Le poids des objets humains dépasse celui de l'ensemble du vivant. © Photobank, Adobe Stock
Planète

Le poids de tout ce que l'Homme a fabriqué dépasse désormais celui de tous les êtres vivants sur Terre !

ActualitéClassé sous :Environnement , Anthropocène , continent de déchets

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[EN VIDÉO] Nos merveilleuses forêts vues par le satellite Biomass  Biomass devrait être lancé en 2020. Ce satellite de l'Esa, l'Agence spatiale européenne, à la technologie inédite a pour mission d’étudier l’état et la dynamique des forêts tropicales. Le Cnes nous en parle plus en détail dans cette vidéo. 

Une récente étude fait état d'un constat aussi étonnant qu'alarmant : le poids des objets fabriqués par les humains dépasserait à présent celui de l'ensemble de la biomasse terrestre. Le seuil fatidique aurait, d'après les estimations, été franchi cette année.

Le poids des objets humains dépasse à présent probablement celui de l'ensemble de la biomasse terrestre. C'est une première dans l'Histoire de la Terre. La conclusion d'une année qui aura été éprouvante pour nombre d'entre nous, terrible pour certains. On pourrait l'accueillir avec pessimisme et défaitisme, mais selon nous, c'est une invitation à prendre le contrepied et à faire de 2021 une bien meilleure année que celle que nous venons de traverser. L'opportunité de faire le tri dans nos vies, littéralement.

Toujours plus, toujours moins

Les forêts millénaires, les réseaux de champignons qui s'interpénètrent sous nos pieds, la vie grouillante qui s'agite dans les eaux et les airs, sur terre et sous terre, les canopées verdoyantes qui subliment le clapotis de la pluie en un million de doux tapotements ne font désormais plus le poids face aux routes de goudron, aux immeubles de béton, et avions, aux tondeuses à gazon, et à tout le reste de la production humaine. C'est du moins ce que les chercheurs ont récemment estimé. La masse de nos fabrications artificielles doublerait en effet tous les 20 ans pour atteindre cette année un total de 1.100 milliards de tonnes !

En même temps que notre soif s'accroît, les habitats naturels et leurs résidents reculent sous la pression de la déforestation, de la pêche intensive, des espaces cultivables et d'élevage, ou encore de l'urbanisation. Une régression telle que l'on estime aujourd'hui la totalité de la biomasse à 1.000 milliards de tonnes. Dans un autre contexte, des félicitations seraient peut-être de rigueur pour une victoire aussi écrasante, mais dans les circonstances actuelles, la nouvelle ne fait que venir renforcer le sentiment que nous « brûlons la planète par les deux bouts ».

Vue aérienne d'une zone de déforestation de la forêt amazonienne, le 23 août 2019, près de Porto Velho, dans le nord du Brésil. © Carl De Souza, AFP, Archives

Prise de conscience

Que faire alors pour rétablir la situation plutôt que de nous effondrer sous le poids de notre échec ? « Cette étude fournit une sorte de "vue d'ensemble" de la planète en 2020, déclare Ron Milo, co-auteur de l’étude parue dans la revue NatureNous espérons que maintenant que nous avons ces chiffres alarmants sous les yeux, nous pourrons, en tant qu'espèce, prendre nos responsabilités ». Reconnaître l'impact que nous avons sur la planète et sa biodiversité est une première étape pour prendre des décisions informées dans sa vie quotidienne et faire pression au sein de sa communauté pour faire évoluer les choses ensemble. Avec l'espoir que 2021 signe une étape de renouveau.

Pour en savoir plus

Combien pèse tout ce que l'Homme a pu fabriquer ?

Article de Xavier Demeersman, publié le 5 décembre 2016

Elle est un produit de la biosphère et est en interaction avec elle : la technosphère. Comprenant absolument tout ce qui a été fabriqué par l'Homme depuis des millénaires, depuis le biface, la serpe, la roue, les pièces de monnaie, les fermes, les buildings et jusqu'à nos ordinateurs, satellites, etc., son poids s'élève à 30.000 milliards de tonnes, d'après une évaluation qui vient de paraître. Et bien sûr, elle n'a de cesse de croître.

Des termes forgés par le chimiste russe Vladimir Vernadsky (1863-1945), considéré comme l'un des fondateurs de la géochimie, on connaît plus celui de biosphère, l'ensemble du vivant, que celui de « technosphère ». Ce dernier, qui fait écho à la notion d'anthropocène, cette période de l'histoire de la Terre caractérisée par l'empreinte que l'Homme laissera dans les couches géologiques, désigne la totalité des constructions d'origine humaine. Tout y passe, de ce que nous avons fabriqué pour vivre, nous abriter, nous développer, etc. Cela comprend tous les bâtiments mais aussi les milliards d'objets, depuis les premiers outils jusqu'à nos ordinateurs, smartphones, sans oublier les déchets, recyclables ou non, produits depuis l'aube de l'humanité.

Après enquête, une équipe internationale dirigée par Jan Zalasiewicz, Mark Williams et Colin Waters, tous trois géologues à l'université de Leicester, vient de publier dans The Anthropocene Review, son évaluation du poids total de la technosphère. Il s'élève à quelque... 30.000 milliards de tonnes. Pour donner une idée de ce que cela représente, si on pouvait tout étaler sur la Terre, cette masse représenterait 50 kg par mètre carré !

Un monde sans déchets est-il possible ? Oui, expliquent les prosélytes de l'économie circulaire, comme la fondation Ellen MacArthur, qui en présente le principe. © Fondation Ellen MacArthur, Youtube

Un phénomène majeur qui évolue rapidement

Considérant la technosphère comme un bon indicateur de l'anthropocène et donc de la façon dont nous remodelons notre monde, les auteurs rappellent que nous en faisons partie intégrante. Et, bien que nous croyions tout contrôler, nous avons tout intérêt à maintenir en vie ce système.

« On peut dire que la technosphère a bourgeonné sur la biosphère et est maintenant, sans doute, du moins partiellement, un parasite sur elle, a déclaré Mark Williams. À son échelle actuelle, c'est un nouveau phénomène majeur sur cette planète et il évolue très rapidement. »

Toutefois, comme le précise le professeur, cette expansion pourrait être freinée par les difficultés de la technosphère, relativement à la biosphère, à « recycler sa propre matière ». Les décharges en plein essor ne cessent de nous le rappeler et « cela pourrait être un obstacle à ses succès dans le futur, et pourrait même l'arrêter complètement ».

L'empreinte de la technosphère est d'ores et déjà bien marquée sur notre planète. Pour les chercheurs, si ce qu'ils appellent les technofossiles devaient être classés comme le font les paléontologues avec les fossiles du vivant, le nombre des différents types dépasserait le milliard, soit un chiffre bien supérieur à celui des espèces ayant vécu sur Terre.

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