Les Moaï, statues géantes de l'île de Pâques. © Walkerssk, Pixabay, DP

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Île de Pâques : le difficile décryptage du mystérieux Rong-Rongo

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Outre ses monumentales statues de pierre, ou Moaï, la lointaine île de Pâques recèle un autre mystère : des tablettes couvertes de symboles stylisés représentant des plantes et des animaux. Nul n'a encore jamais percé le secret du Rongo-Rongo.

L'île de Pâques, située dans le Pacifique à plus de 3.000 kilomètres de tout lieu habité, ne présente plus guère de végétation. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Les arbres qu'elle portait jadis ont tous été abattus, laissant ainsi un paysage nu et désolé. Peut-être que certains des mystères de l'île seraient résolus si nous savions décrypter les milliers de symboles gravés sur une série de pièces de bois datant de l'apogée de sa civilisation, entre le XIIIe et le XVIIe siècle.

Le long décryptage du système Rongo-Rongo

En 1864, alors qu'il visitait l'île en vue de convertir ses habitants au catholicisme, l'attention du père Eugène Eyraud est attirée par « des tablettes de bois ou des bâtons couverts de plusieurs espèces de caractères hiéroglyphiques ».

Quatre ans plus tard, Florentin-Étienne « Tepano » Jaussen, l'évêque de Tahiti, reçoit en cadeau de la part des îliens convertis un de ces morceaux de bois entouré d'une tresse de cheveux. Comprenant son importance potentielle, il demande au père Hippolyte Roussel, le nouveau prêtre de l'île de Pâques (entre-temps, Eugène Eyraud a succombé à la tuberculose ), de recueillir d'autres tablettes et de trouver un traducteur. Ainsi, aidé d'un certain Metoro Tau'a Ure, qui s'est révélé capable d'en déchiffrer certaines, Jaussen passe les années suivantes à enquêter à leur sujet. Leur travail, cependant, ne permit pas de venir entièrement à bout du système, depuis appelé le Rongo-Rongo, ce qui signifie en Rapa Nui, la langue autochtone, « psalmodier » ou « réciter ».

Une tablette couverte de Rongo-Rongo. © Flammarion
Une tablette couverte de Rongo-Rongo. © Flammarion

Le plus grand pas en avant est ensuite franchi par l'ethnologue allemand Thomas Barthel, en 1958, avec la publication de Grundlagen zur Entzifferung der Osterinselschrift, le catalogue complet des glyphes du Rongo-Rongo.

Barthel identifie dans un premier temps plus de 120 symboles différents, combinés selon des milliers de manières. Un nombre aussi élevé montre que ces symboles représentent plus sûrement des mots et des concepts que de simples lettres. Ce spécialiste retrouve aussi des notes tenues par Tepano Jaussen grâce auxquelles il identifie des prières sur diverses tablettes. Il est le premier à comprendre la signification de certaines inscriptions, en reconnaissant notamment un calendrier lunaire sur l'un des vestiges.

En 1995, le linguiste Steven Fischer annonce avoir décrypté l'un des plus intéressants éléments du corpus Rongo-Rongo : le bâton de Santiago, une pièce longue de près de 150 centimètres et couverte de centaines de glyphes. Selon Fischer, le bâton porterait des chants liés à l'origine du monde d'une certaine forme A, couplée à une forme B et donnant lieu à la forme C. Cette interprétation est toutefois remise en cause par certains spécialistes car elle conduit à des absurdités sur d'autres échantillons.

Le Rongo-Rongo, un trésor complexe de l’île de Pâques

Tout ce que nous savons du Rongo-Rongo provient des vingt-six pièces aujourd'hui conservées (avec néanmoins quelques doutes sur l'authenticité d'une poignée d'entre elles). Elles se comptaient pourtant en bien plus grand nombre autrefois car il s'en trouvait dans la plupart des huttes lors de la première visite du père Eyraud. Mais les habitants avaient oublié jusqu'à la signification des symboles qu'elles portaient et beaucoup brûlèrent pendant la déforestation de l'île ou furent perdues (certaines étaient utilisées pour enrouler le fil de pêche)...

Le Rongo-Rongo est probablement lié au Rapa Nui, la langue polynésienne parlée uniquement par les habitants de l'île de Pâques. Les vingt-six pièces qui ont traversé les siècles portent des glyphes représentant des oiseaux, des tortues, des hommes ou des plantes, gravés dans le bois avec de l'obsidienne, des dents de requin ou d'autres objets naturels. En tout, on compte 15.000 glyphes lisibles.

Le Rongo-Rongo est écrit en « boustrophédon inversé » : pour le lire, commencez en bas à droite et progressez vers la gauche ; en fin de ligne, tournez le texte de 180 degrés et lisez la ligne suivante, en continuant de cette façon jusqu'en haut.

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