Les icebergs A-68A et A-68G le 31 janvier 2021, au large de la Géorgie du Sud. © ESA
Planète

L'iceberg géant A-68 a relâché 152 milliards de tonnes d'eau douce dans l'océan !

ActualitéClassé sous :Antarctique , Satellite d'observation de la Terre , dérive d’un iceberg

Un des plus grands icebergs jamais enregistrés s'est détaché de l'Antarctique en 2017. Trois ans et demi plus tard, il s'est dirigé dangereusement vers la Géorgie du Sud. Quelle menace représente ce colossal iceberg pour les écosystèmes et les fonds marins de cette île ?

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Cette faille a donné naissance à un immense iceberg  Quelques jours avant le vêlage, le 26 février 2021, d’un immense iceberg du côté de la barrière de Brunt, en Antarctique, les équipes du British Antarctic Survey (BAS) ont survolé la zone de la faille baptisée North Rift qui s’est subitement élargie de plusieurs centaines de mètres en quelques heures seulement. L’iceberg, plus grand que l’agglomération parisienne, prendra-t-il le large ou viendra-t-il s’écraser sur la plateforme ? Les scientifiques guettent. © British Antarctic Survey 

Les icebergs sont des blocs de glace d'eau douce détachés du front d'un glacier et dérivant sur la mer en fondant au fil de leur voyage. En juillet 2017, un des plus grands icebergs jamais enregistrés, nommé A-68, s'est détaché d'un front de l’Antarctique et a commencé à dériver dans les eaux de l'océan Austral. Au moment de sa création, l'immense iceberg A-68 couvrait une surface de 5800 km2, avec une longueur de 175 km pour 50 km de large. Sa quille plongeait à environ 150-180 m sous la mer. Peu de temps après s'être arraché de l'Antarctique, l’iceberg A-68 a perdu un morceau et a été renommé A-68A, et le morceau détaché a été nommé A-68B. En avril 2020, A-68A a perdu de nouveau un morceau, appelé par la suite A-68C.

L’iceberg A-68, le 12 novembre 2017. © John Sonntag, Nasa

L'inquiétant voyage de A-68A

L'iceberg A-68A est resté pendant ses deux premières années au large de l'Antarctique dans les eaux froides de la mer de Weddell en dérivant lentement vers le nord. Par la suite, A-68A a été pris dans un courant océanique puissant qui l'a propulsé dans l'océan Atlantique en direction du passage du Drake. En s'éloignant des eaux froides de l'Antarctique, l'iceberg s'est rapproché d'eaux plus chaudes et a commencé à fondre. Plus l'iceberg A-68A dérivait vers le nord, plus le taux de fonte augmentait menant à un amincissement total de 67 mètres sur ses 235 mètres d'épaisseur totale.

Après trois ans et demi, l'iceberg A-68A s'est dirigé de façon inquiétante vers la Géorgie du Sud, une île du Royaume-Uni située dans le sud de l'océan Atlantique. L'éventualité que l’iceberg vienne s'échouer dans les eaux peu profondes de la Géorgie du Sud a énormément alarmé les scientifiques. Ces derniers craignant une dégradation des fonds marins et des écosystèmes s'y trouvant. Par ailleurs, l’iceberg aurait aussi empêché la faune insulaire, comme les éléphants de mer, de se rendre en mer pour se nourrir, et aurait également pu bloquer des courants océaniques en profondeur et des voies d'alimentation pour les prédateurs.

Voyage de l’iceberg A-68A (en rouge) en direction de la Géorgie du Sud. © European Space Agency

Les techniques pour suivre le voyage de A-68A

Pour suivre l'évolution de la superficie et de la hauteur de la glace de l'iceberg A-68A, son trajet a été cartographié grâce à des observations de cinq missions satellitaires différentes. Les données de trois d'entre elles ont permis de suivre l'évolution de sa superficie : la mission radar Sentinel-1, qui offre une imagerie de tout temps avec une résolution spatiale élevée, et les images optiques Modis et Sentinel-3 qui ont une résolution temporelle élevée mais qui ne peuvent pas être utilisées pendant les jours nuageux et la nuit polaire.

Les données de deux autres missions ont été exploitées pour mesurer les changements de hauteur de la glace au-dessus de la surface de la mer : la mission CryoSat de l'ESA et la mission américaine ICESat-2. Leurs données ont permis de calculer l'épaisseur de l'iceberg.

L'eau de la fonte de l'iceberg A-68 pourrait remplir un cube mesurant 5,3 kilomètres de côté ! © CPOM, GEBCO Compilation Group, WOA, Antarctic Tracking Database

A-68A : impact positif ou négatif ?

Toutes ces données combinées ont montré que l'A-68A a diminué en épaisseur au cours de son voyage vers la Géorgie du Sud, empêchant sa quille de se coincer dans les fonds marins. Cependant, ces données ont également permis de calculer la quantité d'eau douce libérée à mesure que l'iceberg fondait. Cette eau douce relâchée dans les eaux salées des océans à proximité de l'île est estimée à 152 milliards de tonnes. Cette quantité d'eau douce ajoutée est significative et pourrait perturber de plusieurs manières l'habitat marin aux alentours de l'île. La libération d'eau douce des icebergs s'accompagne d'une libération de nutriments qui favorise la production biologique, mais qui influence aussi la circulation océanique. Les eaux au large de la Géorgie du Sud restent alors en observation pour savoir si cette décharge d'eau douce aura des conséquences positives ou négatives.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !