La nuit, les papillons Heliconius erato, normalement solitaires, se rassemblent. Pourquoi ? Dans le but de communiquer pensaient certains, afin de se protéger des prédateurs disaient d'autres. Et ces derniers ont raison. En groupe, ces papillons ont moins de risques de se faire attaquer par les oiseaux.

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    Les papillons du genre Heliconius sont abondamment étudiés pour leurs capacités de mimétisme. © Susan Finkbeiner

    Les papillons du genre Heliconius sont abondamment étudiés pour leurs capacités de mimétisme. © Susan Finkbeiner

    Les papillons Heliconius erato sont solitaires. Au cours de la journée, ils ne montrent aucun signe de comportement social, ni même de grégarisme. Pourtant, le soir, ils se rassemblent pas groupe de quatre ou cinq, accrochés à une branche où ils passent la nuit avant de se séparer au lever du jour. Apparemment, ce comportement aurait pour but d'éviter les prédateurs.

    Les regroupements de ces animaux ont été observés dès 1867 par J.-A. Allen, un biologiste américain, mais jamais aucune étude n'a su déterminer les raisons de ce comportement grégaire soudain. Deux théories s'opposent. La première suggère que ces lépidoptères se rassemblent afin de s'échanger des informations. Selon la seconde, la formation de groupes permet d'éviter leur prédateur. À première vue, cela paraît contradictoire, puisque cinq papillons sont à priori plus visibles qu'un seul, et pourtant, il semblerait que cette hypothèse soit la bonne.

    Les papillons Heliconius erato se regroupent pour éviter les prédateurs

    Pour s'en rendre compte, les scientifiques de l'université de Californie à Irvine ont procédé, dans les forêts du Panama et du Costa Rica, à l'expérience suivante : ils ont fabriqué des leurres, ressemblant à des papillons et les ont attachés à des branches d'arbre, soit seuls, soit par groupes de cinq. Ils ont ensuite compté les attaques d’oiseaux que chacun des faux insectesinsectes avaient subies pendant la nuit.

    À gauche, les leurres, faits de cire permettant ensuite de distinguer les coups de bec d'oiseaux, comme celui indiqué par la flèche sur l'image de droite. © Finkbeiner <em>et al.</em> 2012, <em>Proceedings of the Royal Society B</em>

    À gauche, les leurres, faits de cire permettant ensuite de distinguer les coups de bec d'oiseaux, comme celui indiqué par la flèche sur l'image de droite. © Finkbeiner et al. 2012, Proceedings of the Royal Society B

    Les résultats, présentés dans Proceedings of the Royal Society B, sont clairs : un papillon isolé a six fois plus de risques (3,4 % contre 21,3 %)) de subir une attaque que celui qui fait partie d'un groupe. Jusque-là, rien d'anormal : cette stratégie est abondamment utilisée au sein du règne animal, comme chez les poissonspoissons qui forment des bancs.

    La communication n'est pas liée aux regroupements

    Mais, plus surprenant, si l'on considère le groupe comme une unité, on se rend compte qu'il a aussi été moins attaqué que les individus isolés : sur 320 essais, les groupes ont été pris pour cible à 25 reprises, les individus seuls 68 fois. Ainsi, quand H. erato se rassemble avec des congénères, non seulement il diminue ses risques d'être la cible parce que le groupe est moins exposé que des individus à part, mais en plus, en cas prédation, il n'a à priori qu'une chance sur cinq d'être la victime.

    Une autre série d'expériences a en outre permis d'infirmer la thèse selon laquelle les regroupements étaient liés à la communication entre les différents papillons. Les scientifiques ont en effet suivi ces lépidoptères au petit matin, lorsqu'ils quittaient la branche. N'ayant observé qu'une seule fois, sur 256 départs, un papillon suivant un autre le menant à une source alimentaire, ils ont infirmé cette hypothèse.

    Les papillons ne se regroupent donc pas la nuit afin de communiquer, mais bien pour se protéger. Le débat semble désormais clos. Ce phénomène devrait donner des indications sur l'évolution des comportements sociaux et notamment le passage du mode de vie solitaire au grégarisme.