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En vidéo : Cabo Pulmo, aquarium du monde à 463 % !

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Une biodiversité en augmentation de 463 % ! Du jamais vu. À Cabo Pulmo, la réserve marine du même nom est un exemple mondial de la puissance de récupération d'un écosystème après un arrêt total des captures. Mais comme tous les paradis, cette oasis sous-marine gérée localement est évidemment menacée...

À Cabo Pulmo, les populations de poissons sont d'une diversité et d'une taille quasiment uniques. © Octavio Aburto Oropeza/Plos One

Au milieu des années 1990, quand a été décidée la création du parc naturel de Cabo Pulmo et de la réserve sous-marine associée, l'écosystème marin était abîmé par la surpêche. En 1999, la Scripps Institution of Oceanography, de l'université de Californie lançait une étude pour observer la récupération du milieu livré à lui-même. L'état des lieux initial constatait une stabilisation de la situation depuis la création du parc, avec des biomasses de 0,75 t/ha (tonnes de poisson à l'hectare) similaires à celles des autres zones protégées du golfe de Californie. Mais en 2009, le bilan des biologistes sur la décennie passée montre une explosion de vie. La quantité de matière vivante atteint 4,24 t/ha soit une augmentation de 463 % en dix ans !

« Aucune réserve au monde n'a vu une telle croissance » s'exclame Octavio Aburto-Oropeza, premier auteur de l'étude. C'est la seule, avec celle de Cabo de Palos en Méditerranée, à avoir retrouvé des valeurs de biomasse supérieures à 4 t de poisson à l'hectare, que l'on rencontre d'ordinaire seulement dans les rares endroits encore vierges de la planète. Cela montre que la guérison complète d'un écosystème dévasté par la surpêche est encore possible, si certaines exigences sont respectées.


La réserve de Cabo Pulmo est la plus robuste au monde. Elle présente une quantité et une diversité de poissons comparables aux quelques rares sites encore vierges de la planète. © Vimeo

Une prise en charge par les communautés locales

L'étendue de la réserve sous-marine (71 km2) et sa localisation dans une zone de forte productivité, avec un récif de corail intact et des zones de frai pour les grands prédateurs, a permis le retour à une telle richesse et la recolonisation par les espèces carnivores de grande taille. Au sommet des chaînes alimentaires, ces dernières consolident et régulent les réseaux trophiques. Leur biomasse a été multipliée par onze en dix ans, soit 1.070 % d'augmentation. Et la vitalité de ce noyau est suffisamment forte pour qu'il essaime dans les zones périphériques où les stocks de poissons se reconstituent également.

Des conditions écologiques favorables ont soutenu la croissance des populations de poissons mais cette récupération exemplaire n'a été possible que grâce à la forte implication des gens du cru. Ce sont eux, en s'appropriant le projet, en surveillant quotidiennement la zone, qui ont fait en sorte que l'absence totale de captures soit effective et non théorique comme c'est le cas ailleurs.


Cabo Pulmo est la seule réserve du golfe de Californie où les captures sont réellement totalement interdites. C’est ce qui permet d’y trouver ces poissons âgés, de taille impressionnante. © Vimeo

Pour les chercheurs, la protection d'un espace naturel comme Cabo Pulmo s'avère intéressante et uniquement possible non pas lorsqu'un pouvoir central impose arbitrairement des contraintes, mais quand sur le terrain les acteurs locaux voient leur intérêt dans l'application effective et le respect des règles. C'est d'autant plus le cas dans des zones rurales où des populations souvent pauvres dépendent des ressources locales pour leur survie au jour le jour.

Un investissement humain fructueux

Un engagement et des efforts qui s'avèrent payants, car quinze ans plus tard, les bénéfices commencent à arriver : le lieu est devenu mythique pour la plongée et les activités touristiques respectueuses de l'environnement se développent. L'économie de la petite communauté, centrée autour d'une trentaine de personnes, a généré en 2006 plus de 500.000 $ (soit 350.000 €). Un produit brut par habitant de 18.000 $ (12.500 €), bien supérieur à la moyenne nationale et en croissance constante.

Le développement touristique n'est toutefois pas toujours la solution. Si une activité à petite échelle gérée localement peut concilier l'intérêt des gens du cru avec celui de la réserve, d'autres visions de croissance inquiètent.

Coup de tonnerre dans le ciel bleu, un immense projet touristique nommé Cabo Cortés menace ce paradis. En effet, le gouvernement mexicain (avec le ministère de l'Écologie !) est sur le point d'autoriser la construction de près de 30.000 logements, 3 golfs, une marina et un aéroport à quelques encablures de la perle de la mer de Cortés. La pollution et les perturbations entraînées par cet afflux de visiteurs font craindre un désastre écologique.

La communauté scientifique rejoint les associations locales qui se mobilisent contre cette folie qui est étrangement soutenue par les autorités environnementales du pays. Tous espèrent que le gouvernement mexicain saura revenir sur sa décision. Pour que Cabo Pulmo devienne un symbole de la victoire de l'écotourisme géré localement sur l'industrie touristique, comme il est déjà un modèle pour la résilience de ses écosystèmes.

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