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Comment trouve-t-on des dinosaures ?

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« Pour préparer un seul os de dinosaure, il faut un mois ! » Ronan Allain, paléontologue passionné du Muséum d'histoire naturelle, nous explique les coulisses de la recherche de fossiles, un métier prenant, qui se pratique parfois avec un marteau-piqueur...

Un Tyrannosaurus rex peint par John Gurche. Du haut de cette reconstitution, des décennies de recherches paléontologiques nous contemplent... © The Field Museum

Depuis 2010, des paléontologues se passionnent pour une carrière, à Angeac-Charente. Comme nous l'a expliqué Arnaud Salomé, cette carrière emplie de trésors recèle les restes de faunes et de flores de plusieurs époques du Mésozoïque. Il faudra des années pour explorer entièrement ce site exceptionnel. Pourquoi ? C'est ce que nous raconte Ronan Allain, paléontologue au Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements (CNRS/MNHN/Université Paris 6).

Futura-Sciences : Comment choisir l’endroit où creuser ?

Ronan Allain : Aujourd'hui, il existe des cartes géologiques de tous les endroits de la planète. On peut donc repérer les zones sédimentaires où il y a une chance de trouver des fossiles d'une certaine période du passé. On se base aussi beaucoup sur le travail de nos prédécesseurs. En Afrique et en Amérique du Sud, on sait qu'il existe de grandes régions d'affleurements. On peut retourner sur des lieux connus, car l'érosion peut avoir dégagé de nouveaux restes. Il y a aussi de nombreuses découvertes fortuites. À Angeac, par exemple, c'est un coup de pelleteuse qui a dégagé par hasard des ossements.

Travaillez-vous avec des amateurs ?

Ronan Allain : Oui, de nombreux amateurs réalisent des fouilles. Nous travaillons en bonne intelligence avec eux. Ils ont le droit de chercher, bien sûr. Ils nous contactent ensuite. C'est important pour nous. En revanche, nous avons plus de mal avec les marchands de fossiles...

Les squelettes de grands dinosaures (ici un stégosaure adulte et un petit, à droite, et un allosaure, à gauche, au Royal Ontario Museum), sont rarement complets, et nécessitent des fouilles longues, suivies d’une minutieuse préparation pour dégager les ossements retrouvés. © Luke Jones/Licence Creative Commons

Parlez-nous de votre métier. Le travail de terrain représente-t-il une part importante ?

Ronan Allain : Cela dépend. Beaucoup de mes collègues font peu de terrain, voire pas du tout. On peut en effet travailler sur des collections et réaliser de nouvelles études, ou utiliser des techniques d'analyses récentes. Personnellement, je ne conçois pas mon métier comme cela... C'est vrai que le travail n'est pas toujours facile. Il peut pleuvoir, il peut faire très chaud !

Comment dégage-t-on des ossements ?

Ronan Allain : Les conditions sont très variées. Quand les os sont pris dans la roche, il faut attaquer au marteau-piqueur... Et les fossiles peuvent se présenter de manières différentes. Je reviens du Laos, par exemple, et là-bas, nous avons travaillé sur un squelette provenant d'un cadavre qui avait dérivé avant d'être enseveli. Il n'y avait donc rien d'autre autour. Mais à Angeac, c'est le contraire. Il y a de nombreux animaux, des tortues, des crocodiles, des dinosaures, et aussi des végétaux.

Ce site d’Angeac apparaît donc si exceptionnel ?

Ronan Allain : Pour le Crétacé inférieur, environ 130 millions d'années, il y a toute une faune. Cela nous donne une bonne image de l'environnement. L'endroit devait être un archipel, avec un climat tropical, et ressembler aux Caraïbes actuelles.

Quand verrons-nous les résultats de ces fouilles à Angeac ?

Ronan Allain : Cela prendra des années ! C'est un travail très long. Il faut savoir que chaque objet doit être préparé, et notamment dégagé de sa gangue, avant d'être étudié. Le travail du préparateur est souvent occulté mais il est primordial. Il faut un mois pour préparer un os de dinosaure. Et il y en a beaucoup à Angeac-Charente... De plus durant l'hiver, le fond de la carrière est dans l'eau et on ne peut rien faire. Il y a aussi un problème de stockage des pièces. Plutôt que de les dégager et devoir les entreposer, il vaut mieux les laisser sur place jusqu'à ce que nous ayons le temps de les sortir et de les préparer.

Comment devient-on paléontologue ? Et tout le monde fait-il le même métier ?

Ronan Allain : Il y a plusieurs voies. La plus courante est celle des sciences de la Terre. Le paléontologue travaille dans un milieu qui est celui du géologue. Mais de plus en plus de paléontologues viennent des sciences de la vie. Classiquement, on distingue les « vertébristes » des « invertébristes », parce que les façons de travailler diffèrent. Ensuite, on se spécialise. Personnellement, je travaille sur la taxonomie et l'évolution des dinosaures. On peut étudier les paléoenvironnements. On peut aussi passer sa vie entière à explorer un bassin sédimentaire...

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