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Les origines de l’angoisse robotique

Dossier - Les trois lois de la robotique
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Le robot, mécanisme automatique pouvant se substituer à l’Homme et ayant parfois un aspect humain, peut paraître bénéfique ou terrifiant. Isaac Asimov avait édicté les trois lois de la robotique afin de calmer les craintes de l’Homme ordinaire envers la « machine ». Découvrez leur origine, leurs limites et leur pertinence dans la société actuelle.

  
DossiersLes trois lois de la robotique
 

L'angoisse suscitée par les robots n'est pas due à une unique cause. On peut lui trouver quatre origines : la première tient à l'instinct, la deuxième à la religion, la troisième est néoludique et la quatrième culturelle.

La création des robots. © Skeeze CC0, domaine public

La première réaction lorsqu'on présente un robot androïde à un groupe de personnes est le plus souvent un mélange d'attirance et d'appréhension. Ces machines provoquent un intérêt chez les observateurs humains, une curiosité envers ces « êtres » étranges qui leur ressemblent. Néanmoins, presque aussitôt, cette attirance est contenue, voire inhibée par la crainte profonde d'être confronté à une menace potentielle. Cette réaction primitive est due à notre origine d'animal social qui accepte ou rejette un individu en fonction de la reconnaissance de son appartenance ou non au groupe. On retrouve ce type de comportement chez la plupart des animaux sociaux, en particulier les grands singes.

Par leur ressemblance avec l’humain, les Geminoids de Hiroshi Ishiguro (au centre) provoquent des phénomènes de rejet qui illustrent le « syndrome de la vallée de l’étrange » proposé par Masahiro Mori en 1970. © Hiroshi Ishiguro Laboratories, ATR

La deuxième explication relève de la croyance religieuse. En effet, dans tout le bassin méditerranéen, les traditions ont toujours condamné la création d'êtres artificiels. Ainsi, dans la Genèse, Adam est façonné à partir de l'argile, et cette statue inerte est animée par le souffle de Dieu. La création de la vie ne peut être que de nature divine. Le deuxième commandement du Décalogue interdit explicitement la création d'artefacts imitant la vie : « Tu ne feras aucune image sculptée, rien qui ne ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur terre ici-bas, ou dans les eaux au-dessous de la terre. »

Robots industriels sur une chaîne de montage automobile. De nombreux robots ont déjà remplacé les humains sur les lignes de production à la chaîne. © Hyundai Motor

Une troisième explication concerne la crainte toujours renouvelée des bouleversements entraînés par le progrès technique. Tout au long de notre histoire, les machines ont représenté d'un côté une avancée qui devait rendre le travail moins pénible, et de l'autre un mal asservissant l'Homme pour le compte d'une classe sociale dominante. Cette crainte est bien présente aujourd'hui, d'autant que les robots ont effectivement remplacé les ouvriers dans de nombreuses usines de production à la chaîne, en particulier dans le secteur automobile. Cela se traduit par une angoisse latente d'être dépassé par la technologie, de ne plus être adapté à la société, de perdre son emploi pour être remplacé par des robots plus performants et plus rentables. Il n'est donc pas étonnant que le robot, à la fois symbole de la technologie et de la productivité, engendre une réaction à priori négative dans les classes populaires, celles qui subissent les effets directs du changement.

Enfin, la quatrième raison est d'ordre culturel. En s'appuyant sur les traditions mythiques et religieuses, lors de la prise de conscience des effets négatifs potentiels de la révolution industrielle, les auteurs romantiques du XIXe siècle ont fortement contribué à la construction de la figure péjorative du robot. Ils sont nombreux à avoir abordé, sous une forme ou une autre, le thème de la créature artificielle maudite : Hoffmann, de Villiers de L'Isle-Adam, Mérimée, Balzac, Poe... Des statues vivantes au Golem, des Hommes mécaniques au monstre de Frankenstein, des gynéides fatales aux robots universels, ce sont ces histoires qui ont érigé le robot en objet mythique. En Allemagne, Hoffmann raconte la tragédie d'un homme amoureux d'une automate qu'il croyait humaine (Olympia). En Angleterre, Mary Shelley bouscula les dogmes classiques dans un roman gothique hanté par une créature monstrueuse tourmentée par les souvenirs d'un passé qu'elle n'avait pas vécu (Frankenstein).

Portrait de Boris Karloff dans le rôle du monstre de Frankenstein, icône des créatures artificielles maudites. © Wikimedia Commons, DP

L'Homme est le créateur des robots, ces nouveaux travailleurs infatigables. Mais les maîtres vivent toujours dans la crainte de la révolte des esclaves comme de la punition des dieux. Isaac Asimov trouvait cette peur ridicule. « Je dois avouer qu'à l'occasion, lors de mes premiers essais, j'avais tendance à considérer un peu le robot comme une sorte de jouet. J'y voyais une créature totalement inoffensive, juste préoccupée d'exécuter le travail pour lequel on l'avait conçue, incapable de causer le moindre préjudice aux Hommes, servant de souffre-douleur aux enfants, tandis que maints adultes - victimes d'un complexe de Frankenstein (comme je l'appelle dans certains de mes récits) - voulaient à tout prix considérer ces pauvres machines comme des créatures mortellement dangereuses. »