Les stocks de certaines populations de thons rouges et de germons ont baissé de 90 % au cours des cinquante dernières années selon une étude récente. En cause : la pêche illicite et des quotas de pêche trop élevés.
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Une étude sur les stocks de poissons, et plus particulièrement de thons, révèle que même si la situation semble moins alarmante que ce qui avait été suggéré, les stocks continuent de diminuer et certaines espècesespèces sont véritablement en surpêchesurpêche.

Une équipe internationale de scientifiques, emmenés par Maria José Juan-Jorda de l'université de La Corogne, a ainsi rassemblé et analysé les données disponibles concernant 26 populations de poissonspoissons entre 1954 et 2006 - 17 de thons, 5 de maquereaux et 4 de thazards - afin de reconstruire leur évolution.

Les thons rouges en baisse d'environ 90 % depuis 1954

Ces espèces sont particulièrement ciblées par les pêcheurs et même, pour les thons, par les fermes aquacoles (des jeunes individus matures sont capturés et installés dans des cages flottantes). Ils ont donc une valeur commerciale importante. En outre, les totaux autorisés de capture (TACTAC) sont régulièrement revus par la Commission européenne en suivant, en théorie, les avis des scientifiques. D'où l'importance de ce genre de travaux. Le but étant évidemment de garantir la durabilitédurabilité des stocks de poissons, c'est-à-dire l'assurance que les réserves soient renouvelées d'une année sur l'autre.

La pêche aux thons rouges menace la viabilité des stocks. © Alexandre Dulaunoy, Flickr, cc by sa 2.0

La pêche aux thons rouges menace la viabilité des stocks. © Alexandre Dulaunoy, Flickr, cc by sa 2.0

Or d'après l'article publié dans Pnas, c'est semble-t-il loin d'être le cas. Entre 1954 et 2006, les effectifs de ces 26 populations ont diminué de près de 60 %. Si ce chiffre est élevé, il reste néanmoins en dessous de ce qui avait été précédemment évalué (90 %).

Cependant certaines des espèces étudiées ont subi une baisse de densité bien plus drastique. C'est le cas du thon rouge (Thunnus thynnus) et du germon (Thunnus alalunga) dont les populations ont diminué de près de 90 % au cours du dernier demi-siècle.

TAC trop élevés, stocks non renouvelés

En revanche, pour les autres populations étudiées, la situation s'est sensiblement améliorée. Selon les chercheurs, cela est en partie dû à la biologie, l'écologieécologie et la pressionpression de la pêchepêche de chacune de ces espèces. Par exemple, les thons tropicaux ont un cycle de reproduction plus rapide que les thons de l'Atlantique et c'est aussi pour cela que leurs populations atteignent un seuil plus acceptable.

Évolution du stock des populations de poissons les plus exploités (les thons rouges et le germon). © Juan-Jorda <em>et al.</em> 2011, <em>Pnas </em>- adaptation Futura-Sciences

Évolution du stock des populations de poissons les plus exploités (les thons rouges et le germon). © Juan-Jorda et al. 2011, Pnas - adaptation Futura-Sciences

Mais dans l'ensemble, cette étude montre que les stocks en question ne sont pas durables. C'est un appel pour les membres de la Commission européenne ou ceux de la Cicta (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) qui, chaque année, fixent les TAC de poissons et notamment de thons rougesthons rouges.

Le mois dernier, lors de la réunion annuelle de la Cicta, aucune mesure n'avait d'ailleurs été prise concernant le thon rouge afin notamment d'endiguer la pêche illicite. Comme l'avait alors confié à Futura-Sciences Sergi Tudela, responsable du programme pêche au WWF Méditerranée, la question des quotas de pêche du thon rouge sera abordée l'an prochain. Les travaux de Maria José Juan-Jorda et son équipe inciteront peut-être les commissions à revoir les quotas à la baisse.