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Le fluorure de sulfuryle, un nouveau gaz à effet de serre ?

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Un produit de plus en plus utilisé pour la fumigation absorbe les infrarouges avec une efficacité redoutable. Ses teneurs mesurées dans l'atmosphère montrent que sa durée de vie est plus élevée qu'on ne le croyait. Il faudrait lui trouver un remplaçant estiment plusieurs équipes de scientifiques.

Aux Etats-Unis, une maison envahie par les termites est prête à recevoir un traitement par fumigation. © pinkiesblues / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

Fluorure de sulfuryle : voilà un nouveau nom dans le bestiaire des gaz à effet de serre. Un groupe de chercheurs américains (entre autresdu MIT et de l'institut d'océanographie Scripps) vient de publier (dans la revue Journal of Geophysical Research) un article estimant qu'il serait temps de se préoccuper des émissions de ce produit.

Le fluorure de sulfuryle (SO2F2) est aujourd'hui employé pour la fumigation. Cette technique consiste à enfumer des produits agro-alimentaires (les céréales par exemple), le bois coupé ou encore des entrepôts avant leur utilisation, pour en éliminer les insectes. Ce poison à large spectre asphyxie les œufs, les larves et les adultes. Il tend actuellement à remplacer le bromure de méthyle (ou bromométhane), qui sert également à stériliser les sols. Déclaré dangereux pour la couche d'ozone, ce produit a été inscrit en 2005 sur la liste des substances interdites par le protocole de Montréal, adopté aujourd'hui par 191 pays (en réalité, sous la pression de nombreux pays, le bromure de méthyle a continué à être utilisé grâce à des dérogations).

Son remplaçant serait-il lui aussi dangereux pour l'environnement ? C'est ce que pensent ces chercheurs qui ont réévalué à la hausse ses effets sur le réchauffement de l'atmosphère. On savait déjà que le fluorure de sulfuryle est un gaz à effet de serre, qu'il se répand facilement dans l'atmosphère mais aussi qu'il est progressivement dégradé.

Sa durée de vie était discutée. Récemment, le ministère de la santé canadien, dans une étude pour homologuer le fluorure de sulfuryle, citait le chiffre de « deux décennies », apparemment déjà plus élevé que celui donné par de précédentes études, citées par les auteurs. Mais ceux-ci annoncent aujourd'hui 36 ans, après avoir mesuré sa teneur dans l'atmosphère et étudié les émissions actuelles.

4.800 plus efficace que le CO2

Les quantités mesurées sont extrêmement faibles. Dans l'air qui nous entoure, les auteurs en ont trouvé en moyenne une partie pour 1012. Mais les quantités émises augmentent de 5% par an et son efficacité sur l'effet de serre est... 4.800 fois plus importante que celle du gaz carbonique. Co-auteur de l'étude, Ron Prinn, du MIT, pense que le fluorure de sulfuryle pourrait devenir « un gaz à effet de serre d'importance si les quantités utilisées croissent comme on le suppose ».

Cette étude a été réalisée dans le cadre du programme Agage (Advanced Global Atmospheric Gases Experiment), soutenu par la Nasa, qui suit la composition chimique de l'atmosphère depuis 1978. Comme le souligne Ron Prinn, la détection de ce nouveau candidat au titre de gaz à effet de serre intervient très tôt au regard de son utilisation, qui ne fait que commencer. Il est donc possible de lui chercher dès à présent un successeur...

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