Le chalutage consiste, comme ici en mer Noire, à descendre un large filet au niveau du fond, maintenu ouvert par deux panneaux latéraux et par un lestage de la « lèvre » inférieure de l'ouverture tandis que le navire le tracte. Pratiquée à grande profondeur, cette pêche, marginale, puise dans des stocks mal connus et peut aussi détruire des récifs coralliens, assez fréquents à ces profondeurs. © Yavuz Sariyildiz, Shutterstock

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Pêche : le chalutage profond enfin interdit par l'Union européenne

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Le chalutage au-delà de 800 m de profondeur sera interdit dans les eaux européennes à partir de janvier 2017. C'est ce que vient de voter, définitivement, l'Union européenne. Cette pêche, marginale, va donc disparaître. C'est aussi une importante incursion de la réglementation dans les grands fonds, un monde encore largement ignoré par la législation.

Après de longues années de négociations, l'Union européenne vient définitivement d'interdire le chalutage profond, au-delà de 800 mètres de la surface. De plus, à partir de 400 m, les pêcheurs ne pourront plus exploiter que les zones déjà connues et n'auront pas le droit d'aller en chercher de nouvelles. Le texte a été adopté par trois instances de l'Union (le Parlement, la Commission et le Conseil des ministres de la pêche) et sera effectif à partir de janvier 2017.

Demandée par l'ONU elle-même depuis 2006, cette mesure d'interdiction concerne des zones profondes très mal connues, où la faune se concentre dans des régions isolées, sortes de massifs montagneux sous-marins. Les populations des abysses, leur composition en espèce comme leurs modes de vie et leurs interactions, restent pour l'essentiel un mystère. En revanche, il est clair que les métabolismes y sont lents et que les effets de cette pêche sur les stocks ne peuvent actuellement être évalués.

Un dessin très schématique d'un chalutage. Il est extrait d'une BD de Pénélope Bagieu, visible sur son site Ma vie est tout à fait fascinante, qui raconte de manière amusante et juste la vie dans les grands fonds et l'extrême faiblesse des connaissances que nous en avons. © Pénélope Bagieu

L'accord ne concerne que les eaux européennes

Par ailleurs, cette pêche profonde reste marginale — représentant moins de 2 % du tonnage des captures en Europe — et se réduit d'année en année. Récemment, Scapêche, la flotte qui alimente les poissons d'Intermarché, a annoncé l'arrêt de cette pêche profonde. La mesure concerne cependant d'autres navires puisqu'elle s'applique aussi pour les prises occasionnelles, qui peuvent être accidentelles, dès lors que les poissons profonds représentent, en poids, plus de 8 % des prises.

Il aura fallu bien discuter pour parvenir à cet accord européen. Les professionnels de la pêche, en particulier en France et en Espagne, ont milité contre cette interdiction qui, expliquent-ils, handicape leurs activités (voir le communiqué de l'association Blue Fish, lors de sa création en 2013 par les professionnels français). L'engagement d'ONG a sûrement pesé, notamment la pétition lancée par l'association Bloom, de Claire Nouvian, qui a recueilli près de 900.000 signatures.

L'accord, toutefois, a ses limites. Il ne concerne que les eaux européennes. Nous trouverons donc des poissons profonds sur les étals européens, provenant d'autres régions du monde. Toutefois, plusieurs chaînes de grande distribution ont depuis longtemps retiré ces espèces de leurs poissonneries.

Un volet de l'accord concernait la surveillance des bateaux de pêche, entre ceux qui exigeaient d'embarquer un contrôleur sur chaque navire et ceux qui voulaient se contenter de 15 pour cent bâtiments. Ce sera 20 %, soit un sur cinq. L'avancée, cependant, est réelle car cette réglementation est nouvelle pour ces régions océaniques loin des yeux des Hommes.

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