Entre 1950 et 2017, l'humanité a fabriqué plus de huit milliards de tonnes de matière plastique. Pour l'essentiel, ces polymères stables se retrouvent sous forme de minuscules fragments dans l'océan mondial. Ils y resteront de nombreux millénaires. © vchalup, Fotolia

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Déchets plastique : quelles alternatives écologiques ?

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Matériaux biosourcés, recyclables, biodégradables... Plusieurs solutions sont proposées pour remplacer les plastiques traditionnels. Tour d'horizon du recyclage et de la recherche de bioplastiques plus respectueux de l'environnement que nos plastiques traditionnels.

La France entend mettre en place à partir de 2019 un bonus-malus pour inciter les consommateurs à privilégier le plastique recyclé. Mais où en est le recyclage ? Selon un récent rapport de l'ONU, 9 % des neuf milliards de tonnes de plastiques que le monde a jamais produits ont été recyclés. Si les choses progressent ces dernières années, tous les pays n'en sont pas au même point.

En Europe par exemple, 31 % des près de 26 millions de tonnes de déchets plastique collectés en 2016 ont été recyclés, selon la fédération européenne du secteur, PlasticsEurope, contre autour de 10 % aux États-Unis. Mais les chiffres sont aussi très variables d'un type de plastique à l'autre. Le Pet, dont sont composées les bouteilles, dispose de filières industrielles de traitement plus développées et la matière recyclée peut être réutilisée sans difficulté. À l'inverse, les pots de yaourt finissent encore en incinération, comme les composites utilisés dans l'automobile, trop chers à recycler.

Un des handicaps est aussi le manque de débouchés pour la matière recyclée, du fait de prix plus élevés que celle issue des énergies fossiles ou de doutes sur les propriétés de ces matériaux. Une grande partie des plastiques échappent aussi tout simplement à la collecte.

Zoom sur les bioplastiques, biosourcés ou biodégradables

Le terme générique « bioplastiques » peut prêter à confusion car il désigne à la fois des plastiques biosourcés (fabriqués en totalité ou en partie à partir de composants naturels renouvelables) ou des matières plastique biodégradables. Or, certaines matières biodégradables peuvent parfois provenir de ressources fossiles.

Des bioplastiques peuvent aussi combiner ces deux propriétés (biosourcés et biodégradables), mais c'est loin d'être toujours le cas : ainsi sur 2,05 millions de tonnes de bioplastiques produits dans le monde en 2017, moins de la moitié (880.000 tonnes) était biodégradable, selon la fédération European Bioplastics.

Les capacités de production mondiale de bioplastiques se situent majoritairement en Asie (56 %), qui est aussi la principale région de fabrication des plastiques traditionnels, devant l'Europe (18 %) et l'Amérique du Nord (16 %). En 2017, 58 % des bioplastiques produits dans le monde étaient utilisés dans l'emballage, largement devant le textile (11 %), les biens de consommation (7 %), ou l'automobile et autres industries de transport (7 % également).

Les coûts de production restent un frein : les « plastiques compostables sont deux à trois fois plus chers » que les plastiques traditionnels, estime Jean-Marc Nony, responsable du développement durable au sein du groupe français d'emballages Sphere. Quant aux plastiques biosourcés, ils sont de « 30 à 50 % plus chers », ajoute-t-il. Mais la hausse des volumes, l'amélioration des procédés de fabrication et la hausse des prix du pétrole devraient permettre de les rendre à terme plus compétitifs.

La production et l'utilisation du plastique dans le monde, de 1950 à 2015. © Laurence CHU - AFP

L’utilisation des bioplastiques

Les plastiques biodégradables ont surtout vocation à remplacer le plastique conventionnel dans des produits risquant davantage de se retrouver dans la nature, comme les sacs fins à usage unique ou la vaisselle jetable. Des industriels travaillent aussi à mettre au point des techniques de biodégradation en mer pour lutter contre la pollution des océans.

Les plastiques biosourcés, eux, peuvent remplacer n'importe quel plastique issu de la pétrochimie, dans la mesure où la molécule produite est la même. Certains pays européens ont ainsi fixé des seuils d'incorporation dans les sacs à usage unique.

Mais pour justifier leurs prix plus élevés, les producteurs de bioplastiques tentent de mettre au point des matériaux aux propriétés nouvelles : plus légers, plus résistants voire dépolluants.

  • La France veut mettre en place un système de bonus-malus pour réduire les déchets plastique.
  • Les bioplastiques proposent une alternative aux plastiques traditionnels.
  • Certains sont biodégradables et peuvent utiliser des matières naturelles.
Pour en savoir plus

Plastiques : l'Union européenne veut mieux les recycler

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews du 18 janvier 2018

La Commission européenne veut créer un « marché unique » des déchets dans l'UE. Pour l'instant, le recyclage des matières plastiques ne concerne que 30 % des déchets produits en Europe. Des mesures vont être prises pour réduire la consommation et recycler plus efficacement.

La Commission européenne a dévoilé mardi sa stratégie pour réduire l'utilisation des matières plastiques à usage unique dans l'UE, avec pour objectif que tous les emballages de ce type soient recyclables d'ici à 2030. Comment ? Le premier vice-président de l'exécutif européen, Frans Timmermans, s'est dit convaincu que les habitudes des Européens, qui produisent 25 millions de tonnes de déchets plastique par an, pouvaient changer. « Si vous expliquez à vos enfants qu'il faut cinq secondes pour produire une paille en plastique, pendant combien de temps vont-ils l'utiliser ? Cinq, dix minutes ? Mais si vous leur expliquez qu'il lui faut 500 ans pour se désintégrer une fois jetée, alors ils ne voudront plus l'utiliser », a-t-il assuré lors d'une conférence de presse à Strasbourg.

Seulement 30 % des déchets plastique des Européens sont recyclés à l'heure actuelle. Le reste finit incinéré pour produire de l'énergie (39 %) ou en décharge (31 %). La « stratégie » présentée par la Commission se traduira par une nouvelle proposition législative avant la fin de l'année, a promis Frans Timmermans. Pour l'instant, la Commission s'est engagée sur plusieurs points, et notamment à « rendre le recyclage rentable pour les entreprises »« Pour l'instant, on ne peut pas dire qu'il existe un marché unique pour les déchets dans l'UE, a reconnu Jyrki Katainen, vice-président chargé des affaires économiques. Il va falloir définir des règles pour échanger des produits standards. » Exemple concret : les différentes couleurs des bouteilles en plastique rendent le tri et le recyclage plus coûteux. Renoncer à une jolie bouteille teintée ? Un bien petit sacrifice pour le consommateur, selon la Commission.

Quantités de déchets de matière plastique par habitant et par an dans les pays de l'Union européenne. © Thorsten Eberding, AFP

La Chine ne veut plus recycler nos déchets

Cette ambition de contrôler le cycle de vie du plastique du début à la fin est dévoilée au moment où le pays leader du recyclage, la Chine, vient de fermer ses portes aux déchets étrangers. Or, l'UE exporte la moitié de ses plastiques collectés et triés, dont 85 % vers la Chine. « Nous devrions utiliser cette décision pour nous remettre en question et nous demander pourquoi nous Européens ne sommes pas capables de recycler nos propres déchets », a argué Frans Timmermans.

La nouvelle stratégie vise aussi à libérer les mers et océans des 700 kg de matière plastique qui y échouent tous les jours. La Commission « prendra des mesures pour limiter l'usage des microplastiques », qu'on retrouve dans les cosmétiques et les détergents notamment. L'exécutif européen veut aussi imposer de nouvelles règles sur les installations de réception dans les ports, pour que les déchets générés en mer par les navires ne soient pas abandonnés ou rejetés à l'eau. Il promet également de donner 100 millions d'euros supplémentaires à la recherche pour favoriser les innovations techniques.

La Commission a déjà pris plusieurs mesures pour tenter de faire reculer la domination du plastique, visant notamment à réduire de façon drastique l'utilisation de sacs à usage unique. Concernant l'idée d'une « taxe plastique », évoquée comme une piste pour trouver des sources propres de financement à l'UE, les deux commissaires se sont montrés prudents. « Plus la stratégie plastique fonctionne bien, moins on collecte d'argent », a remarqué Jyrki Katainen.

Plastics Europe, l'association des fabricants européens de plastique basée à Bruxelles, a salué les initiatives de la Commission. « Seule une restriction juridiquement contraignante sur la mise en décharge de tous les recyclables et autres déchets récupérables mettra fin à la mise en décharge de déchets qui pourraient être utilisés comme une ressource », a estimé Karl-H. Foerster, le directeur exécutif, dans un communiqué.

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