On les appelle les « produits chimiques éternels » en raison de leur persistance dans l'environnement. Les PFAS (per et polyfluoroalkylées) sont connus pour causer de graves problèmes de santé. Dans les deux régions les plus reculées de la Planète, l'Antarctique et le plateau tibétain, il se mesure des niveaux de PFAS 14 fois supérieurs aux recommandations. Selon une étude, une limite planétaire est même dépassée, rendant l'eau de pluie impropre à la consommation. La bonne nouvelle est que, depuis 20 ans, le taux s'est stabilisé.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Interview 4/5 : la pollution, quels risques pour la santé ? Avec l’augmentation des taux de pollution se pose la question de son impact sur la santé humaine. Chaque polluant a des effets différents, certains immédiats et visibles, d’autres retardés et plus insidieux. Afin de clarifier la question, nous avons interviewé Philippe Hubert, directeur des risques chroniques de l’Ineris.

L'eau de pluie sur Terre est impropre à la consommation à cause de la présence de produits chimiques toxiques dépassant les seuils recommandés, selon une récente étude menée par des scientifiques de l'Université de Stockholm. « Il n'y a nulle part sur Terre où l'eau de pluie serait propre à la consommation, d'après les données que nous avons utilisées », déclare à l'AFP Ian Cousins, professeur à l'Université de Stockholm et principal auteur de l'étude, publiée dans la revue Environmental Science and Technology

Son équipe a étudié des données compilées depuis 2010 et montré que « même en Antarctique ou sur le plateau tibétain, les niveaux présents dans l'eau de pluie sont au-dessus des recommandations proposées de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA) », ajoute-il.  

Voir aussi

PFAS : une limite planétaire dépassée avant même d’être définie !

Normalement considérées comme intactes, les deux régions ont des niveaux de PFAS (per et polyfluoroalkylées) « 14 fois supérieurs » aux recommandations américaines pour l'eau potable. Plus communément appelés « les produits chimiques éternels » parce qu'ils se désintègrent de façon extrêmement lente, les PFAS, initialement présents dans les emballages, les shampoings ou encore le maquillage, se sont répandus dans notre environnement, y compris l'eau et l'airair

Une fois ingérés, les PFAS s'accumulent dans le corps. 

Les PFAS, très nocifs pour la santé et l'environnement, rendent l'eau de pluie impropre à la consommation sur l'ensemble de la Planète. © <em>Environ. Sci. Technol.</em> 2022 , 56 , 16 , 11172-11179
Les PFAS, très nocifs pour la santé et l'environnement, rendent l'eau de pluie impropre à la consommation sur l'ensemble de la Planète. © Environ. Sci. Technol. 2022 , 56 , 16 , 11172-11179

Selon certaines études, l'exposition aux PFAS peut avoir des effets sur la fertilité et le développement du fœtus. Elle peut aussi mener à des risques accrus d'obésitéobésité ou de certains cancerscancers (prostateprostate, reinsreins et testiculestesticules) et une augmentation des niveaux de cholestérolcholestérol. L'EPA a récemment baissé le seuil de PFAS recommandé, après avoir découvert que ces produits chimiques pourraient avoir un impact sur la réponse immunitaireréponse immunitaire à des vaccinsvaccins chez les enfants, note Ian Cousins.

Ces substances ont contaminé la Planète « de manière irréversible »

Selon Ian Cousins, les PFAS sont maintenant « si persistants » et omniprésents qu'ils ne disparaîtront jamais de la Terre. « On a rendu la planète inhospitalière à la vie humaine en la contaminant de manière irréversible, ce qui fait que plus rien n'est propre. Et au point que ce n'est pas assez propre pour être sûr », dit-il.  

Nous avons dépassé une limite planétaire

« Nous avons dépassé une limite planétaire », déclare Ian Cousins, en référence à un modèle permettant d'évaluer la capacité de la Terre à absorber l'impact de l'activité humaine. Le scientifique note cependant que les niveaux de PFAS dans l'organisme des êtres humains ont diminué « de façon assez significative ces 20 dernières années » et que « le niveau ambiant (des PFAS dans l'environnement) est resté le même ces 20 dernières années ». 

« Ce sont les recommandations qui ont changé », précise le chercheur, en expliquant l'on a baissé le niveau de PFAS recommandé « des millions de fois depuis le début des années 2000, parce qu'on en sait plus sur la toxicitétoxicité de ces substances ». Malgré les découvertes de l'étude, Ian Cousins considère qu'il faut apprendre à « vivre avec ».  

« Je ne suis pas très inquiet de l'exposition quotidienne dans les montagnes, les cours d'eau ou la nourriture. On ne peut pas y échapper... On va juste devoir vivre avec. Mais ce n'est pas une situation idéale, où l'on a contaminé l'environnement au point que l'exposition naturelle n'est pas vraiment sûre ».