Les déchets plastique dans les océans menacent la biodiversité marine. Leur quantité pourrait doubler d'ici 2030, d'après un rapport du WWF. © Richard Carey, Fotolia

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Deux fois plus de déchets plastique dans les océans d'ici 2030, alerte le WWF !

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Dans un rapport alarmant, le WWF met en garde contre une aggravation de la pollution plastique, dont la quantité dans les océans, déjà inquiétante, pourrait doubler au cours de la prochaine décennie. L'ONG appelle à agir sans plus tarder pour enrayer cette crise mondiale.

D'ici 2030, la production mondiale de déchets plastique pourrait augmenter de 41 % et la quantité accumulée dans l'océan pourrait doubler. En cause, notre système de production, d'utilisation et d'élimination du plastique, système défaillant dans lequel aucun acteur n'est tenu pour responsable. Dans son dernier rapport « Pollution plastique, à qui la faute ? », le WWF tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme et formule des propositions pour sortir de cette crise mondiale.

Une pollution plastique incontrôlable

Plus de 310 millions de tonnes de déchets plastique ont été générées en 2016, dont un tiers se sont retrouvées dans la nature. Le constat est accablant et les conséquences dramatiques pour l'environnement, la santé humaine et l'économie. L'impact sur la biodiversité est particulièrement frappant : à ce jour, plus de 270 espèces ont été victimes d'enchevêtrement et plus de 240 ont ingéré du plastique.

Si rien n'est fait, la production mondiale de déchets plastique pourrait augmenter de 41 % d'ici 2030 et la quantité accumulée dans l'océan pourrait doubler d'ici 2030 et atteindre 300 millions de tonnes. Les émissions de CO2 résultant du cycle de vie du plastique devraient augmenter de 50% tandis que celles issues de l'incinération de plastiques devraient tripler d'ici 2030.

En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans si rien n'est fait. © Richard Carey, Fotolia

À qui la faute ?

En cause, un système défaillant, où le coût de la pollution plastique n'est pas supporté par les acteurs qui tirent profit de sa production et de son utilisation. Ainsi, il est moins coûteux de rejeter les déchets dans la nature que de gérer leur fin de vie. Cette absence de responsabilité a conduit à la situation actuelle de production insoutenable et de pollution croissante.

La France est un des plus gros consommateurs de matières plastiques

Les pays à revenu élevé ont une part de responsabilité considérable dans cette crise mondiale : ils produisent 10 fois plus de déchets par personne que les pays à faible revenu et exportent entre 10 et 25 % de ces déchets. La France fait partie des plus gros consommateurs de matières plastiques et est l'un des pires élèves européens en matière de recyclage du plastique (seulement 21%).

Zéro plastique en 2030 : un scénario possible

Heureusement, un autre horizon est possible : celui d'une nature sans plastiques. L'étude détaille le chemin à suivre pour mettre fin à la pollution plastique dans la nature en 2030. Cela passe notamment par :

  • La réduction de 28 % de la production de plastique par rapport à 2016 ;
  • L'élimination progressive du plastique à usage unique ;
  • La collecte de 100 % de nos déchets et le recyclage de 60 % des déchets collectés.

Pour y parvenir, des solutions existent déjà et doivent être renforcées, soutient le WWF, qui encourage tous les acteurs (gouvernements, entreprises et citoyens) à agir.

  • La production mondiale de déchets plastique pourrait augmenter de 41 % d'ici 2030, d'après un rapport du WWF.
  • Dans le même temps, la quantité de déchets plastique dans les océans, déjà sévèrement pollués, pourrait doubler.
Pour en savoir plus

Il y aurait 269.000 tonnes de déchets plastique dans les océans

Article de Jean-Luc Goudet, publié le 14/12/2014

Une étude internationale donne la première estimation de la quantité de déchets en plastique dans l'océan mondial. Une mauvaise et une bonne nouvelle : il y en a beaucoup - près de 269.000 tonnes et ce serait « un minimum » -, mais il y aurait nettement moins de microdéchets que prévu.

Publiée dans la revue scientifique Plos One, cette étude internationale (Afrique du Sud, Australie, Chili, États-Unis, France et Nouvelle-Zélande) donne pour la première fois une estimation globale des morceaux de matière plastique flottant dans l'océan mondial. Le travail repose sur les mesures réalisées dans tous les océans (en 1.571 endroits), comme vient de le faire l'expédition Tara en Méditerranée, et sur les modèles de courants océaniques. Résultat brut : 5,25 milliards de morceaux de toutes tailles pour une masse totale de 268.940 tonnes, soit environ 26 tours Eiffel. Les grands morceaux (plus de 20 cm) pèseraient 233.400 tonnes. Les auteurs insistent : leur estimation est prudente et doit être considérée comme un minimum.

Ces méduses sont en plastique et peuvent être ingérées par des animaux qui font la confusion entre les deux, comme nous le rappelait l’association Surf Rider avec cette image. La vitesse de fragmentation et le destin océanique de cette matière plastique restent encore très mal connu. © Surfrider

Les déchets de plastique sont partout, plus nombreux dans l'hémisphère Nord, mais, pour les petites tailles, de très peu, ce qui n'était pas attendu. Au sud, l'océan Indien est davantage « plastifié » que l'Atlantique sud et le Pacifique sud réunis. La surprise (bonne ?) vient de la quantité de déchets de petite taille, inférieure à 4,75 mm. Ils représentent 92 % du total en nombre, mais seulement 13 % en masse. Parmi eux, le nombre des plus petits de l'étude (0,33 à 1 mm) n'est que de 40 % de la catégorie 1-4,75 mm. Les auteurs soulignent que c'est beaucoup moins que ce qu'indiquaient toutes les estimations établies précédemment par calcul.

La répartition constatée des déchets de plastique, en nombre de pièces par kilomètre carré, dans les 4 catégories de tailles considérées : 0,33-1,00 mm, 1,01-4,75 mm, 4,76-200 mm et plus de 200 mm. Pour les plus petits, les deux hémisphères sont presque à égalité, une surprise pour les océanographes qui s’attendaient à une proportion plus forte dans le nord. © Marcus Eriksen et al.

Les déchets de plastique ne restent pas toujours en surface

Selon eux il est possible que la fragmentation des grandes pièces de plastique soit plus faible que prévu, ou que l'apport de bouteilles et autres emballages soit plus élevé que ce qu'on l'on considère. Quoi qu'il en soit, cette disproportion, expliquent-ils, suggère qu'il existe un mécanisme inconnu extrayant les plus petits déchets de la surface pour les envoyer en profondeur. Hypothèses envisagées : la dégradation par les UV, le grignotage par les organismes vivants (comme l'expliquait un précédent article), ingestion par les animaux, échouage, alourdissement de gros morceaux par des animaux fixés, ce qui les ferait couler...

Avec une production mondiale de 288 millions de tonnes en 2012, cette quantité flottante serait donc de 0,1 %. Une proportion très faible, donc. Les auteurs rappellent toutefois que leurs estimations sont « prudentes » et que des gisements de plastique échappent à leur étude : les côtes, les sédiments sous-marins, le volume d'eau entre la surface et le fond et les organismes vivants eux-mêmes. Même s'il y a accumulation dans les fameux gyres au cœur des courants océaniques, « la surface de l'océan n'est pas la destination ultime des déchets de plastique ».

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