Cette plateforme de forage a été utilisée pour extraire des carottes de névé au sein de l'aquifère du Groenland. © Evan Burgess, University of Utah

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Un immense aquifère découvert dans les névés du Groenland

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Sur des milliers de kilomètres, de l'eau liquide circule entre les cristaux de glace de la calotte glaciaire du Groenland. Un gigantesque aquifère a été décelé, où le milieu poreux est un névé permanent. Si aujourd'hui on se sait comment ce réservoir s'est formé, il joue un grand rôle dans l'équation de fonte de l'inlandsis.

Une immense nappe souterraine d’eau liquide a été identifiée dans l'inlandsis du Groenland. Les réservoirs d'eau douce sur nos terres sont des aquifères, des formations géologiques où la roche est poreuse et laisse circuler librement l'eau. Certaines de ces nappes sont renouvelables, alimentées par nos rivières, ou divers cours d'eau. Récemment, des nappes phréatiques non renouvelables ont été découvertes sous les océans, emprisonnées lors de la montée des eaux. Mais l'aquifère identifié au Groenland est tout à fait surprenant, l'eau circule librement dans un immense névé permanent.

Située dans le sud-est de la calotte du Groenland, cette nappe d'eau douce liquide couvre près de 70.000 km2. L'eau de l'aquifère ne gèle pas de l'année, elle circule librement entre les couches de neige et de glace du névé éternel. Un tel réservoir diffère donc d'un lac sous-glaciaire, où l'eau est stockée dans une lame d'air, entre la couche de glace et les roches basales de la calotte. Dans l'aquifère, identifié par l'équipe du géographe Richard Forster, l'eau occupe les espaces d'air existants entre les particules de glace. C'est un peu comme dans les granizados, ces boissons où du jus de citron circule entre des morceaux de glace pilée.

L’eau de l'aquifère du névé permanent, identifié au Groenland, s’écoule du carottage extrait à plus de 10 m de profondeur. Le forage a été réalisé en avril, avec des températures de l'air atteignant -15 °C. Cela confirme que l'eau a été retenue en profondeur tout au long de l'hiver. © YouTube, University of Utah

Une information supplémentaire sur les mouvements de l’eau

Comprendre la capacité de cet aquifère à stocker l'eau, d'une année sur l'autre, est essentiel car c'est l'une des données manquantes dans l'équation de fonte de la calotte du Groenland. Si toute la glace venait à disparaître, le niveau moyen de l'océan s'élèverait de plus de six mètres. Actuellement, on en est encore loin, mais la dynamique de l'inlandsis est à surveiller. Dans son cinquième rapport, le Giec rappelle que la fonte de la calotte groenlandaise s'est accélérée. Elle atteignait 34 Gt d'eau par an entre 1992 et 2001, contre 215 Gt/an pour la période 2002-2011 (l'indice de confiance pour ces valeurs est compris entre 99 et 100 %).

Jusqu'à présent, les modèles de prévision climatique ne prenaient pas en compte, dans les calculs du changement de masse de la calotte groenlandaise, les mécanismes de stockage de l'eau liquide dans les névés. Les calculs préconisent que l'écoulement de l'eau de fonte se dirige vers les rivières ou les lacs en surface, et les courants sous-glaciaires en profondeur. Cette nouvelle découverte apporte donc des précisions supplémentaires sur les mouvements de l'eau dans l'équation bilan de fonte de la calotte.

L’eau liquide peut agir comme un lubrifiant

Les résultats de cette étude, publiés dans la revue Nature Geoscience, font état de plus de deux ans d'étude d'une région du sud-est du Groenland très caractéristique. Elle ne couvre que 14 % du quart sud-est de l'inlandsis mais reçoit près de 32 % de la totalité des précipitations neigeuses annuelles. L'équipe de Richard Forster a d'abord étudié, en 2010, la zone à partir de données radars (effectuées au sol et par avion) de la Nasa. Ils ont ensuite réalisé trois forages pour analyser la glace. L'année suivante, l'équipe s'est rendue aux mêmes endroits, mais a foré à plus basse altitude. Sur les quatre nouveaux forages, deux étaient liquides. L'eau a été décelée à 10 et 25 m de profondeur.

Pour l'heure, l'impact de cet aquifère est inconnu. Il conserve l'eau de fonte et pourrait donc par là aider à ralentir les effets du changement climatique. Mais il peut aussi avoir l'effet inverse. La circulation de l'eau liquide entre les cristaux de glace peut agir comme lubrifiant, amplifier le déplacement de la glace vers les océans et donc exacerber le vêlage. Cette découverte conserve encore donc bien des mystères.

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