Des chercheurs de l’université du Massachusetts (États-Unis) ont mis au point une nouvelle méthode pour suivre avec précision le débit des rivières. Ils montrent que le débit vers l’océan Arctique augmente plus qu’ils ne l’avaient imaginé. © sara_winter, Adobe Stock
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Réchauffement climatique : les rivières se vident dans l’océan Arctique à grande vitesse

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Les rivières de l'Arctique fournissent eau et énergie à plus de 50 millions de personnes. Elles affectent les écosystèmes. Et impactent le climat à l'échelle mondiale. D'où l'importance d'avoir une compréhension détaillée de leur dynamique. C'est ce que proposent aujourd'hui des chercheurs. Ils observent déjà une augmentation importante des débits.

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[EN VIDÉO] L’Arctique n’est plus le même  La transformation de l’Arctique en une région plus chaude, moins gelée et biologiquement différente est aujourd’hui incontestablement en marche. Sous l’effet du réchauffement climatique, les températures augmentent, faisant fondre les glaces et verdir la toundra, déclenchant dans la région, de gigantesques feux de forêt et modifiant en profondeur l’environnement des populations animales qui vivent en Arctique. Et des conséquences sont désormais à attendre pour l’ensemble de la planète. © NOAA 

Plus de 150.000 images satellites. Pas loin de 500.000 tronçons de rivières étudiés sur une vaste région pan-arctique. À partir de données recueillies entre 1984 et 2018. Le tout injecté dans des modèles hydrologiques. Les chercheurs de l’université du Massachusetts (États-Unis) impliqués dans le projet Remotely-sensed Arctic Discharge Reanalysis (Radr) -- comprenez Réanalyse des décharges arctiques par télédétection -- ont travaillé pas moins de trois ans à l'élaboration d'un nouvel outil capable d'estimer le débit des rivières. Leur principale conclusion : l'accélération de l'écoulement de l'eau dans l'océan Arctique pourrait être trois fois plus importante que ce que les chercheurs pensaient jusqu'alors.

Rappelons que les rivières de l'Arctique drainent environ 15 % des terres de notre Planète. Elles ont une influence majeure sur les économies locales. Mais aussi sur les écosystèmes d'eau douce et marins et sur le climat du monde entier. Et jusqu'alors, les données disponibles restaient parcellaires ou peu fiables. Ce qui entravait la compréhension que les scientifiques avaient de la réponse de l'Arctique au réchauffement climatique.

Alors que les chercheurs avaient pour habitude de travailler sur les données recueillies sur quelques jauges -- car, si la méthode est efficace, elle reste difficile à mettre en œuvre et à maintenir du fait de l'important travail de calibrage à effectuer plusieurs fois par an, notamment -- et sur certaines rivières -- généralement les plus importantes --, cette fois, ils ont intégré un ensemble bien plus large d'informations. Avec pour objectif de déterminer la quantité d'eau qui se déverse dans l'océan Arctique.

Les tendances de débit fluvial entre 1984 et 2018 montrent des différences régionales significatives. Les zones en bleu indiquent des augmentations de débit allant jusqu’à 4 %, tandis que celles en rouge montrent des diminutions allant jusqu’à 4 %, en Eurasie, par exemple. Seules les rivières présentant des tendances statistiquement significatives sont cartographiées. © Dongmei Feng, et al., Université du Massachusetts

Des mesures pour corriger les modèles

« Les satellites sont comme des jauges dans l'espace », indique Dongmei Feng, checheur, dans un communiqué. Et c'est ainsi que l'équipe a pu fournir des informations sur le débit de toutes les rivières -- de plus de trois mètres de large -- qui finissent par se jeter dans l'océan Arctique, le détroit de Béring et les baies d'Hudson, James et Ungava. Notez toutefois que l'étude exclut la calotte glaciaire du Groenland.

L'accélération du débit des rivières panarctiques au cours des 35 dernières années se révèle ainsi de 1,2 à 3,3 fois plus importante que les scientifiques ne l'avaient imaginée. « Nos mesures montrent que, déjà 17 % d'eau en plus que ce que les modèles annonçaient, se sont déversés dans l'océan Arctique », souligne Colin Gleason, professeur en ingénierie de l'environnement.

Les chercheurs notent aussi de grandes disparités régionales. Dans certains endroits, le débit d'eau des rivières a même diminué. Et les modèles entre l'Amérique du Nord et l'Eurasie se révèlent différents. La Mongolie, par exemple, devient de plus en plus sèche.

Toutes ces données pourraient encore bientôt être complétées grâce à de nouvelles images satellites. Et l'ensemble pourrait servir à une meilleure gestion des ressources en eau ou des installations hydroélectriques ou encore, d'autres infrastructures impactées par les débits des rivières. En Arctique, mais aussi ailleurs dans le monde.

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