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La mauvaise haleine du sphinx du tabac fait fuir les prédateurs

ActualitéClassé sous :zoologie , tabac , nicotine

Les chenilles du sphinx du tabac disposent d'un moyen efficace pour ne pas être consommées par des araignées-loups : elles ont une mauvaise haleine chargée en nicotine. Un gène impliqué dans l'assimilation de ce neurotoxique vient d'être identifié dans l'intestin de ces larves.

Les feuilles de ce plant de Nicotiana attenuata sont lentement consommées par des chenilles du sphinx du tabac (Manduca sexta). Leur nicotine sera partiellement assimilée par les lépidoptères, puis utilisée pour faire fuir des araignées-loups Camptocosa parallela. La photographie a été prise dans le désert de l’Utah, aux États-Unis. © Danny Kessler

Dans le monde animal, avoir mauvaise haleine permet à certains de rester en vie. L'exemple nous vient du continent américain, où les chenilles du sphinx du tabac (Manduca sexta) sont connues pour leur capacité à excréter de la nicotine. Or, ce composé chimique agit comme un répulsif sur les araignées-loups Camptocosa parallela. Pour preuve : ces larves de lépidoptères survivent en moins grand nombre aux nuits, le prédateur étant nocturne, lorsqu'elles se sont nourries de feuilles de tabac génétiquement modifiées dépourvues de nicotine.

Pavan Kumar, du Max Planck Institute for Chemical Ecology (Iéna, Allemagne), et ses collaborateurs ont cherché à en savoir plus au sujet des mécanismes en jeu. Ils viennent ainsi d'identifier un gène actif dans l'intestin des chenilles qui intervient dans l'absorption de la nicotine ingérée par l'hémolymphe : Cyp6b46. En effet, en empêchant sa traduction à l'aide d'un ARN interférent végétal (ARNi), une augmentation de la concentration en nicotine a été décelée dans les selles des sujets d'étude, preuve d'une moins bonne absorption intestinale.

Visiblement, cette chenille du sphinx du tabac n’avait pas assez de nicotine dans son haleine, puisqu’elle sert de pitance à cette araignée-loup. © Danny Kessler

Un résultat validé par les araignées-loups

Par ailleurs, des prédateurs ont été mis en présence de chenilles dont le gène codant pour le cytochrome P450 6B46 était soit actif soit inactif, et qui étaient nourries avec des plantes contenant ou non de la nicotine. Résultat : les araignées-loups s'en sont prises aux larves dont le gène était silencieux, ou à celles où il était actif, mais qui n'avaient accès qu'à des plantes dépourvues de nicotine. Le gène incriminé semble donc bien impliqué dans l'absorption intestinale de ce composé chimique.

Une dernière question demeure : comment l'agent neurotoxique est-il émis ? Pour le savoir, des mesures ont notamment été réalisées au niveau des stigmates des chenilles, donc près des ouvertures débouchant sur leur système respiratoire. La nicotine est excrétée à chaque expiration. Voilà donc pourquoi les chercheurs ont avancé que les jeunes Manduca sexta possédaient une « halitose défensive », sachant qu'halitose n'est autre que le mot scientifique qui désigne une mauvaise haleine.

Ce moyen de protection présenté dans la revue Pnas n'est pas infaillible... puisqu'il ne fonctionne que sur les araignées-loups. Or, les chenilles du sphinx du tabac sont également appréciées d'autres prédateurs, comme les insectes hétéroptères du genre Geocoris ou les larves carnivores de fourmilions.

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