Dans l’imaginaire collectif, le lézard est vu comme un animal un peu simplet. Mais les chercheurs ne sont pas de cet avis. Selon eux, ce lézard que l’on appelle l’anole n’est vraiment pas si bête ! © daniel d. daniel/EyeEm, Adobe Stock
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Bêtes de science : un problème à résoudre ? Demandez à ce lézard !

ActualitéClassé sous :animaux , Intelligence , reptile

« Bêtes de science », c'est comme un recueil d'histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s'émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, partons à la découverte d'un drôle de lézard : l'anole.

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L'anole, c'est un petit lézard qui vit dans les régions subtropicales. Du côté du sud-est des États-Unis notamment. Il aime donc la chaleur et l'humidité. Et il a longtemps été présenté comme le « caméléon américain ». Parce que, comme le caméléon, il peut rapidement changer de couleur. Lorsque la température ou la luminosité varient. Ou lorsqu'il est stressé. Navigant ainsi entre le vert et le gris brun. Comme le caméléon, ses yeux peuvent aussi bouger indépendamment l'un de l'autre.

Mais l'anole, surtout, c'est un lézard aux comportements complexes, actif et curieux. Il intéresse tout particulièrement les herpétologues -- ces chercheurs qui étudient tout ce « qui rampe », les reptiles et les amphibiens -- pour ses étonnantes capacités d'apprentissage. Car, si de nombreuses études se sont penchées sur les performances cognitives des mammifères, et même des oiseaux, les scientifiques en savent toujours peu sur l'intelligence des reptiles en général.

Les chercheurs estiment que les animaux qui ont une vie sociale riche et des régimes alimentaires changeants ont, avec l'évolution, développé des comportements flexibles. Signes d'une intelligence supérieure. Or, ils le savent, la plupart des lézards sont territoriaux. Ils vivent seuls. Varient peu leur nourriture. De là à imaginer que leur cerveau se présente avec des capacités plutôt limitées, il n'y a qu'un pas.

Les anoles savent trouver le moyen d’obtenir une friandise — une larve d’insecte — cachée par les Hommes. Peut-être le signe que les lézards, et plus généralement les reptiles, sont plus intelligents qu’on ne le pense. © Manuel Leal, Université Duke

L’intelligence avancée de l’anole

Mais une anole de pas plus de 7 centimètres de long leur a montré qu'ils se trompaient. Le drôle d'animal vit à Porto Rico. Et les chercheurs ont choisi de lui lancer un défi de taille : trouver le moyen d'atteindre une larve d'insecte cachée sous un disque en plastique de couleur. Pas simple du tout pour un animal. Encore moins pour un lézard.

Alors, que s'est-il passé ? Eh bien la plupart des anoles ont résolu le problème ! Assez facilement. En utilisant leur museau pour faire levier ou en mordant le cache. Pourtant, elles n'ont eu droit qu'à un essai par jour. Il faut dire que les lézards et leur sang froid ne sont pas si gourmands. Pour les chercheurs, il a donc fallu espacer les tentatives. Et pour les anoles, il a aussi fallu se souvenir, chaque jour nouveau, des expériences des jours passés. En moyenne, les lézards ont relevé le défi avec trois essais de moins que ce qu'il a fallu à des oiseaux, pourtant réputés plus intelligents. Peut-être le signe que les anoles sont plus futées que les oiseaux ? Malgré un rapport corps/cerveau moindre.

Lorsque les chercheurs ont tenté de brouiller les pistes en dissimulant l'insecte sous le disque de l'autre couleur, deux des six lézards étudiés -- ils ont ainsi gagné les prénoms de Platon et de Socrate -- ont trouvé l'issue. Un peu plus difficilement. Mais ils ont su s'adapter à ce nouveau challenge. Un véritable exploit lorsque l'on sait que, traditionnellement, les animaux ont bien du mal à désapprendre quelque chose pour apprendre ensuite à répondre à un stimulus opposé. Pour les comportementalistes, cette capacité d’apprentissage par inversion constitue une indication forte d'un traitement avancé de l'information.

Et ce n'est peut-être finalement pas si étonnant que cela. Il existe en effet plus de 400 espèces d'anoles dans le monde. C'est le plus grand genre de la classe des reptiles. Un genre qui -- les scientifiques l'ont déjà observé -- sait particulièrement bien survivre dans de nouveaux habitats. Un indice de plus qui pourrait montrer que la vie sociale et le régime alimentaire ne sont pas les seuls moteurs du développement cognitif. Et en tout cas, faire la preuve que l'anole n'est pas si bête !

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