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La médication chez les animaux est bien plus fréquente qu'on le pense

ActualitéClassé sous :zoologie , médicament , automédication

Si certains animaux, à l'image des chimpanzés, apprennent à se soigner, d'autres le font naturellement pour eux-mêmes ou pour autrui. Les abeilles ou les fourmis forestières illustrent ce cas à merveille. Des chercheurs ont tenu à rappeler l'importance de ce comportement, car il expliquerait bien des choses...

Voilà plus de 20 ans que l'automédication des chimpanzés est étudiée. L'objectif : développer de nouveaux médicaments pour... l'Homme. © Tambako the Jaguar, Flickr, cc by nd 2.0

Les plantes fournissent depuis des millénaires des remèdes contre les maux de l'Homme. De nos jours, elles auraient même contribué au développement de plus de la moitié de nos médicaments, alors que des spécialistes cherchent toujours de nouvelles vertus thérapeutiques chez des végétaux. Pour ce faire, ils réalisent des expéditions botaniques ou enquêtent sur les usages traditionnels de plantes pratiqués par certaines populations. Un article de perspective fraîchement publié dans Science leur rappelle une piste à ne pas négliger : l'observation des animaux, et pas seulement de ceux dotés de bonnes capacités cognitives.

Selon Jacobus de Roode (université Emory, États-Unis) et ses coauteurs, la médication est plus répandue qu'on le pense chez les animaux. Le cas des chimpanzés est certes connu, mais il a fait croire à tort que seuls les animaux sachant observer et apprendre pouvaient se soigner en choisissant méticuleusement leurs mets. Certains comportements de médication sont pourtant innés. Les chenilles du papillon nord-américain Pyrrharctia isabella consomment ainsi des feuilles riches en alcaloïdes lorsqu'elles sont parasitées. L'exemple de l'oiseau éloignant des acariens à l'aide de mégots de cigarette, en remplacement de feuilles de tabac, a marqué les esprits en décembre 2012.

Par le passé, de nombreuses études ont focalisé leur attention sur l'automédication des animaux. Cette approche est assez réductrice, car de nombreuses espèces ont adopté des stratégies visant plutôt à protéger leurs colonies ou leurs jeunes. Ainsi, les fourmis forestières Formica paralugubris installent des morceaux de résine de conifère dans leurs nids, cette matière étant antimicrobienne. Autre exemple, les papillons monarques (Danaus plexippus) parasités déposent leurs œufs sur des plants d'asclépiades, dont le latex est toxique pour les organismes non adaptés. 

Ce monarque Danaus plexippus dépose ses œufs sur une feuille d'asclépiade de Curaçao (Asclepias curassavica). Cette plante est cultivée dans de nombreux jardins. Gare à son latex irritant pour les yeux, mais qui protège si bien la progéniture du papillon des parasites. © Jacobus de Roode

La médication : l’explication du succès d’un papillon ?

Les auteurs ont également rappelé un autre point important : la médication chez les animaux a dû avoir des conséquences sur leur écologie, ainsi que sur les relations hôte-parasite. Cet aspect ne doit pas être négligé dans certaines études, notamment chez celles cherchant à comprendre la virulence ou la propagation d'un virus ou d'un parasite.

Les chenilles du bombyx disparate (Lymantria dispar) sont par exemple régulièrement infectées par des baculovirus. Elles limitent néanmoins la transmission de cet agent pathogène en mangeant des feuilles riches en composés toxiques, ce qui favorise alors l'éclosion d'un grand nombre de papillons certaines années. Pour information, cette espèce est considérée comme invasive en Amérique du Nord.

Quand les animaux vont à la pharmacie

Enfin, la médication animale ne devrait pas être sous-estimée par les spécialistes de l'évolution du système immunitaire. Comme les fourmis forestières, les abeilles Apis mellifera ont aussi pris l'habitude de placer de la résine antibactérienne dans leurs ruches. Étonnamment, plusieurs gènes du système immunitaire propres aux insectes manquent chez ces animaux. Les ont-ils perdus à force de les avoir rendus inutiles ou, au contraire, utilisent-ils la résine pour pallier cette faiblesse génétique ? 

Ces exemples illustrent l'importance de la médication dans le monde animal, et surtout la nécessité de mieux l'étudier à l'avenir. Ils montrent aussi que les sources d'inspiration ne risquent pas de manquer pour les pharmacologistes en mal de nouveaux principes actifs. Les derniers mots reviennent à Mark Hunter, l'un des coauteurs : « quand nous regardons des animaux chercher de la nourriture dans la nature, nous devons maintenant nous demander s'ils visitent une épicerie ou une pharmacie ».

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