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L'UE veut moins de poissons pêchés et repêcher ses pêcheurs

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Alors que de nouvelles études pointent du doigt la mauvaise gestion des stocks de poisson, la Commission européenne vient de terminer la révision de sa Politique commune de la pêche. Un texte fort, qui va dans le sens d'une pêche durable, mais qui risque d'être atomisé devant le Parlement européen car trop opposé aux intérêts de la France et de l'Espagne, les deux plus gros pêcheurs de l'Union.

Si la réforme de la PCP ne débouche pas sur accord prenant en compte leurs intérêts communs, l’avenir s’annonce sombre pour les poissons… comme pour les pêcheurs. © F. Panassac, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

La Politique commune de la pêche (PCP), à l'instar de la Pac (politique agricole commune) dans le domaine de l'agriculture, a pour but d'organiser et de gérer la pêche et la filière du poisson à l'échelle de l'Union européenne. 

Malheureusement les préconisations basées sur des constats scientifiques sont souvent discutées et marchandées au niveau de la Commission et du Parlement européens. Mis dans le panier de la politique européenne, un quota de pêche espagnol peut par exemple être augmenté en échange d'un avantage octroyé aux agriculteurs français (en simplifiant). Résultat, la réglementation protégeant la ressource est inefficace tout en étant perçue comme injuste et inappropriée par les professionnels : les stocks de poissons boivent la tasse et les pêcheurs trinquent. Le constat de la gestion actuelle semble se résumer en trois points : surpêche, effondrement des captures et destruction des écosystèmes marins.

Pour remédier à cela, la Commission européenne en la personne de Maria Damanaki, commissaire européenne aux Affaires maritimes et à la pêche, a entrepris de mettre à jour les règles encadrant les activités de ce secteur. Le but est de garantir à la fois la conservation des populations de poissons et les sources de revenus des pêcheurs en mettant un terme à la surexploitation des stocks. La gestion future se veut décentralisée, plus proche du terrain et basée sur des constats et arguments scientifiques.


La présentation de la réforme par la Commission européenne est alléchante. Reste à savoir ce qu’il va en rester après le travail des différents lobbies et groupes de pression préparant son examen par le Parlement puis le Conseil européen. © ec.europa.eu

Après un long travail de terrain, plusieurs actions clés sont proposées : il s'agit d'une part de faire un effort de recherche pour améliorer les connaissances sur les stocks de poissons. Ceux-ci devront être stabilisés à des niveaux permettant une exploitation durable dès 2015. Il y a d'autre part la volonté de soutenir financièrement les professionnels appliquant les « bonnes pratiques » et de donner aux organisations de pêcheurs un rôle plus important dans la gestion de la filière.

Enfin, et surtout, il est urgent de mettre fin à une aberration : des filets comme le chalut ne permettent pas de bien sélectionner l'espèce. Tout ce qui est plus grand que la maille est remonté. Pour 1 kilo de crevettes pêché, jusqu'à 10 kilos de poissons non voulus sont remontés et directement rejetés (morts ou blessés) à la mer. Dans le monde, selon la FAO (Food and Agriculture Organisation), ce sont 7,3 millions de tonnes par an qui sont ainsi inutilement massacrées, sans parler des mammifères marins et autres tortues... La Commission veut éviter ce gaspillage en interdisant de remettre à la mer les captures de poissons non désirés.

Poissons et pêcheurs : un intérêt commun ?

Des populations de poissons plus importantes permettraient des captures elles aussi plus importantes sans condamner à mort les espèces en question. Il s'agit de trouver le point de prélèvement maximum permettant au stock de se renouveler. Sur le papier, les intérêts des pêcheurs et des poissons convergent donc. Sur le papier... Car en pratique, la diminution (certes temporaire mais nécessaire) des captures fait craindre des années noires aux pêcheurs déjà précarisés par la hausse du prix des carburants. Elle implique des efforts économiques qu'ils ne peuvent pas assumer seuls.

Avec les aides aux pêcheurs inclues dans sa réforme, la commissaire européenne Maria Damanaki semble sûre d'elle. Mais la vision écologiste à long terme s'affronte une nouvelle fois à la logique comptable irréfutable des groupes de pêche qui pointent la destruction imminente de milliers d'emplois. Un argument massue en période de crise, surtout pour des politiques en année préélectorale. En France et en Espagne, les deux plus gros pêcheurs de l'Union, on freine des quatre fers. Les lobbies et groupes de pression se sont affrontés devant la Commission. Le texte doit maintenant être examiné par le Parlement, puis le Conseil européen. L'application de ce qu'il en restera est prévue pour le 1er janvier 2013.

La situation peut paraître inextricable, mais l'industrie de la pêche devra un jour ou l'autre s'accorder à la réalité des stocks de poisson. À force de surexploiter les stocks, le pêcheur, malgré ses sonars et ses GPS, risque fort de disparaître avant le poisson. Et si malgré un constat alarmant les avancées paraissent lentes, Poul Degnbol, à la tête du comité consultatif du Conseil international pour l'exploration des mers (ICES) résume bien la situation : « Dans une démocratie, les scientifiques ne peuvent pas imposer leurs règles. Ils se doivent simplement d'informer. C'est aux politiques, élus du peuple, d'avoir le dernier mot et de prendre les décisions. Si possible de manière éclairée... »

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