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La musaraigne à trompe sait polliniser les fleurs

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Une musaraigne à trompe, présente uniquement dans le sud de l'Afrique et supposée insectivore, se nourrit également du nectar de fleur. Son museau saupoudré de pollen peut ensuite aller polliniser d'autres fleurs, à l'image du butinage des insectes.

La musaraigne à trompe est sans doute un acteur de la pollinisation thérophile. © Wester, Naturwissenschaften

Alors que les animaux connus pour butiner le nectar des fleurs et ainsi participer à la pollinisation des plantes se classent principalement parmi les insectes (abeilles, papillons..., on parle alors d'entomogamie) ou les oiseaux (colibris... c'est l'ornithophilie), certains mammifères participent également à la reproduction sexuée des végétaux. On retrouve les chauves-souris (cheiroptérophilie) mais des animaux non-volants comme des marsupiaux, des rongeurs et des primates seraient aussi des acteurs de la pollinisation des plantes : on parle alors de thérophilie.

Petra Wester de l'université de Stellenbosch en Afrique du Sud s'est intéressée au cas particulier d'un joli petit animal de l'ordre des Macroscelididés (Elephantulus edwardii) surnommé « musaraigne à trompe » pour son long et mince museau flexible, et suspecté d'être strictement insectivore

Cet animal vit dans la même zone géographique que la plante Whiteheadia bifolia, une Hyacinthacée confinée à la région aride de l'Afrique du Sud et du sud de la Namibie. Cette belle plante grasse dotée de deux grandes feuilles plates et de multiples inflorescences sur un axe central robuste, pousse au milieu des crevasses rocheuses. Ses fleurs qui passent inaperçu à cause de leur couleur verte, offrent pourtant une grande quantité de nectar aux animaux qui viennent y goûter.

La musaraigne à trompe utilise sa longue langue rose pour récupérer le nectar des fleurs de Whiteheadia bifolia, laissant du pollen sur son museau. © Wester, Naturwissenschaften

La musaraigne à trompe, parfaite pour la pollinisation

Pour savoir si la musaraigne à trompe en fait partie, les chercheurs ont placé des pièges à proximité des plantes avec pour appât du beurre de cacahuète et de flocons d'avoine. Au total, 22 souris Namaqua (Aethomys namaquensis) et deux musaraignes à trompe ont été capturées. Les déjections de ces animaux ont été récupérées et leur analyse au microscope y a montré la présence de pollen, premier indice de leur potentielle action dans la pollinisation.

Deux individus ont ensuite été placés dans des terrariums vitrés, en présence de la plante Whiteheadia bifolia et sous l'observation attentive des scientifiques. Pendant les quatre jours de l'expérience, les animaux ont visité les plantes une cinquantaine de fois. Passant quelques secondes sur une fleur, puis sur une autre. Grâce à leur long museau, ils utilisent leur langue rose pour chercher uniquement le nectar, délaissant le pollen ou les fleurs elles-mêmes.

En effectuant ce rituel, les musaraignes à trompe touchent inévitablement les sacs de pollen, saupoudrant ainsi leur long nez. Le pollen est ensuite transporté vers l'organe femelle d'une autre fleur, le pistil. Ces travaux publiés dans la revue Naturwissenschaften montrent pour la première fois que les Macroscelididés, ou au moins cette espèce-ci, sont sans aucun doute également capables de polliniser les plantes.

Il est intéressant de constater que la morphologie et le comportement des animaux impliqués dans la pollinisation thérophile sont bien adaptés aux plantes qu'ils pollinisent (ou inversement) : les fleurs pollinisées par les primates sont grandes, celles pollinisées par les marsupiaux sont principalement retrouvées dans les canopées et celles pollinisées par les rongeurs ou petits animaux sont situées près du sol.

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