Dans la famille des corbeaux, le choucas n’est pas le moins futé. Il sait utiliser des outils. Et se montrer sensible au regard des humains. Il a surtout développé une intelligence collective supérieure qui permet à chaque individu d’exprimer sa position pour aider le groupe à prendre les meilleures décisions. Il n’est vraiment pas si bête, le choucas ! © kunioski, Adobe Stock
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Bêtes de science : comment les corbeaux ont adopté la démocratie

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« Bêtes de science », c'est comme un recueil d'histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s'émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, intéressons-nous une fois encore à cet oiseau qui nourrit bien des fantasmes : le choucas.

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Le choucas. C'est l'un des nombreux membres de la grande famille des corvidés. Un corbeau, en somme. Mais un corbeau un peu particulier. Par son regard d'abord. Et ses yeux d’un incroyable bleu clair. Par son comportement social, ensuite. Le choucas est en effet monogame. Fidèle tout au long de sa vie. Une quinzaine d'années, en moyenne. Et les couples formés vivent en bandes. En colonies qui peuvent regrouper jusqu'à une centaine d'individus.

Des colonies qui semblent avoir adopté une certaine forme... d'oiseaucratie ! Basée sur des processus de prise de décision qui permettent de surmonter les différences individuelles. Pour parvenir à une sorte de consensus « démocratique ». Ce n'est pas vraiment nouveau. Rappelez-vous, dans le tout premier épisode de Bêtes de science, nous avions découvert comment le lycaon exprime sa voix en éternuant. D'autres groupes d'animaux le font. À leur manière. Mais généralement, au sein de groupes assez restreints en nombre. Ou même, de groupes seulement familiaux.

Chez les choucas, « l'oiseaucratie » se pratique au sein de groupes importants. Composés d'animaux d'âges, de sexes, de familles et même de colonies différents. Tant que tous ces individus restent à portée de cris. Des chercheurs l'ont observé au moment à leur réveil. Au lever du soleil, l'hiver, lorsque l'air est encore froid et l'environnement sombre. Des groupes de centaines de choucas se coordonnent pour s'envoler tous en même temps. Malgré leurs différences. Sans doute parce que rester en groupe présente des avantages. À plusieurs, le risque de prédation est divisé. Et les chances de trouver de la nourriture sont multipliées.

Des cris pour le top départ

Les choucas vivent partout en Europe -- en Afrique du Nord et en Asie aussi --, mais c'est au Royaume-Uni que les chercheurs ont été les témoins du manège démocratique qui se cache derrière l'apparente cacophonie émise par ces drôles de corbeaux. Pendant de longs mois d'hiver, ils les ont non seulement attentivement observés, mais aussi écoutés. Et c'est comme ça qu'ils ont noté que, si parfois les choucas décollent de leur « planque de nuit » par petits groupes séparés d'une vingtaine de minutes, la plupart du temps, ils partent en masse. Avec jusqu'à 1.500 oiseaux prenant leur envol à environ 4 secondes d'intervalle les uns des autres.

Ce qui donne un peu le top départ, ce sont les cris des choucas. Des cris qui s'intensifient dans l'heure qui précède l'envol. Mais qui peuvent se calmer si la pluie vient s'en mêler et retarder le décollage du groupe. Comme si ces cris fournissaient aux grands groupes de choucas un moyen de parvenir à un consensus pour effectuer des départs cohésifs et collectifs de leurs perchoirs. Un consensus atteint lorsque l'intensité des cris franchit un certain cap.

Lorsque le groupe n'arrive pas à se mettre d'accord, lorsque l'intensité des cris n'atteint pas le niveau critique, l'envol finit par se faire de manière plus désordonnée. Les choucas décollent alors au compte-gouttes. Suivant vraisemblablement la décision collective de la colonie à laquelle ils appartiennent. Une preuve de plus que le corbeau n'est... pas si bête !

Et peut-être aussi le signe que nous devrions prendre garde à la pollution sonore à laquelle nous exposons la nature en général et les animaux en particulier. Elle pourrait bien affecter leurs capacités à communiquer et à prendre des décisions consensuelles importantes pour leur survie.

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