Après avoir accueilli la conférence internationale sur le climat, la France reçoit les experts mondiaux de la biodiversité sous l’égide de l’ONU, se positionnant en « championne » de la protection de la nature. Pourtant, les ONG dénoncent son action qu'elles jugent loin d’être exemplaire.

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Depuis lundi, se réunit à Paris, l'Ipbes, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversitébiodiversité et les services écosystémiques, afin d'entériner un vaste rapport sur l'état mondial de la nature. Créé en 2012, ce « GIEC de la biodiversité » réunit aujourd'hui 130 États membres.

« La France a tenu à accueillir cet événement car elle est engagée depuis longtemps dans le champ de la biodiversité » , assure le ministère de la Transition écologique qui précise que le Président, Emmanuel Macron, « souhaite que les enjeux de la biodiversité soient traités à égale importance avec les enjeux climatiques ».

Au royaume des petites phrases, le président français a marqué les esprits avec son « Make our planet great again » en faveur du climatclimat, et, avec le numéro Un chinois, Xi Jinping, il a promis  « un sursautsursaut mondial face à l'érosion de la biodiversité ». Pour rappel, la France concentre 10 % des espèces répertoriées dans le monde, avec ses littoraux, les Alpes, et surtout la forte diversité en Outremer (récifs coralliensrécifs coralliens, forêt amazonienne...). Malheureusement, un quart d'entre elles sont menacées.

Vers « l'acte de naissance d'une mobilisation internationale » ?

La réunion de l'Ipbes est le premier de plusieurs événements où la France compte peser. Elle a d'ailleurs inscrit la protection du climat et de la biodiversité à l'agenda du G7 dont elle assure la présidence. En 2020, la France accueillera le congrès de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICNUICN), bien connue pour établir une liste rouge des espècesespèces menacées. En octobre 2020, cette séquence aboutira à une réunion cruciale, qui se tiendra en Chine, des États membres de la Convention de l'ONU sur la diversité biologique (COP15), et qui doit fixer un agenda pour protéger la biodiversité sur la prochaine décennie.

La réunion de l'IPBES doit être « l'acte de naissance d'une mobilisation internationale sans précédent pour la biodiversité », ont plaidé ce dimanche 28 avril, quatre ministres français dans une tribune publiée dans le quotidien Le Parisien.

« Nous avons des compétences naturalistes admirables en France (…) mais la volonté politique n'est pas au rendez-vous »

« La France fait partie des pays ferfer de lance sur la scène diplomatique », confirme Yann Laurans, directeur du programme biodiversité de l'Institut du développement durabledéveloppement durable et des relations internationale (Iddri).

Est-elle pour autant une bonne élève au plan national ? Pour une dizaine d'associations environnementales (Ligue de protection des oiseaux, France Nature Environnement, Surfrider...), la réponse est non !

Emblématique de l’Alsace, ce hamster d'Europe, autrefois nommé Marmotte de Strasbourg, est menacé. Ce grand hamster d'Alsace a été photographié le 2 juillet 2014, près de Boesfeld, dans le centre de l'Allemagne. © Uwe Anspach, DPA-AFP
Emblématique de l’Alsace, ce hamster d'Europe, autrefois nommé Marmotte de Strasbourg, est menacé. Ce grand hamster d'Alsace a été photographié le 2 juillet 2014, près de Boesfeld, dans le centre de l'Allemagne. © Uwe Anspach, DPA-AFP

Reculade sur reculade

« Comment notre pays, qui affirme sa volonté d'être (...) un acteur majeur de la mobilisation en faveur de la biodiversité (...) peut-il être crédible en tenant aussi peu compte de ces enjeux dans sa politique intérieure ? » ont-elles réagi, cette semaine, après l'intervention d'Emmanuel Macron en conclusion du grand débat national organisé ces derniers mois en France. Effectivement : quid de l'environnement, parent pauvre de cette conférence de presse, et qui a tristement brillé par son absence. 

« Nous avons des compétences naturalistes admirables en France, on sait comment changer les choses, mais la volonté politique n'est pas au rendez-vous », assène Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPOLPO).

Le pays dispose d'une stratégie nationale pour la biodiversité 2011-2020, qui était « un peu endormie », selon le directeur de l'Agence française pour la biodiversité (AFB) Christophe Aubel. Un plan biodiversité l'a relancée à l'été 2018 et son contenu est « ambitieux, mais au prix d'une certaine imprécision », juge Yann Laurans.

« Le pays n'est pas toujours à la hauteur »

Tout comme la stratégie de lutte contre la déforestationdéforestation importée dont s'est dotée la France mais dont les ONG déplorent l'absence d'objectifs chiffrés et d'échéances précises.

Concernant la protection d'espèces protégées, la Commission européenne remarque, quant à elle, que « le pays n'est pas toujours à la hauteur. L'état de conservation de certaines espèces protégées d'oiseaux a été compromis par la chasse. »

Plus vive est la critique des ONG qui, pour d'autres domaines, soulignent d'un zéro pointé le réel manque d'ambition de la France, citant par exemple l'agriculture intensive, l'une des causes principales de la perte de biodiversité.

Cherchez l’erreur !

Sur la réduction des pesticidespesticides ou l'interdiction du glyphosate, « on a reculade sur reculade » dénonce Isabelle AutissierIsabelle Autissier, présidente du WWFWWF France. Le contournement autoroutier de Strasbourg -- menaçant l'habitat du grand hamster d'Alsace, une espèce protégée -- fait grincer les dents et c'est pourtant l'un des projets soutenus par l'État. « Dès lors qu'il y a des intérêts catégoriels ou économiques, on manque d'ambition », conclut Yann Laurans.