Être omnivore, c’est plutôt un avantage. Ça ouvre des possibilités. Mais ça demande aussi parfois de faire des choix. Entre une forme de repas et une autre. C’est ce que des vers appelés Pristionchus pacificus s’avèrent capables de faire. De quoi démontrer qu’ils ne sont… pas si bêtes ! © Kathleen Quach et al., Salk Institute
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Bêtes de science : les vers ronds savent prendre des décisions !

ActualitéClassé sous :animaux , Intelligence , neurone

« Bêtes de science », c'est comme un recueil d'histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s'émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, partons à la découverte d'un drôle d'animal, invisible à l'œil nu : un ver rond.

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Si je vous dis ver, du genre ver de terre, vous voyez bien de quel animal je veux parler. Cette bestiole peu ragoûtante, au corps mou et flexible. Peu ragoûtante, mais dont le rôle est essentiel pour nos sols. Parce que les vers y creusent des galeries qui permettent de les aérer et d'y faire circuler l'eau plus facilement, par exemple. Mais vous vous en doutez, tout ceci n'est pas volontaire. Les vers restent des animaux, disons... « primitifs ». Et il est difficile de les imaginer doués d'une quelconque forme d'intelligence. Difficile ? Il n'en fallait pas moins à des chercheurs pour s'intéresser au cas d'un ver en particulier.

Le Pristionchus pacificus est de ceux que l'on appelle les vers ronds. Un nématode, plus exactement. Finalement comme les 4/5 des animaux qui peuplent notre Terre. C'est même un nématode libre. Ce n'est donc pas l'un de ceux qui peuvent venir nous parasiter. Et provoquer en nous quelques troubles gastro-intestinaux gênants.

Il faut toutefois noter que le Pristionchus pacificus peut adopter des comportements qui nous semblent étranges. Pour le moins. Il aime par exemple vivre aux côtés de scarabées. Lorsque ceux-ci meurent, le nématode en profite pour dévorer tout ce qui va se mettre à pulluler dans leur dépouille. Parce qu'il apprécie aussi bien les bactéries que les champignons.

Les travaux des chercheurs sur la prise de décision pourraient aider à faire progresser le domaine de l’intelligence artificielle, lui permettre de concevoir des systèmes capables de prendre des décisions sans avoir à programmer trop de réseaux neuronaux. © sdecpret, Adobe Stock

Mordre pour tuer ou pour éloigner, il faut choisir

C'est d'ailleurs cette particularité que les chercheurs ont explorée. Se demandant si Pristionchus pacificus est capable de faire des choix éclairés lorsqu'il s'agit de se mettre à table. Des choix éclairés pour cet animal qui ne compte qu'à peine plus de 300 neurones ? Alors même que nous avons parfois des difficultés à y arriver avec nos quelque 86 milliards de cellules nerveuses ? Voyons...

L'histoire implique un second protagoniste. Son nom, Caenorhabditis elegans. Un petit ver d'un millimètre environ. Un nématode, lui aussi et que Pristionchus pacificus voit comme une proie. Du moins, assez clairement, en ce qui concerne les larves de Caenorhabditis elegans. Notre ver rond les tue et les dévore facilement. En une seule bouchée. Il a, en revanche, plus de mal avec les adultes. Pour lesquels ses morsures ne sont généralement pas mortelles.

Quand Caenorhabditis elegans, à droite, échappe à Pristionchus pacificus, à gauche. © Salk Institute

Alors pourquoi Pristionchus pacificus s'obstine-t-il à attaquer ces vers une fois qu'ils ont atteint leur taille adulte ? Les chercheurs nous apprennent qu'il ne le fait que lorsqu'il a en vue une tout autre cible. Des bactéries dont se nourrit aussi Caenorhabditis elegans. Il l'attaque donc plus pour protéger son territoire et l'éloigner d'une potentielle source de nourriture que dans l'espoir de s'en délecter.

Jusqu'alors, les scientifiques imaginaient que Pristionchus pacificus ne mordait que dans un but de prédation. Mais ces observations montrent que ce petit ver cachait bien son jeu. Il semble en effet capable de peser les coûts et les avantages d'une action -- la morsure -- mise en œuvre pour atteindre des objectifs différents. Pour finalement prendre pour lui, la meilleure des décisions.

Ainsi les principes fondamentaux de la prise de décision pourraient finalement être plus simples à coder, biologiquement parlant, que ne le pensaient les chercheurs. Reste à comprendre dans quelle mesure ce codage se fait dans le cerveau, quels en sont les fondements moléculaires et à quel point il peut se révéler flexible. Mais en attendant, force est de reconnaître que Pristionchus pacificus n'est pas si bête !

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