Que pourrait-il se passer si le réchauffement climatique déstabilisait fortement l’inlandsis du Groenland en provoquant la formation d’un grand nombre d’icebergs ? Pour le savoir, un océanographe a modélisé un phénomène similaire survenu lors de la dernière glaciation. Sa simulation de la circulation océanique concorde avec des traces retrouvées au fond de l’océan Atlantique : des icebergs dérivaient jusqu’aux Keys de Floride, il y a 21.000 ans.
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Il existe sans nul doute des marges de progression dans la précision de la modélisationmodélisation du climatclimat et la compréhension des facteurs susceptibles de le déstabiliser. La montée en puissance de calcul des ordinateursordinateurs et l'augmentation de la quantité de données de nature diverses que l'on peut utiliser pour nourrir les modèles numériques du climatmodèles numériques du climat vont nous permettre de mieux prédire ce qui peut arriver à notre planète d'ici la fin de ce siècle. On a ainsi acquis récemment une meilleure connaissance de la topographie du fond des océans via des mesures altimétriques satellitaires.

On sait que l'inlandsisinlandsis du Groenland est en train de fondre. Que nous réserve l'avenir à ce sujet ? Pour le savoir, l'océanographe Alan Condron de l'université de Massachusetts Amherst a modélisé ce qui s'est passé dans l'Atlantique nord lorsque l'inlandsis laurentidien a libéré des quantités importantes d'icebergs et d'eau douceeau douce froide, voici 21.000 ans. Il recouvrait une bonne partie du continent nord-américain, notamment la région des Grands Lacs lors de la dernière glaciationglaciation dite de Wisconsin. Il a publié le résultat de ces travaux dans un article de Nature Geosciences en compagnie de sa collègue Jenna Hill de la Coastal Carolina University.


Des scènes magnifiques de survols de paysages arctiques. On peut notamment voir le Groenland, l’Islande et le Canada. © dabb, YouTube  

Des icebergs aux Bahamas

La chercheuse a notamment analysé des images haute résolutionrésolution des fonds marins bordant la côte est des États-Unis du cap Hatteras, une avancée de terreterre insulaire située dans l'État de Caroline du Nord, jusqu'en Floride. Elle a identifié environ 400 marques d'affouillementaffouillement dans les sédimentssédiments qui ont été formées par des icebergs dérivant dans l'Atlantique nord au moment où le niveau de la mer était plus basse d'environ 100 m, lors de la dernière glaciation. La profondeur de certains de ces affouillements indique que les icebergs qui les ont laissés avaient une hauteur de 300 m, ce qui est comparable avec ceux que l'on retrouve au large du Groenland de nos jours.

Ces observations sont en plein accord avec les simulations les plus précises, conduites à ce jour par Alan Condron sur la circulation océanique en Atlantique nord, il y a 21.000 ans. À ce moment-là, alors que la Terre était en train de se réchauffer, d'immenses lacs d'eau de fontefonte glaciaire se formaient en Amérique du Nord. Des barrages de glace cédaient périodiquement, injectant de grandes quantités d'eau douce et de glace dans l'Atlantique au niveau de la baie d'Hudson et du golfe du Saint-Laurent, au Canada. Les calculs conduits par le chercheur montrent que les icebergs résultant de ce phénomène obliquaient rapidement sur la droite pour se diriger en direction des tropiquestropiques. Parcourant 5.000 km en moins de quatre mois, certains d'entre eux finissaient par rejoindre les eaux des Bahamas.

Selon Condron, les résultats des travaux qu'il a conduits avec Hill montrent qu'une grande partie des eaux de fonte de la calotte glaciaire du Groenland peut être redistribuée par des courants côtiers étroits circulant d'abord dans des régions subtropicales avant d'atteindre l'océan subpolaire. Cela rend plus compliquée la prévision d'une éventuelle instabilité du climat qui serait abruptement déclenchée par la fonte des glaces du Groenland.