Aucune conclusion ne peut être établie concernant les nombreuses invasions de méduses répertoriées ces dernières années. Rappelons que le terme ''méduse'' est souvent employé à tort pour désigner indifféremment des cnidaires, des cténaires et des tuniciers pélagiques. © dags1974, Flickr, CC by 2.0

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Prolifération des méduses : on ne peut rien conclure

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Invasion de plages, destruction de filets de pêche, voire incident nucléaire : les méduses et leur prolifération supposée ont souvent les honneurs de l'actualité. Pourtant, une étude préliminaire montre qu'il n'existe pas assez de données scientifiques pour en tirer des conclusions. Un programme mondial de surveillance a donc été mis en place. Chacun peut y participer...

Peu de personne aiment les méduses. Elles sont souvent assimilées à de mauvais souvenirs de vacances ou à des faits d'actualités marquants. En 2011, des centrales nucléaires ont dû être arrêtées en Israël et aux États-Unis car les conduits d'aspiration d'eau étaient bouchés par une accumulation de ces animaux. Des pêcheurs ont remonté des filets engorgés d'organismes gélatineux ayant rendu les poissons impropres à la consommation. En 2009, une invasion de ces animaux a même causé le chavirage d'un navire japonais. L'aquaculture a également été touchée. En Irlande et en Tunisie, plusieurs élevages de poissons ont été détruits en 2006 par ce zooplancton.

Face à ces événements, la presse et de nombreux défenseurs de la nature affirment que la population mondiale des méduses est en train d'exploser. En cause : la pollution des océans. Ont-ils raison ? 

Pour trancher cette question, un groupe d'experts internationaux, financés par the National Center for Ecological Analysis and Synthesis de l'université de Californie, s'est constitué en 2009. Ils publient cette semaine les résultats d'une étude préliminaire dans la revue Bioscience. Ce rapport a pu être rédigé grâce à un recensement complet de toute la littérature scientifique traitant du mode de vie et de la taille des populations de méduses.

Nemopilema nomurai est une méduse géante vivant dans la mer du Japon. Elle peut mesurer jusqu'à 2 mètres de diamètre et atteindre un poids de 220 kg. Elle cause de nombreux problèmes aux pêcheurs, notamment en dégradant les filets. Sa population exploserait depuis 2005. © DeepBlueYT, YouTube

Pas de conclusion sur les méduses

Il apparaît qu'aucune conclusion ne peut être établie. Il n'y aurait pas assez de preuves pour parler d'une explosion démographie mondiale des populations de méduses. Selon les auteurs de l'étude, aucune analyse ou donnée pertinente n'appuie donc les dires des personnes affirmant que les cnidaires, cténaires et autres tuniciers pélagiques prolifèrent de manière anarchique.

Le raisonnement tenu par ces personnes est néanmoins cohérent d'un point de vue biologique. Il rejoint d'ailleurs celui de nombreux scientifiques.

Les polluants peuvent en effet engendrer une prolifération des organismes consommés par les méduses. Elles pourraient donc avoir plus à manger depuis quelques années. Par ailleurs, la surpêche diminue la compétition pour les sources de nourriture disponibles ainsi que le nombre de prédateurs se nourrissant de ces cnidaires pélagiques. Enfin, l'augmentation de la température, engendrée par le réchauffement climatique, déclencherait plus facilement la reproduction chez certaines espèces.

Jedi à la rescousse

Afin de répondre à toutes les interrogations qui naissent après la survenue d'événements exceptionnels, un programme de surveillance et de récolte de données, La Jellyfish Database Initiative ou Jedi, a été développé par le groupe de travail. Certains chercheurs ont décidé de faire participer le public, notamment en créant le site Jellywatch. Il permet d'encoder des observations qui pourront être intégrées dans Jedi.

La Commission internationale pour l'exploration scientifique de la mer Méditerranée (CIESM ; Monaco) chapeaute la partie méditerranéenne de ce programme de surveillance. Elle met également en place, en collaboration avec plusieurs universités, des campagnes de sensibilisation du public.

La récolte des données sur le long terme grâce au programme Jedi permettra de répondre à toutes les questions posées. La presse parle souvent des blooms mais elle n'a jamais fait mention de la diminution temporaire de certaines populations dans certaines régions du Globe...

Enfin, Jedi possède un autre avantage intéressant. Si les liens sont clairement établis entre les populations de méduses et les pollutions anthropiques, il pourrait être utilisé comme outil de diagnostic pour quantifier l'état de santé des océans.

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