Le mystère des statues de l’île de Pâques intrigue. Au-delà de leur caractère sacré, pour la première fois, des chercheurs semblent avoir mis la main sur des preuves tangibles de l’existence d’un lien étroit entre l'exploitation de la carrière et la fertilité des sols.

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Depuis des centaines d'années, les statues géantes de l’île de Pâques, les moaï, témoignent de l'ingéniosité humaine. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer leur constructionconstruction. Et après cinq années de fouilles, des scientifiques de l'université de Californie à Los Angeles (États-Unis) pensent être en mesure de prouver l'une de ces théories. Les monolithesmonolithes auraient été sculptés pour favoriser la fertilité des sols et l'agricultureagriculture. Et pas seulement d'un point de vue symbolique.

Les travaux des chercheurs se sont concentrés sur deux monolithes se trouvant dans la région intérieure de la carrière de Rano Raraku qui est à l'origine de 95 % des 1.000 moaï de l'île. Une analyse approfondie montre des traces d'aliments comme la bananebanane, le taro et la patate douce. Une preuve, selon les chercheurs, que le lieu servait à la fois de carrière et de lieu de production agricole.

Les deux moaï que les chercheurs de l’université de Californie à Los Angeles (États-Unis) ont étudiés dans la carrière de Rano Raraku. © <em>Easter Island Statue Project</em>, Université de Californie
Les deux moaï que les chercheurs de l’université de Californie à Los Angeles (États-Unis) ont étudiés dans la carrière de Rano Raraku. © Easter Island Statue Project, Université de Californie

Extraire de la pierre pour doper l’agriculture

« Les sols de Rano Raraku sont probablement les plus riches de l'île. Associée à une source d'eau douceeau douce dans la carrière, il semble que la pratique de l'extraction elle-même ait contribué à stimuler la fertilité des sols et la production alimentaire dans la région », explique Sarah Sherwood, chercheuse à l'université du Sud (États-Unis).

« Les analyses chimiques ont montré des niveaux élevés d'éléments essentiels à la croissance des plantes et à l'obtention de rendements élevés. Du calciumcalcium et du phosphorephosphore, poursuit-elle. Ailleurs sur l'île, le sol est usé. Dans la carrière, le processus d'extraction génère un afflux constant de nutrimentsnutriments. »


Un des mystères autour des statues de l'île de Pâques résolu

Pourquoi les énigmatiques statues de l'île de Pâques ont été placées là, le long des côtes ? Des chercheurs nous fournissent un indice : l'eau. Surprenant pour une île où ne coule aucune rivière...

Article de Floriane Boyer paru le 03/02/2019

Les plateformes de pierre portant les mystérieuses statues de l'île de Pâques se situent près d'une ressource vitale : l'eau potable. © voltamax, Pixabay
Les plateformes de pierre portant les mystérieuses statues de l'île de Pâques se situent près d'une ressource vitale : l'eau potable. © voltamax, Pixabay

Par certains aspects, les statues de l'île de Pâques sont à la Polynésie ce que les pyramides sont à l'Égypte. Des géants silencieux, venus d'un passé lointain, faisant d'excellentes cartes postales et suscitant de profondes interrogations quant à leur édification. Un pan du voile se lève à la lumièrelumière d'une étude parue dans Plos One. D'après Robert DiNapoli, archéologue à l'université d'Oregon, et ses collègues, les monolithes de l'île de Pâques ont été érigés près des sources d'eau, particulièrement précieuses sur cette terreterre sans rivières.

« En tant qu'étrangers, nous nous grattons la tête pour expliquer comment ces gens ont réalisé de telles prouesses architecturales », qui plus est, sur une île si petite et faiblement peuplée, relatent les chercheurs contactés par Futura. Ils comparent « l'idée d'un mystère » à un « écran de fumée » nous empêchant de voir pourquoi ils se sont donné autant de mal à sculpter, transporter et élever ces statues. Les archéologues pensent que ces monuments, reconnus comme de grande importance rituelle, pourraient, par ailleurs, matérialiser la domination politique sur les ressources naturelles de base, marines ou agricoles. Dans cette étude, les chercheurs ont voulu vérifier empiriquement cette hypothèse.

Le saviez-vous ?

Dans la langue locale, l'île de Pâques se nomme Rapa Nui, c'est-à-dire « grande Rapa », par opposition à l'île de Rapa en Polynésie française, aussi appelée Rapa Iti ou « petite Rapa ».

Une analyse spatiale des monuments et des ressources

Les Rapanuis, autochtones de l'île de Pâques, se sont lancés dans la construction mégalithique peu après leur arrivée, au XIIIe siècle. Ils ont fabriqué au total près de 1.000 statues (moaï), dont 400 gisent encore, comme abandonnées, dans leur carrière d'origine de Rano Raraku. Des centaines d'autres ont été déplacées et installées sur des terrassesterrasses de pierre rectangulaires (ahu) réparties sur l'île, généralement près des côtes. Entre le XVIIIe et le XIXsiècle, l'ensemble des statues posées sur des ahu ont été renversées, supposément lors de guerres de clans. Depuis, un petit nombre d'entre elles ont été dressées à nouveau sur leur plateforme.

Les chercheurs ont analysé la distribution spatiale de 93 de ces ahu, sur lesquels des statues étaient autrefois disposées, en fonction de trois ressources cruciales pour la population : les ressources halieutiquesressources halieutiques, les jardins, où l'on cultivait notamment des patates douces, et l'eau potable. « L'eau est une ressource particulièrement intéressante sur cette île car il n'y a ni ruisseaux ni rivières », expliquent les auteurs, le sol étant trop perméable. Il existe bien trois petits lacs volcaniques, mais ils sont éloignés des lieux de vie. En revanche, l'eau souterraine remonte en surface le long des côtes. C'est « la seule source d'eau qui soit persistante et omniprésente » sur l'île, assure Matthew Becker, hydrologue et coauteur de l'étude.

En haut, à gauche, est indiquée la position de l'île de Pâques, ou Rapa Nui, en Polynésie. À droite, les points rouges correspondent aux <em>ahu</em>. Seuls, 93 d'entre eux ont été inclus dans cette étude. En bas, Ahu Tongariki, le plus grand <em>ahu</em> de l'île, surmonté de 15 statues. © Robert DiNapoli <em>et al.</em>, <em>Plos One</em>, 2019
En haut, à gauche, est indiquée la position de l'île de Pâques, ou Rapa Nui, en Polynésie. À droite, les points rouges correspondent aux ahu. Seuls, 93 d'entre eux ont été inclus dans cette étude. En bas, Ahu Tongariki, le plus grand ahu de l'île, surmonté de 15 statues. © Robert DiNapoli et al., Plos One, 2019

L'emplacement des statues expliqué par les sources d'eau

« Les résultats parlent d'eux-mêmes », déclare à Futura, Carl Lipo, anthropologue spécialiste de l'Ile de Pâques à l'université de Binghamton, à New York, et coauteur de l'étude. La localisation des ahu s'explique par leur proximité avec les sources d'eau potable, plutôt qu'avec les ressources halieutiques et agroalimentaires. C'est certainement pourquoi les monuments de l'île siègent préférentiellement sur le pourtour de l'île, une tendance que les experts ne parvenaient pas à justifier jusque-là. Les rares ahu, placés plus profondément dans les terres, se situent près de cavernes où l'eau souterraine jaillit occasionnellement.

L'eau = la vie.

Il ne faut toutefois pas en conclure que les statues « marquaient la position des points d'eau », tels des panneaux de signalisation. « De toute évidence, les Rapanuis savaient où la trouver et n'avaient pas besoin des moaï » pour s'en rappeler, nous explique Carl Lipo. Une interprétation possible de ces résultats est que les statues symbolisaient le contrôle politique sur cette ressource. Quoi qu'il en soit, cette étude indique, en toute modestie, que « les activités ordinaires de la communauté, qui comprenaient la construction des ahu et des moaï, étaient liées à la distribution spatiale de cette ressource essentielle. En d'autres termes, l'eau = la vie. »

On compte, en tout, un peu plus de 300 ahu. Les 93 plateformes étudiées par Robert DiNapoli, Carl Lipo et leurs collègues, se trouvent toutes dans l'est de l'île, car c'est là que la disposition spatiale des différentes ressources était la mieux documentée. Les chercheurs ont l'intention d'élargir leur analyse à la totalité de l'île, afin de vérifier si la relation entre les monuments et les sources d'eau se confirme à cette échelle.