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L'interdiction de la pêche en eaux profondes a été rejetée, mais…

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Le Parlement européen discutait l'interdiction de la pêche profonde au chalut, jugée par beaucoup de scientifiques comme une mauvaise idée pour les écosystèmes benthiques. Proposition rejetée. La pêche pourra donc se poursuivre mais sera interdite dans certaines zones reconnues fragiles. Claire Nouvian, dont l'association Bloom a véhémentement critiqué cette pratique, estime que cette mesure est un « règlement compliqué et à minima ».

En pêche profonde, l'ouverture horizontale d'un chalut (certains font 150 m de large) est assurée par de larges panneaux d'acier de plusieurs tonnes chacun qui ratissent tout sur leur passage. © Claire Nouvian

La pêche en eaux profondes, soit à plus de 200 m de profondeur, suscite de vives polémiques. En cause, elle se pratique notamment au moyen de chaluts de fond, des études scientifiques l'ont montré, terrassent littéralement les fonds marins lorsqu'ils y sont tractés. Cette filière fait donc de nombreuses victimes collatérales, que ce soit directement (coraux arrachés, capture d’espèces sans valeur commerciale, etc.) ou indirectement (organismes étouffés par les sédiments remis en suspension, destruction d'habitats, etc.).

Face à ce constat alarmant, des voix se sont élevées dans les milieux associatifs et scientifiques pour décrier cette méthode considérée comme « la plus destructrice de l'histoire ». Cette affaire est même remontée jusqu'aux plus hautes instances politiques, puisque la Commission européenne a statué en faveur d'une interdiction de la pêche profonde en 2012. Ce 10 décembre, c'était au tour du Parlement européen de rendre une décision : la proposition a été rejetée (342 voix contre 326, 19 abstentions).

Claire Nouvian s'est dite « indignée » lors d'un entretien téléphonique accordé à Futura-Sciences. Selon la fondatrice et directrice de l'association Bloom qui œuvre pour la conservation marine, « il y a un vrai gros problème politique, notamment sur les recommandations de vote données par des élus qui ont partie liée avec les lobbies de la pêche ». Pourtant, « il y a une mobilisation extrêmement forte et un fond scientifique qui est tout de même assez grave ». En effet, le président de la République a reçu lundi dernier une pétition qui a récolté plus de 750.000 signatures sur Internet

Présentation de la problématique de la pêche en eaux profondes en quelques mots, chiffres et dessins. © Idé

Une pêche en eaux profondes mieux encadrée ?

En Europe, le chalutage profond se pratique essentiellement au large de l'Écosse et de l'Irlande par des flottes à 90 % françaises, espagnoles et portugaises. À l'avenir, la filière devrait tout de même être mieux encadrée, car le Parlement a suivi le vote du 4 novembre 2013 de la Commission des pêches. Concrètement, il va être interdit de chaluter dans des zones de pêche qui abritent des écosystèmes marins reconnus fragiles, et qui seront inscrites dans une liste sur proposition des états membres.

Ces zones seront « fermées à tous les navires européens si elles sont en haute mer et à tous les navires en général si elles sont situées dans les eaux européennes », indique un communiqué du Parlement. Selon Claire Nouvian, il s'agit d'un « règlement compliqué et à minima. Il va falloir payer avec de l'argent public des études d'impact pour une pêche qui est déficitaire et déjà subventionnée. Ce n'est pas un modèle enthousiasmant pour les Français »

Une clause de révision au cas où…

Le communiqué du Parlement précise également qu'une clause de révision a été introduite dans le texte adopté. Dans quatre ans, la Commission devra évaluer « l'impact des engins spéciaux utilisés pour la pêche en eaux profondes (en particulier les chaluts de fond ou les filets maillants de fond) sur les espèces et les écosystèmes marins vulnérables. Si cette évaluation montre que ces écosystèmes ou les stocks en eaux profondes ne sont pas suffisamment protégés, la Commission pourrait alors proposer une interdiction générale de l'engin concerné ».

En attendant, chaque état membre va devoir présenter sa position au Conseil européen. Un accord sera ensuite recherché par les députés, puis soumis au vote du Parlement en seconde lecture, ce qui devrait survenir l'année prochaine. Que ce soit dans un camp comme dans l'autre, le combat pour défendre ses valeurs ou intérêts n'est donc pas fini...

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