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La pêche au chalut - encore - plus destructrice qu'on ne le pensait

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Le chalutage provoque de gros dégâts là où il est pratiqué, comme on le sait depuis longtemps, mais aussi à des profondeurs plus grandes. C'est ce que vient de démontrer une étude écossaise, qui a comptabilisé les prises sur un même lieu depuis 1979.

Le chalutage affecte peut-être une surface double de celle exploitée. © Greenpeace

Régulièrement accusé de détruire les fonds, le chalutage fait des ravages également dans les populations de poissons vivant à des profondeurs plus élevées, que n'atteignent pas les filets. C'est ce qu'affirme David Bailey, un chercheur de l'université de Glascow. Ce biologiste a compilé les données d'une série exceptionnelle de campagnes, qui se sont déroulées depuis 1979 sur le Banc de Porcupine (les Français ne traduisent pas le nom de cet endroit), un lieu de pêche connu depuis longtemps, au sud-ouest de l'Irlande, et très étudié par les océanographes.

David Bailey et ses collègues ont comparé les pêches réalisées lors deux périodes, 1979-1989 et 1997-2002, comptabilisant les prises par espèce. Durant ces campagnes, le chalutage était effectué à des profondeurs très variables, de quelques centaines de mètres à 4.000 mètres.

L'effet du chalutage serait doublé

Sans surprise, les scientifiques ont constaté une diminution des prises de 50 % entre les deux périodes. Jusqu'à 1.500 mètres, cette baisse était attendue puisque c'est la zone accessible aux engins de pêche. Mais, étonnamment, la diminution des prises s'observe jusqu'à 3.000 mètres, donc parmi des populations en principe épargnée par l'exploitation humaine. Encore plus curieusement, entre 1.500 et 3.000 mètres, la réduction des prises concerne 20 espèces de poissons sans intérêt commercial.

Jeffrey Drazen, spécialiste des poissons des grandes profondeurs, de l'université de Hawaï, explique à la revue Nature que cet effet indirect, au moins pour les espèces pêchées, est sans doute dû à ce que l'on appelle la migration ontogénique. De nombreuses espèces de poissons vivent leur jeunesse en eaux peu profondes et migrent vers le bas à l'âge adulte. La surpêche à faible profondeur affecte ainsi des populations qui vivent à l'étage du dessous.

Quant à l'effet sur les espèces non pêchées, il semble relever du classique dégât collatéral du chalutage, aveugle dans ses prises.

A la lumière de ces résultats, les auteurs, qui viennent de les présenter lors d'une conférence océanographique à Orlando (Etats-Unis), estiment que la pêche au chalut touche une zone bien plus large qu'on ne l'estime aujourd'hui, et même deux fois plus étendue. Selon eux, ce n'est pas 11 % de la surface océanique qui est exploitée mais 23 %.

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