Le cœlacanthe Rebellatrix divaricerca devait chasser de petits poissons en pleine eau, au sein de l'océan à l'ouest de la Pangée, durant le Trias. © Michael Skrepnick

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Un vieux cousin de nos cœlacanthes était-il un super prédateur ?

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Une nouvelle espèce de cœlacanthe, découverte au Canada, chamboule notre vision de ce paisible poisson. À l'inverse de toutes celles connues à ce jour, Rebellatrix divaricerca possède une nageoire caudale fourchue et rigide, comme tout bon nageur. Cet animal devait donc être un prédateur, peut-être à l'image des barracudas.

Par leur ancienneté, les cœlacanthes héritent en général du sobriquet de fossile vivant, qui agace les paléontologistes et les biologistes. Ces vertébrés Sarcoptérigiens, c'est-à-dire pourvus de nageoires charnues et musculeuses, seraient en effet apparus durant le Dévonien (il y a environ 359 à 416 millions d'années). Longtemps connus par leurs seuls fossiles, ils étaient considérés comme ayant disparu en même temps que les dinosaures, vers la fin du Crétacé (65,5 millions d'années)... jusqu'à la découverte de spécimens bien vivants, au large de l'Afrique du Sud en 1938.

Les cœlacanthes connus à ce jour, éteints ou vivants, ont tous une nageoire caudale composées de 3 lobes propre à des vertébrés aquatiques se déplaçant lentement. La découverte d'un fossile présentant une queue fourchue et rigide a donc surpris tout le monde, notamment car cette morphologie s'observe chez des poissons pouvant nager rapidement.

Cette nouvelle espèce, nommée Rebellatrix divaricerca, a été trouvée sur les pentes rocheuses du Wapiti Lake Provincial Park en Colombie britannique (Canada) par des membres du Peace Region Palaeontology Research Centre (PRPRC). Le fossile vieux de 240 millions d'années, et long de 90 cm, a été décrit dans les pages du Journal of Vertebrate Paleontology (JVP) par deux chercheurs de l'université d'Albertas, Andrew Wendruff et Mark Wilson.

Empreinte fossile de la nageoire caudale du cœlacanthe Rebellatrix divaricerca. Cet appendice rigide (grâce à la fusion de plusieurs os) et symétrique prouve que ce Sarcoptérygien devait avoir un vie aquatique active. © Andrew Wendruff et Mark Wilson

Un cœlacanthe rebelle et… prédateur

Les caractéristiques de la nageoire caudale du Rebellatrix s'observent actuellement chez des poissons tels que le thon, le barracuda ou les requins. Ce cœlacanthe devait être capable d'accélérer rapidement et de nager à de grandes vitesses. Il est donc probable qu'il se nourrissait en chassant d'autres animaux aquatiques. Mais comment expliquer cette morphologie si particulière chez ce membre du groupe des Actinistiens, d'autant plus que la forme du corps des cœlacanthes connus jusqu'à présent n'a quasiment pas changé depuis des millions d'années ?

Deux hypothèses sont avancées par Andrew Wendruff. Le groupe des cœlacanthes pourrait avoir abrité davantage de formes morphologiques que ce l'on pensait, ce qui signifie que de nombreuses espèces n'ont pas encore été découvertes. Il est également possible que Rebellatrix divaricerca ait profité de l'extinction de masse du Permien, survenue il y a 251 millions d'années, pour s'accaparer une niche écologique laissée vacante par la disparition d'un prédateur.

Face à l'ensemble des caractères uniques propres à Rebellatrix divaricerca, une nouvelle famille, les Rebellatricidés, a dû être créée au sein de l'ordre des Coelacanthiformes pour placer cette espèce dans la classification du vivant. Parions que ce groupe emblématique mais largement méconnu nous réserve encore bien des surprises...

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