Les chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) et de l’université de Princeton (États-Unis) associent la bonne santé de la banquise antarctique — jusqu’à récemment en tout cas — au phénomène de rafraichissement des eaux de surface observé dans l’océan Austral. © Stéphane, Adobe Stock

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Un seul endroit sur Terre ne se réchauffe pas et les scientifiques savent maintenant pourquoi

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , Antarctique , océan Austral

Le réchauffement climatique touche l'ensemble de notre Planète. À l'exception remarquée d'une région particulière, quelque part dans l'océan qui borde l'Antarctique. Elle s'est refroidie ! Et des chercheurs pensent aujourd'hui être parvenus à démêler les fils de ce mystère.

Le réchauffement climatique nous concerne tous. Partout dans le monde, les températures augmentent. Au-dessus des terres, elles sont déjà montées en moyenne de +1,1 °C par rapport aux températures de l'ère préindustrielle. En certains endroits, elles augmentent même plus rapidement qu'ailleurs. C'est le cas de l'Arctique notamment. Comme de l'Europe qui a vu ses températures monter de presque +2 °C (chiffres programme Copernicus, avril 2020).

Au-dessus des océans, les températures n'ont globalement augmenté « que » de +0,6 °C. Partout. Sauf du côté de ce que certains appellent l'océan Austral. La région Pacifique de cet océan a vu ses températures de surface baisser d'environ -0,1 °C par décennie depuis les années 1980. Et aujourd'hui, enfin, des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) et de l'université de Princeton (États-Unis) semblent en mesure d'expliquer pourquoi.

Plusieurs facteurs potentiels avaient été testés : une circulation océanique plus vigoureuse, une augmentation des flux d'eau douce provenant de la fonte des glaciers. Mais rien n'y faisait. Et ce n'est qu'au moment où les chercheurs ont incorporé dans leurs modèles, les changements observés sur la banquise antarctique, que les simulations ont pu reproduire les observations.

Ici, les changements de la température de surface de l’océan Austral et les variations de salinité entre 1982 et 2011. © Haumann et al., AGU Adv 2020

Pas de quoi remettre le réchauffement climatique en question

Entre 1982 et 2011 -- la période étudiée --, la banquise de l'Antarctique a en effet gagné en surface. Un phénomène lui aussi surprenant, mais que les mêmes chercheurs avaient déjà expliqué. À la faveur de vents du sud plus forts au cours de cette période, une plus grande partie de la glace formée près des côtes s'est trouvée entraînée vers le large. Résultat : lorsqu'en été, cette glace a fondu, la salinité de surface de l'océan s'est vue réduite. De quoi renforcer la stratification verticale de l'eau avec sur les 100 premiers mètres, une eau plutôt douce et plus en profondeur, une eau salée plus dense.

Tout cela a eu pour effet d'emprisonner la chaleur en profondeur. Ajoutez le fait que pendant l'hiver austral, les températures de l'atmosphère sont généralement plus fraiches que celles de l'océan et vous obtiendrez des eaux qui ont tendance à se rafraichir en surface. Malgré le réchauffement climatique global.

Une redistribution de la chaleur dans l’océan Austral de la surface vers les couches profondes

« Un refroidissement dans une seule zone de l'océan ne doit pas être interprété comme une réduction du réchauffement à long terme du système climatique mondial dans son ensemble. Il s'agit simplement d'une redistribution de la chaleur dans l'océan Austral de la surface vers les couches profondes de l'océan. Et nous supposons que les vents forts qui poussent la glace de mer dans l'océan Austral vers le nord sont potentiellement un effet secondaire du changement climatique », souligne Nicolas Gruber, chercheur, dans le communiqué.

Avant de conclure, il convient de noter que cette étude ne porte que jusqu'en 2011. « Nous avons observé une inversion de tendance depuis 2015. La banquise autour de l'Antarctique commence maintenant à reculer à un rythme rapide », explique Nicolas Gruber. Selon le glaciologue de la Nasa, Claire L. Parkinson, elle a même perdu, entre 2014 et 2017, autant de glace de mer que l'Arctique en 35 ans ! « Et cela est tout à fait conforme à la tendance générale de poursuite du réchauffement climatique. »

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