abysses. Elles se reproduisent de façon sexuée, asexuée ou par bourgeonnement. © Philippe Lopez, AFP/Archives

Les fonds marins sont perturbés par les activités humaines...

Le chalutage de fond, un type de pêche qui consiste à traîner un grand filet sur les fonds marins, est aussi problématique. En raclant les animaux qui y vivent, les éponges, vers, coraux, « il homogénéise les fonds marins » et laisse plus de place pour les polypes qui peuvent alors se multiplier, indique Philippe Cury. Les polypes sont aussi très friands des constructions humaines : bouées, plateformes pétrolières... « Ils adorent le plastique », ajoute Fabien Lombard. Des déchets de quelques centimètres peuvent servir de radeaux aux animaux et leur permettre de coloniser de nouveaux espaces. Quant au réchauffement climatique et à l'acidification des océans, « ça ne leur est pas défavorable », contrairement à d'autres espèces, fait savoir Anaïs Courtet.

La prolifération de ces animaux gélatineux et urticants est due à plusieurs facteurs : la surpêche, le chalutage, le réchauffement des océans. © Boris Horvat, APF

...Et les activités humaines souffrent de la multiplication des méduses

De nombreuses activités humaines souffrent de la multiplication des méduses : le tourisme, la pêche, la pisciculture, les usines de dessalement ou les systèmes de refroidissement d'installations nucléaires, qu'elles bouchent. En 2007, une ferme de saumons en Irlande du Nord a été décimée par des méduses qui ont piqué les poissons, incapables de fuir. Au Japon, les pêcheurs restent parfois à quai quand les méduses sont trop nombreuses, pour ne pas perdre leur filet. Il est même arrivé qu'un bateau chavire sous leur poids.

Comment éviter une invasion ? « Il faut des écosystèmes qui fonctionnement normalement, avec une grande biodiversité », plaide Philippe Cury. « On peut toujours rêver d'aller à la pêche aux méduses », pour les manger ou s'en débarrasser, « mais ce n'est pas sérieux, elles se reproduisent très vite ».

Pour en savoir plus

Les océans menacés par les méduses ?

Pourquoi les méduses se mettent-elles parfois à proliférer ? A cause de la surpêche, du réchauffement et de la pollution organique générant des eutrophisations, expliquent aujourd'hui des océanographes australiens.

Article de Jean Étienne, publié le 12 juin 2009

Paisibles cnidaires à symétrie radiaire, qui ne peuvent donc pas nager autrement que dans le plan vertical, telles des montgolfières, mangeuses de plancton et de petits poissons, les méduses, parfois, se mettent à proliférer dans une zone restreinte de l'océan. Ces pullulations entraînent, outre des coûts économiques et sociaux importants, un sérieux danger pour les baigneurs. Ainsi en 2006, les plages de Cannes ont connu une prolifération importante de Pelagia noctiluca avec un impact négatif certain sur le tourisme, un évènement qui s'est reproduit les années suivantes dans une moindre mesure.

Durant les dernières années, d'autres pullulations de méduses ont été enregistrées en Méditerranée, en Irlande, dans le Golfe du Mexique, en Mer Noire et en Mer Caspienne, à l'Est des Etats-Unis ainsi que le long des côtes extrême-orientales. Mais le cas le plus spectaculaire a été l'envahissement des côtes du Japon par l'espèce Nomura, qui peut atteindre deux mètres de diamètre pour un poids de 200 kg.

Anthony Richardson, de l'université du Queensland, ainsi que ses collègues de l'université de Miami entre autres, viennent de publier un rapport dans le cadre des World Oceans Days, repris sur le site du CISRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation), décrivant de quelle façon l'activité humaine pouvait provoquer ces proliférations.

Rhizostoma pulmo, commune en Méditerranée. Source Commons

Moins de prédateurs et davantage de nourriture

« La population piscicole maintient en temps normal le nombre de méduses en équilibre par le jeu de la prédation, mais une exploitation trop intensive peut rompre cet équilibre », estime Anthony Richardson. Et de citer l'exemple récent du sud de la Namibie, où une pratique de la pêche trop intensive a décimé les stocks de sardines, au plus grand bonheur des méduses.

De même, on se rappelle que la prolifération constatée à Cannes en 2006 avait été, au moins partiellement, attribuée à la réduction suite à la surpêche du thon blanc, grand prédateur de la méduse blanche Pelagia.

Selon ces auteurs, une autre cause est le rejet en mer de résidus de matière organique (engrais ou aliments). S'ajoutant au réchauffement, il provoque des booms planctoniques, augmentant ainsi la manne nourricière des méduses. C'est l'effet classique de l'eutrophisation, qui affecte nombre de régions côtières.

« Les preuves semblent s'accumuler d'un possible renversement des écosystèmes marins d'une domination par les poissons par une domination par les méduses », affirme Anthony Richardson, qui insiste sur les conséquences écologiques, économiques et sociales d'une telle situation.

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